‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 4 sur 505 · GS. DÉBUTS DE GRÉGOII'.E VU · texte numérisé non relu

GS. DÉBUTS DE GRÉGOII'.E VU

papes éclairés et austères. Sous eux, l'Allemagne fut une école de christianisme. Des membres de cette famille s'y placèrent à la tète de l'épiscopat. Brunon, frère d'Otton le Grand, occupa le siège de Cologne, et Guillaume, l'un des ses fils, celui de Mayence. Sa fille Mathilde devint abbesse de Quedlinbourg. Son petitfils, Otton III, s'intitula le Sei^'ilcur des apôtres, et Henri II, dit le Saint, laissa éteindre celte glorieuse maison de Saxe, parce qu'il fit vœu de continence.

Mais l'esprit qui animait les Otton n'était ni celui des papes, ni celui des Romains. Jean XII conspira en faveur d'Adalberl, fils dv Bércnger, marquis d'Ivrée, contre Otton, qui, à son tovir, le fit déposer par un concile tenu à Rome. Otton ne s'arrêta point là. Alla de s'assurer des élections pontificales, il ne rétablit pas seulement l'ancien droit de les confirmer, il reçut le droit nouveau de les diriger. Léon VIII, qu'il avait fait nommer après la déposition de Jean XII, porta, dans un synode, le décret suivant : « Nous, Léon, évèque, serviteur des servilt'uis de Dieu, avec le clergé et le peuple romain, accordons et donnons à Otton I*-'"", roi des Allemands, et à ses successeurs en ce royaume d'Italie, la perpétuelle faculté d'élire notre successeur et d'ordonner le pontife du souverain siège apostolique, ainsi que les archevêques et les évêqves, qui seront ensuite consacrés par ceux auxquels ce droit ajiparticnl. n Gratien, Decretl prima pars, dist. LXIII, c. 2o. Léon VIll prononça rexcoiuiuuiiicalioii coiilre (]ulc()n([uc essaierait d'élire, dans Rome, un patricc ou un pape, et dans lempirc un archevêque ou un évêque.Il mit le pontificat à la discrétion de l'empereur, qui, ayant la désignation du choix à faire, et non la sanction du choix fait, nomma réellement le pape.

Ce povivoir, conféré aux Otton, pour la régénération de l'Eglise, ne leur servit point à l'opérer. Les Romains le contestèrent. Entraînés par l'habitude de la turbulence, le souvenir de la domination et l'orgueil de leur indépendance, ils se soulevèrent trois fois contre Otton. On vit alors les papes se succéder avec une rapidité (lue le soupçon de poison rendait plus effrayante. Léon VIII chassé, Jean Xll rapi)elé, Benoît V exilé, Jean XIII expulsé, Grégoire V empoisonné conimc peut-être aussi Silvestre II ; l'empereur Otton III mourut lui-même à la fieur de l'âge et dans toute sa force.

A))rès la vaine tentative de réforme des trois Otton, les désordres reprirent leur cours dans la ville de Rome. Benoît VIII et Benoît IX, Jean XIX semblaient avoir atteint les limites des excès possibles. Chassé deux fois de Rome pour ses violences et deux fois- rétabli par la puissance de sa famille, Benoît IX fut remplacé par l'évêque de Sabine ; Silvestre III vendit la papauté à Grégoire VI (Jean Gratien) et la revendiqua après l'avoir cédée. Il y avait trois papes dans Rome : Benoît IX au Latran ; Silvestre III à Sainte-Marie-Majeure, Grégoire VI à Saint-Pierre. Déposés tous trois par le concile de Sutri (1046) ils firent place à Clément II amené par Henri III avec qui s'inaugurait le règne et l'influence de la maison de Franconie. Ce pontificat honnête et rapide de Clément II est demeuré comme l'aube voilée d'un jour réparateur. Damase II ne fit que passer— vingttrois jours — ; enfin Léon IX parut et rencontra l'homme extraordinaire à l'aide duquel devait s'accomplir la grande réforme, vainement essayée depuis un siècle : Hildebrand.

Celui-ci va devenir le conseiller de cinq papes : Léon IX, Victor II, Etienne IX, Nicolas II, Alexandre IL

Le véritable caractère du pontificat de Léoii IX, caractère dans lequel s'aflirmo

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rinflueiice crHildcbraiid, c'est d'avoir ictidu avx siège ponlifical son iincicn pouvoir : désormais le pa])C ajxiL en pasleur nnivcrsel. L'unité d'action (|ni va inspirer la politiiiuc pont i lit ali- pendant les règnes suivants rappelle les grands partis politiques (jue nous avons vus en iinropt;, au xix° sièele, chez quelques États oii trois on quatre chanceliers seuleuient dirigèrent les alïaires de leurs pays pendant une longue suite d'années. Une pensée s'était fait jour (pii reparaissait ])lns nette elnupu- l'ois (pu; l'occasion s'en oll'rait. Léon 1 X n a\ail consenti à porterie titre de pape (ju'après «pi'il Ini eut été conféré canonlipicinciit.V'iclor II, noiunu'> pai' l'empereur, se lit ic't'lirc pai' le clergé et le jienplc ronuiins. Après la mort de Victor II et pendant la l'aiblesse d'vuie minorité, Ilildebrand osa plus, il désigna au choix des électeurs un italien et non un allemand, et Etienne IX précéda Nicolas II dont le décret célèbre devait assurer l'émancipation entière du Saint-Siège, l'oui- essayer de savoir on Ton eu éliiit, à la mort de Nicolas, Ilildebrand lit élire Alexandre; II (pii lui lonsacré et, intronisé sans attendre le conseiitenuMit de la cour impériale à hupu'llc on se contenta de notilier (pi'on n'avait jin s y j>i'cn(hç anlrcrncnl. Le j)rociiain |i:ipc, ilildci)! and lui-même, mandera son élection, il sera le dernier qui se soumettra à cette formalité.

C'était un résultat acquis. Un autre s'annonçait. Il était manifeste qu'on allait vers une lutte décisive entre l'empire et le pontificat. Alexandre II était sur le point d'en donner le signal, lorsque la mort le surprit. Il venait d'écrire à l'empereur Henri IV d'avoir à se rendre en Italie « pour y donner satisfaction sur l'hérésie simoniaque et sur quelques autres actes qui méritaient correction, et dont le bruit était arrivé jusqu'à Rome. » Il laissait la tâche à Ilildebrand. Elu pape, Grégoire VII, fit parvenir à Henri IV l'avis de son élection, l'invitant à n'y pas donner son assentiment : quod si non faceret, certum sibi esset quod graviores et manifeslos ipsius excessus impunitos nullatenus toleraret. Malgré cet avertissement, Henri IV ayant appris que l'élection s'était faite suivant les règles et que l'élu n'avait pas soulîcrt qu'on le consacrât avant d'avoir obtenu la confirmation royale, ratifia le choix des Romains (1073).

A cette époque, la papauté avait déjà acquis beaucoup de puissance et de grandeur. Il y avait vingt-sept ans qu'elle était occupée par des hommes de mœurs austères, que guidaient des vues religieuses et des pensées réorganisatrices. Depuis 104G, époque où elle avait commencé, jusqu'en 1073, la réforme avait provoqué en Italie, en Allemagne, en France, vingt-sept conciles dirigés contre la simonie et le concubinage des clercs. Mais la régénération ecclésiastique avait été plutôt promulguée qu'accomplie. Les cinq prédécesseurs de GrégoireVII y avaient habitué les esprits et incliné l'opinion : c'était à lui d'accomplir l'œuvre même. Il fallait sa singulière vigueur pour l'entreprendre et pour soumettre les princes à sa juridiction pontificale, afin de leur enlever la jouissance q\rils avaient acquise et qu'ils exerçaient sur l'Eglise. Il connaissait toutes les difficultés qui l'attendaient. « Maintes fois, écrivait-il à Hugues, abbé de Cluny, Episl., 1. II, ep. XLix, j'ai deniandé au divin Sauveur de voidoir m'ôler de ce monde ou de permettre que je devinsse utile à notre mère commune. Une indicible douleur, une tristesse extrême, s'emparent de mon âme à la vue de l'Eglise... Je découvre à peine quelques évoques qui soient entrés dans l'épiscopat par des voies canoniques, qui vivent en évêques, qui gouvernent leur troupeau dans un esprit de charité, et non avec l'orgueil despolitiue des puissants de la terre. Parmi les princes séculiers, je n'en connais aucun qui préfère la gloire de Dieu à la sienne propre,

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