LE CONCORDAT DE WOIIMS Gi
ne purent y parvenir et durent se contenter de faire sacrer leur candidat, dans le couvent de Schwarzach, par l'archevêque et les légats. Rugger gouverna ensuite la partie du diocèse placée sur les bords du Neckar, tandis que Gehbard, qui n'avait pas été sacré, eut Wùrzbourg et le reste du diocèse. Tel est le récit d'Ekkehard d'Aurach (diocèse de Wùrzbourg), témoin bien informé de tous ces événements et l'un des meilleurs chroniqueurs du [369] moyen âge ^. Son récit est complété par une lettre d'Adelberl,
spirituel et le «[laive malériel fussent employés à la défense de l'Église ; que si 1 un éniousse l'autre, c'est contre sonintention; c'est ce qui ôte la justice de l'État et la paix de l'Église, ce qui cause les scandales et les schismes, la perte des corps et des .^.mes. w Et encore : « Que l'Église conserve sa liberté, mais qu'elle se donne garde d'excéder dans l'usage des censures et de briser le vase dont elle veut ôtor la rouille. » Sur quoi, il rapporte le fameux passage de saint Augustin contre Parménien, pour montrer qu'il ne faut point excommunier celui qui a la multitude de son côté. Dans un dernier écrit adressé à Calixte II, Geoffroy donne sur les dispenses les régies suivantes : « Il faut quelquefois accorder des dispenses dans l'Église, non par intérêt ou par faveur, mais par une pieuse condescendance, en permettant pour un temps quelque chose de moins parfait, plutôt que de mettre la foi en péril, avec intention de rétablir la règle dans un temps plus convenable. On peut aussi changer par dispense les coutumes des églises ou des monastères, mais pour établir un plus grand bien au lieu d'un moindre. Celui qui dispose autrement n'est pas vicaire de Jésus-Christ, mais un aveugle conduisant d'autres aveugles. » P. L., t. clvii, col. 281-290.
Ci. L. Compain, Étude sur Geoffroy de Vendôme, dans Bibliothèque des hautesétudes, 1891, t. ixxxvi; U. Berlière, dans Revue bénédictine, 1892, t. ix, p. 266- 278; Froidevaux, dans Bull. Soc. arch. Vendôm., IS92, t. xxxi, p. 28-43; A. Dupré, Étude locale sur les lettres de Geoffroy, 5^ abbé de la Trinité de Vendôme, dans Congrès archéol. de France, 1872, t. xxxix, p. 171-196 ; de Pré ville. Appréciation de l'abbé Geoffroy de Vendôme d'après ses lettres, dans Congrès archéol. de France, 1872, p. 197-264 ; E. Sackur, Zur Chronologie der Streitschriften des Gotfried i>ou Vendôme, dans Neues Archi\^, 1891, t. xvii, p. 327-347 ; Die Briefe Gottfrieds von Vendôme, dans Neues Archiv, 1893. t. xviii, p. 666-673; W. Schum, Ahts Gottfricd von ^'endôme Stellung zur Imestilur-Frage und zu den Ereignissen der Jahre 1111 und 1112, dans Jahrb. Akad. Wissensch., Erfurt, 1877, IF série, t. vni, p. 283-318. (H. L.)
1. Mon. Germ.. hist.. Script., t. vi, p. 258 ; Watterich, Vitre pontif. rom.. t. II, p. 147 ; Wattembach, Deutschlands Geschichtsquellen. in-8. 4^ éd., t. n, p. 145 sq. Le récit de Gebhard s'accorde pour le fond avec celui d'Ekkehard, si on veut bien ne pas oublier que Gebhard parle pro domo : c Je me trouvais, dit- 1, en France, pour mes études, lorsque quelques personnes, se disant envoyées par Bruno, évêque de Spire, vinrent m'annoncerla mort de l'évêque de Wùrzbourg, ajoutant que Bruno, d'accord avec l'archevêque de Mayence et quelquesuns de mes amis, avait décidé l'empereur à me donner le siège vacant. Je préférai continuer mes études et ne fis plus attention à cette affaire, jusqu'au moment
archevêque de Mayetice, à son sufîragant saint Otton, évêque de Bamberg. Il le blâme de ne s'être pas rendu, quoique invité, à l'ordination de l'évêque de Wiirzbotirg (à Schwarzach),
où mos amis ot ttvos niaîlThs rriVhvbycrerit dos avis socrcfs. .To doliborai alors avec (HK'lqiics-iiiis de iiios jiarotits et amis, qui lîic persuadèrent d'aller à Wiirzbbiirfî trouver l'empereur. Là devaient se trouver les ambrtssadeurs de l'arche \r(|ii(' de Mayeiicc jumi- m annoncer ([ne leur rnaîlic conscnlait à nu)n ('•(('■validn. Je partis les larmes aux yeux et vins trouver l'empereur ; mais avant de m 'entraver définitivement envers lui, nnon intention était de m'aljoueher avee les ambassadeurs de rarclicvcque, et cependant je me réjouis de leur absence, espérant échapper ainsi au joug insupportable de l'épiscopat. J'attendis deux jours, pendant lesquels je fus en butte aux obsessions de mes amis, qni m'accusaient de manquer de courage. Enfin, arrivèrent le comte Berthold et Conrad Sporo, m'assurant que l'archevêque approuvait mon élévation. Je me rendis alors près de l'empereur et j'y rencontrai Sigbert, frère de l'archeVêque, et le comte Arnold, qui dirent que l'archevêque les avait envoyés m'apprendre son assentiment. Cela irie décida à accepter l'épiscopat eh présence du clergé et du peuple (de Wûrzboiirg) qui, après m'avoir élu, chantèrent mes louanges. Le prévôt Otton et Rugger manquaient seuls à cette cérémonie, et du vivant d'Erlung, ce même Rugger avait déjà voulu s'assurer sa succession. Après ces incidents, je partis avec l'empereur, le clergé et le peuple (c'est-à-dire quelques laïques de distinction de Wûrzbourg) pour Breidingen, où l'archevêque me fit le meilleur accueil et me promit, en public et devant l'évêque de Spire, de me sacrer. Je revins donc à ^\ù^zbourg, rassuré ; mais l'archevêque n'en commit pas moins une grande injustice, car il sacra un autre candidat. » Cod. Udalrici, n. 335, dans Jalïé» Bihlioth. rer. Germ., t. v, p. 405 sq. — Ce qui ressort d'abord de ce récit, c'est le jour très défavorable sous lequel il fait paraître l'archevêque de Mayence. Dans sa monographie d'Henri V, p. 332, 340, Gervais, ajoutant foi à ses données, a pensé que, pour nuire à l'empereur qu'il haïssait, l'archevêque de Mayence l'avait poussé à faire une démarche opposée au traité de Wiirzbourg, et qu'il avait dans ce but recommandé Gehbard. Il espérait, par cette ruse, ameuter de nouveau les princes contre Henri et rendre plus difficile, sinon impossible, la réconciliation de celui-ci avec Rome. Dès que l'empereur fut tombé dans le piège, l'archevêque retira la main et se hâta d'abandonner Gebhard. Il est bien vrai que Tempereur et l'archevêque ne s'aimaient guère, mais on ne saurait cependant en conclure que l'archevêque ait travaillé à empêcher l'empereur cl le pii]>c df faire la paix, et que si, nonobstant ces difficultés, la réconciliation a eu lieu, elle fut uniquement l'œuvre du cardinal-légat, Lambert, d'Ostie. Gervais, op. cit., p. 340. Nous voyons au contraire, par une lettre de l'archevêcjue au pape, ciue ce fut précisément lui qui rendit possible le concordai de Worms, en émettant l'avis •que l'empereur devait renoncer aux investitures, mais à la condition que le choix des évêques se ferait en sa présence (pour lui assurer une plus grande influence dans ces élections). Ce furent les légats qui hésitèrent à approuver ce moven; aussi l'archevêque se donna-t-il beaucoup de peine pour le faire adopter par le pape. Cf. Jaflé, op. cit., t. v, p. 51'J. Stenzel (t. i, p. 699) se trompe lorsqu'il suppose que cette lettre de larchevêque ;iii ji:ij>e ;i ir.iil ;ni synode de Wùrz-
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et de n'être pas venu les trouver, lui cl les légats du pape. Aussi le légat avait -il voulu le suspendre pour un temps, et il n'y avait renoncé que sur les prières de l'archevêque. Otlon devait donc bien se garder de ne pas venir au concile général
bourp; de 1 121 ; clic se rattache on réalité au concol'dat de Worms. C'est, ainsi ([uc les attaques portées contre rarchevèquc Adclbett par Gcrvais perdent leur fondement, et il ne reste plus à l'auteur que le tort d'une excessive crédulité à l'égard d'un auleur ouvertement partial. Comment croire, du reste, qu'un homme aussi prudent et aussi rusé qu'Adelbert, pendàtit de longues années chancelier, preriiier prince dé l'empire et passé maître en diplomatie, enl exposé son nom et se fût exposé lui-même aussi maladroitement que le suppose Gebhard, et eût été aussi inconséquent que ce dernier veut bien le dire. Si nous étions aussi prévenu contre Gebhard que Gervais l'est contre Adelbert, nous pourrions simplement l'accuser de mensonge et d'avoir sciemment calomnié son adversaire, ce tju'oli aurait d'autant plus de raison de faire que Gebhard commence son récit par ime erreur manifeste. On sait en effet qu'aussitôt la paix de Wûrzbourg conclue, au commiencement d'octobre 1121,Biuno, évcque de Spire, et l'abbé de Fulda furent envoyés à Rome. L'évêque de Spire n'était donc plus en Allemagne, lorsqu'Erlung vint à naourir le 28 décembre de cette même année ; il est par conséquent impossible qu'il ait aussitôt fait connaître cette mort au jeune Gebhard et intercédé pour lui. Reste donc ou que Gebhard a imaginé tout cela, ou qu'il a lui-même été trompé par des hommes se disant les envoyés de l'évêque de Spire. Il résulte, en outre, du récit même de Gebhard, qu'il n'a jamais parlé en personne à l'archevêque de Mayence, avant d'accepter k cette si lourde charge « (on sait ce que veiit dire ce Nolo episcopari) ; et si d'autres personnes ont donné des assurances au nom de l'archevêque, peut-être ri'étaient-elles pas plus autorisées à le faire qiie les prétendus messagers de l'évêque dé Spire. Il est vrai que Gebhard raconte avciir vu plus tard l'archevêque ; mais alors la nomination du roi et l'élection par le clergé et par le peuple (une élection peu sérieuse, il est vrai) avaient déjà eu lieu, et l'archevêque ne pouvait faire autre chose que lui promettre de le sacrer si tout s'était pasëé d'une manière conforme aux canons. L'archevêque ne pouvait et ne devait pas s'engager d'une manière absolue avant de connaître toute la suite de cette affaire ; mais Gebhard a bien soin de passer sous silence la condition, cependant fort importante. On ne peut dire si l'évêque de Spire était revenu de Rome lorsque Gebhard eut son entrevue avec l'archevêque, nous ne voulons pas non plus examinée de trop près si les chanoines de Wiirzbourg prirent réellement part, sauf deux, à l'élection de Gebhard. Pour cjui connaît la manière dont les chanoines ont toujours procédé, autrefois comme maintenant, à la prétendue libre élection de leurs évêques, il est facile de comprendre (pie les chanoines de Wiirzbourg, élisant leur évêque au début de 1122, en présence du tout-puissant empereur, ont simplement fait ce que celui-ci demandait, sauf à protester j)lus tard. Nous aurons du reste à revenir sur ces troubles de l'Eglise de Wiirzbourg ; cf. ma dissertation sur les témoignages à retenir pour l'histoire ancienne de l'Allemagne, da.ns Organ. des gertnan. Muspiitnfi, 1Sri2, n. 1 s(|.
(de l'Allemagne, qui se tiendrait à Mayence), pour la Nativité (8 septembre 1122) K
L'affaire de l'église de Wûrzbourg brouilla de nouveau, comme on le devine bien, l'empereur et l'archevêque, à peine réconciliés. Le prélat ayant fait fortifier Aschafîenbourg, malgré la volonté de l'empereur, de grands malheurs étaient imminents sans la médiation des légats du pape ^.
A l'époque où nous sommes arrivés, Azzon, évêque d'Acqui (en Sardaigne), avait probablement déjà remis à l'empereur la lettre du pape du 19 février, l'engageant à renoncer à la lutte et à se soumettre à l'Eglise ^.
Les légats du pape invitèrent l'empereur, les évêques et les 1*^'!] princes à se rendre au concile général, convoqué à Mayence pour la Nativité de la sainte Vierge (8 septembre 1122), dans le but de
1. Codex Udalrici, n. 333, dans JafTc, Biblioth. rer. Germ., t. v, p. 38G.
2. Monum. Germ. hisf., Script., t. vi, p. 259 ; Watterich, F/te pontif. rom., t. II, p. 14G.
3. Hefele a donne, dans la première édition, une citation de cet important document; dans la seconde édition, Knôpfler a nn pou développé cette citation; je crois préférable de donner le document en son entier. On le trouve dans le Bullaire du pape Calixte II, Essai de restitution, t. i, p. 402, n. 278, cf. Jaflë, Regesta, n. 6950. La date porte : Datum xi kalendas martii, Leguntii episcopi, il semble (pi 'il faudrait lire : Sancti Leidii , voir Jafîé, Regest. pont, rotii., n. 6950. San Leutio est situé non loin de Bénévent, où Calixte II se trouvait le lendemain de ce jour et où il séjourna jusqu'au 23 au moins. Voici la traduction d'après U. Robert, Histoire du pape Calixte II, p. 141-143 : « Calixte, évcque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son cousin le roi Henri. Nous regrettons beaucoup de ne pas oser vous adresser la formule de la salutation apostolique, connme nous voudrions pouvoir le faire. Nous vous faisons cependant tenir cette présente lettre et nous envoyons auprès de vous notre vénérable frère Azzon, évêque d'Acqui, votre cousin et le nôtre, qui nous aime tous deux d'une affection sincère. Il est chargé de vous faire connaître à fond notre volonté et de vous faire revenir, avec la grâce de Dieu, de votre trop grand endurcissement. Car nous avons Tiiu envers l'autre beaucoup plus d'obligations que nos prédécesseurs n'en ont eu réciproquement. Kn elïet, outre les devoirs de père auxquels nous sommes tenu en vertu de l'administration du Siège apostolique, outre la dignité impériale, que les rois d'Allemagne n'obtiennent que par le ministère des pontifes romains, notre proche parenté nous oblige à nous entendre et à nous aimer l'un l'autre, car personne ne hait sa chair, mais chacun l'aime et la conserve. Nous vous avertissons donc, en qualité de notre parent, que nous désirons chérir en Jésus- Christ d'une double alîection, honorer, élever au-dessus de tous, de ne pas refuser davantage la paix à l'Église, de ne pas ouvrir votre cœur aux suggestions des méchants, et de ne pas être le serviteur de tous, vous qui devez commander à tous. Henri, l'Église, qui donne gratuitement ses biens à tous, ne cherche