‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 453 sur 505 · Disl. LXIII, c · texte numérisé non relu

Disl. LXIII, c

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car il s'eiïorçait de justifier les règles établies pour l'élection aux sièges épiscopaux (oan. 28) on assimilant cette élection à celle du siège ponlifical. Du resle, il ne parle que des aliis religiosis clericis et ne signale plus le populus comme participant à l'élection. La loi dont nous venons de parler constitue un des chaînons indispensables dans la suite des décrets concernant l'élection des papes, il est donc vraisemblable ([uc le concile de Latran de 1139 suivit l'exemple de l'assemblée œcuménique de 1123 ; il devait en elïet chercher à supprimer la cause du funeste schisme qui durait depuis huit ans et, pour cela, rendre impossible la formation des parlis, cause des doubles élections.

Théobald, le nouvel archevêque de Cantorbéry, venu au concile avec cin({ autres évcques anglais et quatre abbés, y reçut le paUiiim. L'assemblée s'occupa aussi de la canonisation solennelle de Sturm, le fondateur de Fulda. Un conflit entre le monastère de Saint-Bertin et celui de Cluny fut tranché en faveur de Saint-Bertin. Enfin, on rernit à une autre époque l'examen des [445] plaintes de l'abbé de Saint-Grégoire à Rome ^.

Quelques mois après le concile de Latran, le pape Innocent H ne craignit pas de faire la guerre à Roger, roi de Sicile, jadis nommé duc d'Apulie par Lothaire et par le pape lui-mcme, après que Rainolf^ fut mort subitement à Troja,le 30 avril 1139.

1. Maiisi,o/;. cil., l. xxi, col. 538, 539, 5'i0, 541 ; Coleli, up. cil., l. xii, col. 1509 sq.

2. Quand le pape apprit la mort de Rainolf, il se rendit dans le sud de l'Italie,

avec l'espoir d'y maintenir l'état de choses créé par Lothaire. Au mois de juin,

le pape, ayant levé 1000 chevaliers et de nombreux fantassins (Falcon de Bénévcnt

p. 245 ; Annal. Cecc, dans Monum. Germ. hist., Script., t. xix, p. 283 ; Romuald

de Salerne, dans Monum. Germ. hist., Script., t. xix, p. 423 ; Geoffroy de Viterbe,

dans Mon. Germ. hisl., Script., t. xxii, p. 260), se mit en route, ayant avec lui

Robert de Capoue, Richard de Rupecanina et le préfet de Rome, Thibaud. Le

pape se trouvait à Ferentino, district de Frosinonc, province de Rome, le 12

juin. Jaffé, Regesta, n. 8038-8039. L'armée pontificale brûla Isola, San Pietro,

Falvatcrra et Sant'Angelo in Theodicie. Entre temps, Innocent II s'arrêtait à

San Germano, où sa présence est connue le 2 et le 6 juillet (Jaffé, Re^. pont, rom.,

n. 8040, 8041; Romuald de Salerne, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xix,

p. 423), et réussissait à occuper presque tout le territoire dépendant du Mont-

Cassin. Roger, quand il apprit la démarche du pape, lui fit faire des propositions

de paix, à la suite desquelles Innocent II envoya deux cardinaux pour inviter

le roi à se rendre à San Germano. Falcon de Bénévent, ad ann. 1139, p. 245.

Roger, levant aussitôt le siège de Troia, vint avec son fils et son armée à San

Germano et entama des négociations avec Innocent II ; mais, dès le début, les

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Mais le pape fut vaincu et fait prisonnier en juillet 113!): il recdunut alors le nouveau royaume de Sicile, retira la sentence d'excommunication prononcée tant contre le roi, dont il reçut le serment de vassalité, que contre le iils de Roger, auquel il donna en fief le duché d'Aquilée et la principauté de Capoue, moyennant le serment de vassalité et une redevance annuelle de GOO pièces d'or. C'est sans doute à cette occasion qu'Innocent II accorda au roi Roger les insignes épiscopaux et des privilèges analogues à ceux i{uc Calixte II avait concédés lors de l'entrevue de Ciisors, à Henri d'Angleterre, notamment qu'à l'avenir le j)apc n'enverrait ])as de légat en Sicile, sinon sur le désir et la demande du roi. Le tliplôme d'investiture ne contient, il est

deux parties ne purent trouver un terrain d'entente. Le pape demandait que Robert de Capoue rentrât en possession de ses Etats et Roger s'y refusait absolument. Les pourparlers durèrent huit jours et n'aboutirent pas, le pape et le roi se refusant à toute concession. Roger II s'éloigna et, se rendant dans le comté de Molise, soumit les terres que possédaient les fils de Borrel, dans la vallée du Sangro. En son absence, le pape commença les hostilités et fit brûler Sant' Angélo, Mortala, San Salvatore et Galluccio. Dès que Roger II fut informé de l'entrée en campagne des troupes pontificales, il revint en toute hâte et campa à San Germano. Sa brusque arrivée paraît avoir surpris le prince de Capoue et le pape, qui, peu soucieux de livrer bataille à des forces supérieures, levèrent le camp en toute hâte et s'enfuirent. Ils furent attaqués en pleine débandade par le duc Roger, qui mit en déroute l'armée d'Innocent II sur les bords du Garigliano, près de Galluccio. Le prince de Capoue et Richard de Rupecanina réussirent à s'enfuir, mais le pape et sa cour furent faits prisonniers et le trésor pontifical tomba au pouvoir du roi de Sicile, 22 juillet. Falcon de Béncvent, p. 246 ; Romuald de Salerne, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xix, p. 423; C/iron. Ferrar., édit. Gandenzi, p. 25 ; Annal. Cas., ad ann. 1139, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. XIX ; Annal. Ceccan., dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xix, p. 283 ; Annal. Farfens., dans Monum. Germ. hist., Script., t. xi, p. 589; Otton de Freisingen, Chro)i., t. VII, 24; Geoffroy de Viterbe, dans Monum. Germ. Iiist., Script., t. xxii, p. 260; Ordéric Vital, Hist. eccles., 1. I, t. i, p. 191.

La capture d'Innocent II était pour Roger un coup de fortune ; comme Léon IX, Innocent II aux mains des Normands allait être obligé, pour recouvrer sa liberté, d'en passer par les conditions qui lui seraient imposées par le vainqueur. En outre, cet échec du pape eut un retentissement énorme et acheva de désorganiser l'ancien parti de Rainolf. Reçu avec de grands témoignages de respect par le roi. Innocent II paraît s'être illusionné sur sa situation; il crut tout d'abord que son prestige lui permettrait d'en imposer à Roger et refusa de le recevoir. ^Mais bientôt le pape fut oblige de se rendre à l'évidence et dut se soumettre aux exigences de son vainqueur. Pour diminuer rhuniilialion iulligcc à la papauté, il semble que l'on ait cherché à justifier le changement d'attitude d'Innocent II en disant que c'était dans l'intérêt des nombreux Romains toinbés

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^ rai, anciiiic mention expresse de celle concession^, mais Otton de Freisingcn ^ el V Ilist. ponlif. ^ sont entièrement d'accord à ce sujet. Malgré le résnltat malheureux de sa lutte contre Roger, le pape, à son retour à Rome, fut reçu par les Romains avec des cris de joie ; mais comme peu après (été de 1142), il refusa de détruire Tivoli, ils déclarèrent qu'ils ne lui obéiraient plus, lui signifièrent cjue son pouvoir temporel était à tout jamais aboli, établirent un sénat (il n'y en avait plus depuis Charlemagne) et introduisirent partout les formes républiiaines. La liberté conquise

au pouvoir du roi de Sicile que le pape avait consenti à traiter. Après d'assez longues négociations, l'accord finit par se faire et, le 25 juillet, à Mignano, province de Caserte, Innocent II se reconciliait avec Roger et levait la sentence d'cxconiniunication rpi'il avait prononcée quelque temps auparavant. Le pape, après avoir célébré solennellement la messe, confirma à Roger son titre de roi de Sicile, de la Fouille et du principal de Capoue. La limite du royaume, du côté de l'État ponlilical, tut fixée au Garigliano. La bulle pontificale constatant l'accord ne fui délivrée que le 27 juillet. Falcon de Bénévent, p. 246; Jaiïé, Bcii. jwul. roiti., n. 8043 ; Mansi, Conc. <tni])liss. coll.. t. xxi, col. 396; Aiiiinl. llerbipolciises, dans Mon. Germ. Jtislor., SciijiL, t. xvi, p. 2 ; Ainuil. Ca.sin., dans Mon. Germ. hist., Scripl., t. xix, p. 309. Pour reconnaître la suzeraineté du pape, Roger s'engagea à payer chaque année, pour Capoue et la Fouille, six cents schifati. Le cens stipulé est celui-là même qui avait été indiqué dans la bulle d'Anaclet. Dans sa bulle, le pape rappelle une convention conclue antérieurement et cite la cession de la Fouille faite par Honorius. Il est très probable que les mots ut statutum visaient l'accord conclu entre Roger et Honorius et étaient destinés à sauver les apparences; cf. Lifiercezisuum, édit. P. Fabre, p. 16. A ce propos, on a accusé Innocent II d'avoir voulu cacher la vérité et d'avoir dit que c'était Honorius qui avait créé le royaume de Sicile. Pour laverie pape de cette accusation, on a voulu interpréter difîéremnrent le texte de la bulle mais on peut difficilement admettre une ponctuation donnant à la phrase un autre ton et un sens différent; aussi la correction proposée ne peut-elle guère se défendre Par l'accord avec Innocent II, Roger avait atteint le but qu'il poursuivait depuis la mort d'Anaclet ; la reconnaissance du royaume de Sicile par le pape assurait la légitimité du roi, dont le royaume était non pas fief d'empire, mais lid' du Saint-Siège. La défaite d'Innocent II était complète et sur loiile la ligne Roger II triomphait. Toutefois, leroi consentit à faire au pape quelques concessions sur des points de détail; c'est ainsi qu'à Bénévent, où il accompagna Innocent II, le f'' août, Roger laissa déposer l'archevêque Rosseman, qu'il recueillit d'ailleurs. A partir de ce moment. Roger II prit dans ses diplômes le titre de rcx Sicllix, ducatus Ajjidiœ cl j>ritui palus Capuiv, titre (pie conserveront désormais ses successeurs. F. Chalandon, Histoire delà domination normande en Ilalie et en Sicile, 1907, t. lu, p. 88-91. (H. L.)

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