‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 437 sur 505 · J.ib. II, c · texte numérisé non relu

J.ib. II, c

"J. J^es nations catholiques avaionl assez mal répondu à l'appel d'Innocent II. Cinquante-six évêques seulement, si on en croit un document contemporain, Mansi, Conc. arttpliss. coll., t. xxi, col. 489 ; Bernhardi, Lothar, p. 636, noie 7, se trouvèrent, à la fin de mai, réunis à Pise. On ne voit pas que l'Allemagne et l'Angleterre y furent représentées, car l'archevêque de Rouen, vu la partie française de son diocèse, pouvait être tenu pour français. (H. L.)

.3. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 488; Boson, Vita Innocentii //, dans ^^ allcrii'li , \ il:r pontij. ruin., I it, ji. 177 ; tioinliardi, op. cil., [>. G^'i, iiolo 9. (TT. L.)

l'antipape); enfin l'évêque élu de Modène, dont l'élection au siège de Parme avait été cassée, fut également déposé pour simonie et inconduite. L'abbé Ernaud dit encore : « Si je voulais raconter tout ce ((uo le concile a fait, cela m'entraînerait trop b»in ; le fait ca[)ilal fui (jue Pierleone y fut excommunie cl lous ses partisans déposés sans espoir de réintégration. »

Le ms. de Vienne rapporte encore que toutes les consécrations faites par ces seliismatiques furent condamnées. Roger de Sicile fut IVappé d'anathème ; on |U'ononca riiilerdil sur la Puiiillc et la Sicile et ou accorda à tous ceux qui a\ aient pris les armes contre Roger et contic lanlipape une absolution analogue à celle qu'Urbain II avait accordée à Clernuuit pour la première croisade ^. Ordéric Vital nous apprend de son côté que le pajie fit plusieurs propositions pour le bien de l'Eglise, mais que les circonstances ne permirent pas de les réaliser toutes. Hugues, archevêque de Rouen, ayant été pendant l'assemblée d'un grand secours pour le pape, celui-ci lui donna le primauté sur de nombreux évêques.

La Cronoca Pisana de Jafïé, la même que la chronique de

Pise utilisée par Pagi, ajoute que, dans ce concile, Engel-

bert, nommé par l'empereur Lothaire margrave de Toscane,

[4281 reçut l'investiture de son emploi. Les Pisans lui avaient fait une

bonne réception, mais les habitants de Lucques l'avaient chassé.

Nous avons vu qu'Anselme, archevêque de Milan, avait couronné le roi ('.onrad, pris le parti de l'antipape et méprisé les censures prononcées contre lui -. Mais l'arrivée de saint Bernard r.n Loiiihiirdie eut une heureuse influence : dès la |uemière exj>é(litiuu de Lothaire contre Ronu*. plusieurs clercs et laïques de Milan ((tmmencèrent à prendre Thabit cistercien et à iueu( r la vie ascétique. Ce parti se déclara contre l'archevêque et pour le pape, et obtint qu'une assemblée populaire délibérât sur toutes ces difficiles questions. Lorsqu'elle fut réunie, l'archiprêtre Etienne accusa l'archevêque d'hérésie, de parjure et de divers autres méfaits, dont il jura sur l'évangile de faire la preuve ; le magistrat décida aussitôt de réunir les sxiiïragants

1. Bernheim, dans Zeitschrift fiir Kirchenrecht, 1861, t. xvi, p. 150.

2. Cf. Landolf le jevinc, Histor. Mediolanensis, c. lvii-i.xv, dans Monum.Germ. hist., Script., t. xx, col. 45 sq. ; Bcrnhardi, Lothar von Supplinburg, p. 639-641 ; Pagi, Critica, ad anii. 1133. n. 15 sq. ; E. Varandard, Vie de saint Bernard, t. i, p. 371 sq. (H. L.)

de Milan pour discuter cette accusation. Lorsque les évêques

ainsi convoqués se rendirent dans l'assemblée, accompagnés de j

ces quasi-cisterciens, l'archevêque exaspéré s'écria : « Arrière, '

les capes blanches et grises, tas d'hérétiques ! » Le résultat

fut que l'archevêque fut chassé de Milan et l'archidiocèse confié

pour un temps à Roboald, évêque d'Albe.

Lorsque saint Bernard revint en Italie pour se rendre au concile de Pise, les Milanais lui demandèrent de leur faire l'honneur de les visiter, afin de mener à terme leur réconciliation avec le pape, Bernard, heureux de cette proposition, promit de les aller voir dès la fin du concile ^. Les habitants de Milan envoyèrent en même temps une députation à Pise, porter au pape Innocent et à l'empereur Lothaire leur serment de fidélité. Cette députation fut reçvie avec bonté; le pape confirma la déposition d'Anselme et approuva son expulsion ^.

Le concile de Pise s'occupa ensuite de l'affaire d'Henri, diacre et moine de Cluny, lequel, après la mort de Pierre de Bruys ^, s'était mis à la tête des hérétiques piétistes spiritualistes du sud de la France, Environ vingt ans auparavant, Henri, encore tout jeune homme, était venu de Lausanne en France, où il avait acquis une grande renommée par ses sermons sur la pénitence. Ses ennemis le traitaient d'hypocrite, mais son ascétisme rigou- r4291 reux, sa pauvreté apostolique, qu'il aimait à étaler, et son genre de vie faisaient la plus grande impresssion sur le peuple. Il avait habituellement une grossière tunique de moine, les

1, S. Bernard, Episl., cxxxii, cxxxiii, cxxxiv, P. L., t. clxxxii, col. 287 sq. (H. L.)

2, Monum. Germ. Iiisl., Soi pi., t. xx, p. 46 ; Bernheim, dans Zeitschrijt fiir Kirchenrecht, 1881, p. 151.

3, Pierre de Bruys est mal connu; ce cju'on sait sur sa personne se trouve dans Pierre le Vénérable, Trarldlns contra Petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, col. 710- 856; Abélard, Introd. ad Ihcologiam, édit. Cousin, t. ii, p. 84-85; Vacandard, dans Revue des questions historiques, janv. 1894, p. 67, note 6. Henri de Cluny est mieux en lumière, sauf pour son origine. Les Actn ffildeherti C enomanensis , dans Bouquet, Rec. des hisi. de la Gaule, t. xii, p. 548, font d'Henri un ermite ; saint Bernard, Epist., cc.xii, n. 3, en fait un moine apostat : qui , relicto reli gior^is hahilu nam monachus exstitit, etc. Albéric des Trois-Fontaines, dans Bouquet, /?ec. (/p.s hisi. de la Gaule, t. xiii, p. 701, en fait un « moine noir» et, de plus, un ignorant (il lui en eût remontré); cf. Mabillon, préface générale aux Œuvres de saint Bernard, n. 69, 73, P. L., t. clxxxii, col. 49-50. Sur cet épisode de l'hérésie au moyen âge, cf. E. Vacandard, Vie de saint Bernard, t. n, p. 217-234. (H. L.)

pieds nus, la barbe longue, une croix à la main, et ses disciples portaient devant lui une grande croix, comme un étendard. Tout cela, joint au feu de ses discours, attirait jeunes gens et vieillards, hommes et femmes, qui se disputaient à qui lui confesserait ses fautes. Il s'attaquait surtout à la luxure et au luxe des vêtements ; on était persuadé que les cœurs les plus endurcis ne sauraient lui résister, que son œil plongeait avec une force mystérieuse dans les replis les plus cachés de l'âme, de sorte que les fautes de chacun lui étaient connues. Il savait employer tour à tour la fermeté et la douceur ; aussi beaucoup assuraient qu'on n'avait jamais vu un homme tout à la fois aussi bon et aussi sévère. Le mercredi des Cendres 1116, deux de ses disciples arrivèrent au Mans et demandèrent si l'on ne voulait pas de leur maître comme prédicateur pendant le carême qui allait commencer. Les habitants du Mans, qui avaient déjà beaucoup entendu parler d'Henri, se réjouirent fort de son arrivée, et Hildebert. le célèbre évêque du Mans, donna son plein assentiment ^. Comme il devait se rendre en Italie, il chargea son archidiacre de faire au prédicateur bon accueil. Henri gagna bientôt les sympathies des laïques et du bas clergé du Mans, mais en revanche le haut clergé lui fit de l'opposition. En eiïet, le prédicateur ayant prêché contre les péchés du clergé, le peuple commença à poursuivre les clercs riches et de distinction et à déserter les ofTices divins' célébrés par eux. Plusieurs de ces clercs furent même en danger de mort et ne durent leur salut qu'à la protection du bras séculier. On voit (ju' Henri, semblable aux hérésiarques qui l'ont précédé et qui l'ont suivi, ne dédaignait pas ce moyen souverain de plaire au peuple, les philippiques contre les fautes du clergé. Le clergé du Mans lui écrivit alors qu'on l'avait reçu avec la plus grande charité, mais au lieu d'apporter la paix, il avait semé la désunion, la haine au lieu de l'amour, l'injure au lieu de la bénédiction. Il troublait l'Eglise, divisait le clergé et le peuple, avait amené des violences au Mans contre des ecclésiastiques; enfin, il avait déclaré le clergé hérétique et lui avait donné le baiser de Judas. Mais, chose plus grave, il avait émis ])lusieurs propositions contraires à la foi catholique.

1. Hildebert fit un voyage en Italie, mars-juillet 1101 ; cf. Vacandard, dans /?<>('. des quest. hist., janv. 1894, p. fi8, n. ;i. (H. L.)

712 LIVRE XXXIll

En conséquence, au nom de la très sainte Trinité, du pape Pascal et de l'évêque Hildebert, on lui interdisait, à lui et à ses compacrnons, toute prédication dans le diocèse du Mans. Henri n'obéit pas. Lorsqu'on lui lut la lettre du clergé, il hocha [430] la tête à chaque phrase et répéta : « Tu mens. » Tout le peuple était gagné à sa cause et lui apporta avec empressement quantité d'or et d'argent : il n'en garda qu'une partie et commença aussitôt une profonde réforme des mœurs, bien que lui-même n'eût pas toujours ime conduite irréprochable. Les femmes, qui jusqu'alors avaient mal vécu, durent brûler leurs habits de débauche et couper leurs cheveux. Il défendit de donner une dot ([uelconque aux jeunes fdles qui se mariaient, par la raison que le mariage ne devait jamais être un marché. On n'eut plus égard aux degrés de parenté qui constituaient un empêchement au mariage; d'autre part, sur le conseil d'Henri, plusieurs jeunes gens épousèrent d'anciennes filles publiques. De là, un grand nombre de mariages malheureux et un plus grand nombre d'adultères. Quand Hildebert revint de Rome, Henri quitta la ville et se retira dans une maison du voisinage. Le peuple reçut fort mal l'évêqvie, naguère encore vénéré, et lorsqu'il voulut donner sa bénédiction, on lui cria : « Nous ne voulons pas de tes bénédictions, bénis des ordures si tu veux, nous avons un autre père et un autre pasteur meilleur que toi. Nous haïssons tes clercs, parce qu'il a fait connaître leur hérésie et leur vie dissolue. » L'évêque, agit alors avec grande prudence. Quelques jours après, il alla lui-même trouver le moine, eut avec lui un entretien et le convainquit d'ignorance sur les notions les plus élémentaires. C'est ainsi qu'Henri dut s'avouer incapable de réciter son bréviaire. Aussi l'évêque lui défendit-il un plus long séjour dans son diocèse.

Henri se dirigea alors vers le midi ^, c'est-à-dire vers les pays où Pierre de Bruys avait déjà répandu ses erreurs; de cette époque date leur union et sa chute proprement dite dans l'hérésie. Après avoir mené, pendant quinze ans environ, une vie vagabonde, il fut saisi par l'archevêque d'Arles, qui le fit comparaître pardevant le concile de Pise ; là, il fut déclaré hérétique et mis en prison -. Remis en liberté quelque temps après, il reprit

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