DIXIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE
[4oJ] dire : nous en voyons maintenant la vérité. Nous le disons en pleurant : Nous avons vécu assez longtemps pour voir le droil foulé aux pieds, la force remplaçant le droit, les lois méprisées, la justice et la paix refusées aux hommes, les prati(iues du tulle di\iu abandonnées. A Jiolrc <^raud chagrin, nous avons du assister au service divin comme ou assiste à un enterrement, car (à cause de l'interdit) il u'a jiu a\oir lieu en la forme accoutumée. Voilà à quoi nous ont obligé les excès de ceux... qui ont élevé contre le Saint-Esprit et contre ses oints leur orgueil comme une nouvelle tour de Babel (le parti d'Anaclet). Aussi devons-nous maintenant, et sans autre délai, nous servir comme d'un glaive des lois de Dieu et de l'Eglise, qui, pendant la paix, sont semblables à des socs de charrue ^. » Le pape montra ensuite que Pierleone s'était conduit en usurpateur en se proclamant légat du vicaire de Pierre et, sur l'approbation générale, il prononça cette sentence : « Ce qu'il a établi, je le renverse ; ce qu'il a élcA'é, je l'abaisse ; ce qu'il a sacré, je l'exècre. Nous défendons à tous ceux que Gérard d'Angoulême a promus au service des autels d'exercer les fonctions sacrées et de monter à un degré supérieur ^. » Il désigna par leurs noms les coupables et leur ordonna de déposer leurs crosses, leurs palliums et leurs anneaux. Pour faire exécuter cet ordre, Godefroy, évéque de Chartres, visita en qualité de légat pontifical toute la France et l'Aquitaine, et détruisit les autels que Gérard d'Angoulême et Gilo de Tusculum (autre partisan d'Anaclet) avaient consacrés ^.
Innocent fut impitoyable envers les partisans d'Anaclet II, au point d'infliger la déjDosition à Pierre, cardinal de Pise, qui,
1. 11 faut convenir que loul tthi est passablement embrouillé. Au moyen i'ige, c'était de la haute éloquence. (H. L.)
2. Ils restaient in beneficio, mais étaient suspendus ab oflicio ; ce que la Chronique de Morigny donne comme la fin du discours du pape forme le can. 30 du concile. Ce fût une stupeur quand on entendit le pape, d'une voix tremblante de colère, désigner nommément les coupables. « Ce fut, on peut le croire, une scène f fïligeante ; et quand on admettrait que les traits de ce tableau ont été grossis à plaisir par le chroniqueur, il est incontestable qu'Innocent II a usé en cette circonstance d'une sévérité excessive. » E. Vacandard, Vie de saint Bernard, t. II, p. 57. (II. L.)
3. Baronius, Annales, ad ann. 1138, n. G; Watterich, Vitse pontif. roin., t. ri p. 250 sq.
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depuis plus de dix-huit mois, avait fait volontairement sa soumission. En elîet, en 1137, Roger, roi de Sicile, avait montré quelques dispositions (sincères?) à se rapprocher du pape et à abandonner le parti d'Anaclet, pourvu qu'Innocent lui fît des avantages considérables. Innocent et Anaclet envoyèrent leurs ambassadeurs au camp royal, à Salerne ^ : Innocent fît choix de saint Bernard et du cardinal Aimerick, et Anaclet, de Pierre de Pise et de deux autres cardinaux. Le parti de l'antipape espérait beaucoup de la science et de l'éloquence de Pierre de Pise, et le cardinal fit en efï'et un |)laidoyer bien composé ; mais saint Bernard détruisit ses arguments par une allusion à cette arche hors de laquelle il n'y a pas de salut. En terminant, le saint prit la main de sou acUersaire et dit avec une éloquence inspirée par son autorité : « Oui, nous voulons l'un et l'autre entrer dans l'arche et y demeurer en paix. » Le résultat fut que Pierre de Pise revint à Rome avec Bernard et se soumit au pape ^. Pierre de Pise fut néanmoins déposé en 1139 ; c'est ce que nous apprend la belle lettre où saint Bernard se plaint du pape, non au Christ, mais au pape lui-même : après lui avoir remis entièrement la cause de Pierre de Pise, pour le réconcilier avec l'Eglise, il traitait maintenant avec tant de sévérité ce môme cardinal, sans faire de distinction entre celui qui abandonne volontairement son péché et celui qui attend que le péché l'abandonne ^.
Les négociations avec le roi Roger n'ayant abouti à aucun résultat, ce prince fut excommunié par le concile de Latran *.
Comme actes proprement dits de ce concile général, nous ne possédons plus que trente canons, qui ne contiennent rien de nouveau.
1. F. Chalandon, Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, 1907, t. H, p. 82 ; E. Vacandard, Vie de saint Bernard, 1895, t. ii, p. 21. (H. L.)
2. Ernaiid, Vila S. Dernardi, 1. H, c. vu ; Baronius, Annales, ad ann. 1137, n. 28 sq. ; Wattcrirli, \'it;e ponlij. roni., t. ii., p. 247.
3. S.Bernard, Epist., ccxui, P.L., t. clxxxii, col. 378; liaronius, Annales, ad ann. 1139, n. 6. ^Yatterich, op. ci7., t. i, Prolcg., p. 58, croit que la déposition de Pierre avait été prononcée avant le concile, et que, pendant le concile, il fut réinstallé grâce à l'intercession de saint Bernard, car le 11 avril, il signa une bulle d'Innocent II; mais on peut en conclure aussi que Pierre ne fut déposé, avec les autres partisans d'Anaclet, qu'après le 11 avril et à la fin du concile. Si l'on connaissait la date exacte de la lettre de saint Bernard, on serait exactement renseigné sur ce fait.