LE CONCORDAT DE WORMS
rèrent à ce projet, dans l'assemblée tenue à Ra Lisbonne ^. Quelques semaines plus tard, l'empereur Henri V montra d'une manière éclatante comment il comprenait les droits de l'empire et ceux de l'Eglise, Erlung, évèque de Wiirzbourg, étant mort le 28 décembre 1121, Henri nomma et investit aussitôt le jeune Gebhard. de la famille des comtes de Henneberg, encore étudiant et n'ayant reçu aucun ordre ecclésiastique. Une grande jjurtie du clergé et du i)euple de Wiirzbourg, très mécontents de ce choix, élut Rugger, chanoine et diacre de Wiirzbourg, et aussitôt la luLte recommença. Pour éviter la colère de l'empereur, les ruggéristes quittèrent la ville, et les deux neveux d'Henri, Frédéric et Conrad de Hohenstaufen ^, ayant approuvé l'élection de Rugger, furent obligés de s'éloigner de la cour ^. Adelbert, archevêque de Mayence, et plusieurs princes saxons tinrent une délibération près de la Cerra (Hesse électorale) ; contre la volonté de l'empereur, l'élection de Rugger y fut confirmée par l'archevêque et les trois cardinaux récemment revenus de Rome, avec Tévêque de Spire et l'abbé de Fulda, pour rétablir l'union entre le pape et l'empereur. C'étaient Lambert, cardinalévèque d'Ostie, le eardinal-prètrc Saxo et le cardinal-diacre Grégoire *. On avait annoncé pour la fête de saint Pierre et de saint Paul (29 juin 1122) une nouvelle diète à Wiirzbourg, destinée à mener à terme cette concorde du sacerdoce et de l'empire, amorcée dès l'automne précédent. Les princes arrivèrent avec une grande escorte ; mais, apprenant que l'empereur était encore retenu sur les bords du Rhin par ses affaires, ils rentrèrent chez eux. L'irritation de l'empereur contre les légats, à cause de leur altitude dans l'affaire de Rugger, fut probablement le molif <jni le détourna de venir au rendez-
1. J'^kkeliard, Chioitu. uiiu'., (laii& Muii. (iciitt. hiat., ScilijL, I. vi, p. '2ÔS ; Watterich, Vilge pontif. rom., t. ii, p. 144.
2. Ils étaient frères; Conrad, qui apparaît ici, est le futur empereur Conrad III.
3. Le récit du conflit diffère suivant le point de vue des historiens, aussi bien parmi les modernes que parmi les anciens. Cf. le récit de Gebhard, dans Codex Udalrici, dans Jafîé, Biblioth. ver. german., t. v, p. 405-412 ; Ekkehard, Cliron. unwers., dans Monum. Gerni. hisL, Script., t. vi, p. 258-259 ; Watterich, Vitse pontij. rum., t. ii, p. 147-148; Gervais, op. cil., t. i, p. 340-343. (H. L.)
4. Lambert, cardinal-évèque d'Ostie, et Grégoire, cardinal-diacre du titre de Saint-Ange, d'anciennes connaissances, et Saxo, cardinal-diacre du titre de Saint- Étienne.
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VOUS ^. Lorsque les princes furent sur le point de quitter Wiirzbourg et d'abandonner leurs campements devant les portes de la ville, Gebhard, maître de la ville, tomba sur eux à l'improviste, et \in combat sanglant s'engagea. Pour se venger, les princes voulurent introduire Rugger dans la ville, mais ils ['^ooj
1. La soin lien (le la querelle des investitures lui donc par ce l'ail encore ajournée. Pendant que ces retards éternisaient une situation pénible et dont tous les esprits modérés souhaitaient la fin, lesléfïats négociaient, les princes se battaient et les écrivains écrivaient. Un des plus actifs, à ce moment où nous sommes arrivés, est Geoffroy de Vendôme, homme fort écouté et digne de l'être. Voici, en quelques mots, la substance de sa doclrinc : c'est le contre-pied de celle d'Yves de Chartres, que nous avons exposée, p. 354, note 1. Au cardinal Picrleone, cjui l'avait consulté spécialement sur cette question, Geofl'roy écrit : « Eu premier lieu, il faut croire fermement que, de même que le baptême fait un chrétien, ainsi l'élection et la consécration font un évêque ; l'une et l'autre est nécessaire pour le constituer vicaire de Jésus-Christ, et la consécration est nulle si elle n'est précédée d'une élection canonique. Les clercs sont les vicaires de'Jésus-Christ dans l'élection, les évêques dans la consécration ; tous les autres peuvent bien demander un évêquC; mais non pas l'élire ou le sacrer. Quiconque s'attribue donc d'une autre manière le nom d'évêque et la puissance ecclésiastique, celui-là n'entre jioinl par la porte e( doit être compté parmi les voleurs. » Et ensuite : « Quelques-uns croient que tout est permis à l'Église romaine et qu'elle peut faire par dispense (voilà pour Yves ) autrement que l'Écriture ne prescrit. Cette opinion est insensée ; l'Église romaine n'a pas plus de pouvoir que saint Pierre ni que Jésus-Christ, qui n'est pas venu abolir la loi, mais l'accomplir. Elle doit donc se servir de la puissance que Jésus-Christ lui a donnée, non selon sa volonté, mais selon la tradition de Jésus-Christ, et si le pape est averti, par quelqu'un de ses inférieurs, de corriger ce qu'il a fait excédant les bornes de la justice, il doit recevoir cet avis comme saint Pierre reçut celui de saint Paul. « Geoffroy soutient ensuite (jne rinvestilure ou plutôt l'opinion que les la'iques la j)euveiit donner est une hérésie, comme la simonie, et encore pire, en ce qu'elle est toujours publique et qu'elle emporte toujours simonie, puisque les princes ne sont si jaloux de ce droit que pour leur intérêt temporel, pour recevoir de l'argent ou pour s'assujettir les évêques. Il traite cette opinion d'hérésie, car il prétend que l'anneau et ](î bùlon pastoral sont les signes sensibles de la puissance spirituelle de I évêque, et par conséquent appartiennent au sacrement et à l'ordination, qu'un la'ique ne peut conférer. Il émet la même doctrine dans une de ses lettres à Calixtc, et il dit que l'investiture est une hérésie, parce que c'est une entreprise des la'iques pour conférer un sacrement. Toutefois, dans un autre écrit, il convient que les princes peuvent donner aux évêques l'investiture des biens temporels que l'Église possède, parce qu'elle ne les tient que de leur libéralité et en vertu de leurs lois, ce qu'il confirme par l'autorité de saint Augustin. Puis il continue : h Les rois peuvent donc, après l'élection canonique et la consécration, donner à l'évêque l'investiture des biens ecclésiastiques, en lui promettant leur protection, cl i' n'importe par quels signes ils le feront. Jésus-Christ a voulu que le glaive