‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 5 sur 505 · Dl'lBlTS DE r.RKGOlRK VII · texte numérisé non relu

Dl'lBlTS DE r.RKGOlRK VII

et la justice à l'intérêt. Pour ceux au milieu desquels je vis, les Romains, les Lombards et les Normands, je leur reproche souvent qu'ils sont pires que des juifs ou des païens. « 11 ajoutait dans une autre lettre, à Guillaume le Conquérant, Episf., 1. I, ep. i-xx : « Nous sommes monté malgré nous sur ce vaisseau emporté à travers une mer agitée par la violence des vents, et que de furieuses tempêtes et des vagues soulevées jusques aux nues menacent de jeter sur des écucils cachés ou de faire sombrer dans la haute mer. »

Grégoire VII n'en accepta pas moins la périlleuse mission qui lui était échue. Il se montra atissi hardi dans sa doctrine qu'inflexible dans sa conduite. Sa logique fut de la dernière audace. Selon lui, il n'y avait qu'une autorité fondamentale, l'autorité du pape qui venait de Dieu, lequel l'avait transmise à saint Pierre et à ses successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église,... je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Il en concluait que, Pierre étant le fondement de l'Eglise du Christ, et ayant eu son siège à Rome, c'était dans l'Église romaine que résidait le pouvoir de lier et de délier ; que toutes les Églises particulières étaient des membres de l'Église romaine, laquelle commandait comme une mère à toutes les Églises et à tous ceux qui en faisaient partie, les empereurs, les rois, les princes, les archevêques, les évêques, les abbés et autres fidèles ; qu'en vertu de sa puissance elle avait le droit de les instituer et de les déposer; que, si le prince des apôtres pouvait lier et délier dans le ciel, il pouvait, à plus forte raison, enlever, sur la terre, les empires, les royaumes, les marquisats, les comtés, et les possessions des hommes, de quelque nature qu'elles fussent, Epist., 1. I, ep. xv, lxii, lxxv; 1. II, ep. xiii, XVIII, xxxn ; 1. III, ep. viu ; 1. VII, ep. xxv ; 1. VIII, ep. xxi, xxiii; que, jugeant le spirituel et ôtant les primaties et les évêchés à ceux qui s'en rendaient indignes, il devait juger d'autant plus facilement le temporel et disposer des dignités séculières ; que le pape, représentant de saint Pierre et vicaire de Dieu, devait dès lors arracher l'Église à ses liens terrestres, lui rendre sa liberté pour lui redonner ses anciennes vertus, et soumettre les princes de la terre à sa juridiction, pour opérer cette grande et heureuse réforme.

11 engagea donc contre l'empereur Henri IV cette première lutte du sacerdoce et de l'empire, connue sous le nom de guerre des investitures, et dont les vicissitudes sont si célèbres. Grégoire VII et ses cinq successeurs Victor III, Urbain II, Pascal II, Gélase II, Calixte II, dont trois avaient été désignés par lui, la poursuivirent durant cinquante années. Cette guerre porta à son comble l'autorité des papes, malgré la défaite, la fuite et même les défaillances momentanées de quelques-uns d'entre eux. L'Église se dégagea de la féodalité, le pouvoir religieux l'emporta sur le pouvoir militaire, et, au centre de l'Italie, s'éleva le dominateur moral du monde, qui, tout désarmé cju'il était, disposa de la force des peuples et de la couronne des rois. Cette révolution qui organisa la société chrétienne, et imprima à l'Euroiic des directions dont elle avait alors besoin, l'Italie s'en ressentit plus (jue les autres pays. Devenue le chef-lieu du gouvernement spiriluil (lu monde, elle eut pour (b'I'enseurs de son indépendance les pajies, intéressés })lus que jamais à cMiprihcr (luCllc ne Idtnhàt sous une iloniination unique. Ces vieillards, si faibles en apparence, puiscju'ils n'a vaient point darmée et ne commandaient pas toujours sur leur propre territoire, pos^sédaient au fond une pviissance extraordinaire. S'étant arrogé le droit de déposer les emperciu-s,

d'une silnalion critique ^. L'Ep;lise était engagée dans une lutte considérable, et il était facile de prévoir les rudes assauts qu'elle et la papauté allaient avoir à soutenir. Rome le comprit ; à la nouvelle de la mort du pape, le peuple garda un calme extraordinaire, laissant au cardinal diacre Ilildebrand le soin de tout disposer ^. Celui-ci ordonna un jeûne de trois jours, des litanies et des prières, pour que Dieu hénît le choix du nouveau pape. Le lendemain 22 avril, on déposa le corps du pape Alexandre dans la basilique du Sauveur, au Latran ; pendant la cérémonie tout le peuple cria soudain: « Hildebrand évêque^.» Et on le força positivement à accepter cette dignité, alors deux fois redoutable. Tel est le récit de Grégoire lui-même*, confirmé par Bonitho et

ils leur opposaient, en Italie, les sentinionLs nationaux ; en Allemagne, les ambitions mécontentes, et. ils soulevaient oonlrc eux la conscience religieuse de l'Europe, que dirigeait son clergé soumis. Ils se transmettaient les mêmes desseins jusqu'à ce ([u'ils fussent accomplis. Haut dressé entre ses cinq prédécesseurs et ses cinq s\icccsscurs, Grégoire VII les inspire, les stimule, les conduit, les échauffe de son esprit, les identifie à l'œuvre commune sur laquelle rayonne l'éclat de son génie entreprenant, de son Ame altière et de sa fermeté indomptable. (H. L.)

1. Bonitho de Sutri, ami de Grégoire VII, se trompe en plaçant cette mort le 23 avril, Qîfele, Rer. Boicar. ftcripl., t. ii, p. 810; Jaffé, Bihl. rer. germ., t. ii, p. 650; la date est incontestablenicuL le 21, cf. Grégoire VII, Regisirum, 1. I, n. G; Jaffé, Monum. Gregoriana, p. 14, 15; [voir aussi Emorl. Mont. Cass.. dans Muratori, Rerum Italicarum scriptores, t. v, p. 75]; Pagi, Crilica, ad ann. 1073, n. 3, 4; Sur Bonitho de Sutri et ses défaillances de mémoire, cf. W.^oxxy, Studienûher Bonizo, dans Forschungen zur deutschen Geschichte. t. viii, p. 395 sq. et, en sens contraire, Martens, yio;((7/(o i'on Siilri und seine lii.sloriscJien Werke, clnnsTlieologische Quartalschrijt, 1883, t. lxv, p. 457-483. (H. L.)

2. Grégoire VII, Epist. ad Guibertum Ravenn., dans le Registrum, 1. I, n. 3 : In morte ejus (Alexandri) primo quidem rotyianus populus contra morem ita quiesnl et in manu nosfra ronsilii frena dimisil, ut evidenter apparcret, ex Dei misericordia hoc prorenisse. Unde accepta consilio hoc statuimus : ut post triduanum jejunium post letanias et muUorum oralionem eleemosinis conditam, diçino fulli auxilio statueremus quod de electione romani pontificis videretur melius. (H. L.)

3. Cette acclamation soudaine et unanime pourrait mettre sur la voie d'une sorte de conspiration. La situation qu'occupait Hildebrand depuis plusieurs pontificats sudisait à le mettre en évidence, elle avait dû — son caractère aidant et aussi la qualité de ses adversaires — lui faire bien des ennemis. Un parti existait depuis longtemps en faveur de l'archidiacre, sans plus de préparation il lui aura suffi de se décider à parler haut, cf. A. Knopflcr, Die ^VaJll Gregor's VII, dans llistor. polit. Bldtler, 1884, t. xciii, p. 492-520; i>r Kalholik, 1892, t. v, p. 332- 365 et G. Mirbt, Die Wahl Gregor's VII, in-8, Marburg, 1892. (H. L.)

4. .Jaffé, Monumcnla gregoriana dans Bihliotlieca rerum Germanicarum, t. ii, p. 10 sq. ; Registrum, 1. 1, n. 1, 3.

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