Labbe, Concilia, t. x, col. 101 'i
chancelier, et aussi, d'après d'autres historiens, les deux évoques, de les faire massacrer devant la forteresse, de les faire pendre ou de les laisser mourir de faim, si Devizes ne se rendait sans délai. D'après une tradition, l'évêque Roger se condamna volontairement au jeûne tant que ses partisans ne remettraient pas la forteresse. Il comptait ainsi adoucir le roi et le détourner de recourir aux moyens extrêmes. C'est ainsi qu'en trois jours le roi s'empara non seulement de Devizes, mais aussi des châteaux de Salisbury, Sherburn et Malmesbury, que l'évêque Roger dut lui remettre, tandis que l'évêque Alexandre se vit aussi obligé de livrer sa forteresse de Newark^. Mais le propre frère du roi, Henri, évêque de Winchester, en même tempe légat du pape, blâma ces violences et exigea la mise en iberts des évêques. Le roi s'y refusant, Henri le cita devant le concile de Winchester, célébré le 29 août 1139 ^. La plupart des évêques anglais y assistèrent, avec Théobald, primat de Cantorbéry. Thurstin, archevêque d'York, se fit excuser pour cause de maladie, et d'autres alléguèrent qu'ils prenaient part à quelque expédition. On lut d'abord un décret du pape nommant Henri, évêque de Winchester, légat apostolique. Celui-ci prononça en latin un discours sur l'emprisonnement des évêques de Salisbury et de Lincoln et sur les abus de pouvoir que le roi, trompé par de mauvais conseillers, avait commis envers l'Église. L'archevêque et les évêques avaient maintenant à délibérer sur la conduite à tenir. Quelques comtes envoyés par le roi demandèrent pourquoi leur maître avait été appelé au concile. Le légat répondit : Lin roi qui est soumis au Christ ne doit pas prendre en mauvaise part que des serviteurs du Christ l'invitent à donner satisfaction. Aux temps du paganisme, les évêques avaient été emprisonnés et on leur avait enlevé toutes leurs possessions. Mais le roi était d'autant plus redevable à l'Église qu'il était monté sur le trône grâce au clergé et non par la force de ses armes. Les comtes, ayant rapporté ces paroles, revin-
1. E. Freeman. The history oj Ihe Norman conquesl of England, in-8, Oxford, 1876, t. V, p. 288. {H. L.)
2. Coll. rciiia, 1. xxvii, roi. 1.^7 ; Labbe, Co7K(7t«, t. x, col. 1014-1018 ; Ilar- (loiiin, Conc. coll., I. vi, j>ait. 2, col. 1217 ; Cololi, Concilio , t. xii, col. 1513 : \\ jlkiiis, Conr. lirilann., I. i, p. /il9 ; Maiisi, Conc. ariipliss. coll., i. xxi, col. 5'i5 (II. L.)
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rcnt en compagnie du savant juriste Albéric de Ber, qui se présenta au concile comme chargé par le roi d'une mission et chercha à prouver que l'évcque de Salisbury et ses neveux s'étaient très gravement compromis à l'égard du roi. Du reste, ce n'était point par la force qu'on avait pris aux évoques leurs châteaux, ils les avaient remis de plein gré pour échapper à d'autres châtiments. L'évêque Roger répondit avec vivacité, le légat, avec plus de modération ; ce dernier développa cette idée, que les prétendus méfaits accomplis par les évêofues auraient dû avant tout être examinés en concile et que la punition n'aurait pas dû précéder le procès. Sur le désir du roi, la continuation de cette affaire fut remise à deux jours, c'est-à-dire au 1^^ septembre, pour laisser à Hugues, archevêque de Rouen en Normandie, le temps d'arriver. Celui-ci commença par contester aux évcques le droit d'avoir des forteresses et dit que, si jusqu'alors le roi ne s'était pas montré plus sévère sur ce point, son indulgence pouvait maintenant faire place à la justice. Albéric de Ber dit à son tour : « Le roi a appris que quelques évêques menaçaient d'aller à Rome ; il leur fait conseiller de n'en rien faire; leur retour pourrait leur coûter cher ; d'ailleurs, lui-même s'adressera à Rome.» D'autres menaces furent encore proférées et les évêques n'osèrent pas proiioncer une sen- L ^' J tencc contre le roi, d'abord parce qu'il n'était pas permis d'excommunier un roi sans l'assentiment du pape, ensuite parce qu'ils voyaient déjà menaçantes les épées (des comtes et de leur escorte) et craignaient pour leur vie. Le légat et l'archevêque se rendirent dans les apparlemenLs privés du roi et lui demandèrent à genoux d'avoir pitié de l'Eglise et de sa propre âme ; mais ils ne purent rien obtenir ^.
Après la mort du premier patriarche latin d'Antioche (Bernhard, 1135-1136), sous le règne de Foulques, roi de Jérusalem ^, le Français Raoul fvit nommé patriarche d'Antioche par la noblesse et le peuple, malgré l'opposition du clergé. Il parvint, par sa
1. Je combine les données fournies par Guillavime de Malmesbury, Ilist. îioi'ell., 1. II, qui assista à ce synode, avec celles d'Ordéric Vital et de l'auteuj* anonyme des Gesta Slephani régis, dans P. L., t. clxxix, col. 1407 sq. ; Mansi, Conc. ampliss., t. xxi, col. 545 ; Hardouin, Conc. coll., i. vi, part. 2, col. 1217; Coleti, Concilia, t. xiii, col. 1513 ; Duchesnc, Hist. Norm. script., p. 919 sq., 944 sq.; Frecman, op. cil., t. v, p. 289-290.
2. Foulques V, 11.'H-1143, marie à Mélisande, fille de Baudouin II; cî. Rôhrichl, (icsrhidilc (les iisicii Krciizziij^es, 1!)01, j). 192 S(|., 209 scj. (II. L.)
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prudence et sa fermeté, à se mainlcnir en possession de son siège et rêva même de se faire l'égal du pape, puisque lui aussi occupait une cathedra Pétri. Au lieu de demander le pallium à Rome, il se contenta d'en bénir un pour lui-même sur l'autel de Saint-Pierre à Antioche, Le schisme qui divisait alors l'Occident entre Innocent II et Anarlet II rendait possibles ces excès ; à son tour, Guillaume, patriarche de Jérusalem, excité parce mauvais exemple, voulut se séparer de Rome et fit des démarches pour empêcher Foucher, archevêque de Tyr, et l'un de ses sulîragants, de demander au pape le pallium. Une lettre sévère d'Innocent II le rappela au devoir (1138).
Sur ces entrefaites, Raoul d'Antioche avait emprisonné et traité cruellement deux chanoines de sa cathédrale, Lambert et Arnulf, qui s'étaient vivement opposés à son élection. Ils en aj^pelèrent à Rome, et Raimond, prince d'Antioche, alors en discussion avec le patriarche, força ce dernier à se rendre en personne à Rome pour rendre compte de cette affaire. Mais le chanoine Arnulf, ayant pris les devants, excita Roger, roi de Sicile, contre le patriarche d'Antioche, lui disant que, si les Normands avaient perdu la principauté d'Antioche, c'était surtout par l'œuvre du patriarche. Quand ce dernier débarqua à Brindisi, il fut arrêté et livré à son ennemi Arnulf, qui lui rendit le mal pour le mal. Raoul manœuvra habilement dans ces circonstances difficiles: il sut rapidement gagner les bonnes grâces du [449] roi Roger et, arrivé à Rome, apaiser peu à peu les esprits fortement irrités contre lui. Il consentit, ce qui fit la meilleure impression, à abandonner le pai/ium qu'il s'était donné lui-même, et à en demander un autre au pape. Innocent II fut d'avis (juc les plaintes portées contre le patriarche n'étaient pas suffisamment prouvées et que le meilleur parti était d'envoyer un légat en Palestine faire une sérieuse enquête.
A son retour à Antioche, Raoul se vit d'abord refuser l'entrée de la ville ; il dut habiter tantôt Édesse, tantôt \\n monastère situé dans les montagnes. Toutefois, il parvint en qvielques mois à regagner la faveur des habitants d'Antioche et entra dans la ville en triomphateur. Alors arriva en Palestine Pierre, archevêque de Lyon et légat du pape ; mais il mourut (empoisonné ?) le 27 mai 1139, avant d'atteindre Antioche. Le patriarche Raoul se réconcilia alors avec ses adversaires et, notamment, rendit à Lambert son archidiaconé. Arnulf seul resta
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exclu de celte réconciliation ; il se rendit à Roinc et obtint l'envoi du cardinal Albéric, évêque d'Ostie, pour examiner toute cette all'aire. Cehii-ci convoqua un concile à Antioche pour le 30 novembre 1139 1. Avi jour indiqué, se trouvèrent réunis, dans l'église de Saint-Pierre d' Antioche, Guillaume, patriarche de Jérusalem, les archevêques Foucher de Tyr, Gaudence de Césarée, Etienne de Tarse, Franco d'Hiérapolis, Gérard de Corycus et Serlo d'Apamée (plusieurs n'étaient guère qu'archevêques titulaires), avec beaucoup d'évêques et d'abbés. Les uns étaient pour et les autres contre Raoul. Le légat du pape présida. Avec Arnulf, Lambert se présenta pour accuser le patriarche, quoiqu'il se fût auparavant réconcilié avec lui. L'accusation porta sur l'irrégularité de l'élection, la simonie et l'incontinence. Raoul ne s'étant pas présenté, le concile lui envoya une députation pour l'inviter à venir exposer lui-même sa défense : il s'y refusa. Le lendemain, on renouvela la citation, mais sans plus de succès. Dans cette seconde session, Serlo d'Apamée quitta ses ornements épiscopaux et vint en costume ordinaire ; le légat lui demanda pourquoi il se distinguait de ses collègues et ne figurait plus parmi les accusateurs du patriarche ; il répondit : « Ce que j'ai fait, je l'ai fait dans un moment d'exaltation et pour le malheur de mon âme, car j'ai fait comme Cham, j'ai découvert la honte de mon père. Maintenant, avec le secours de Dieu, je suis revenu de mon égarement, je ne l'accuserai pas plus que je ne me permettrai de le juger, et je suis prêt [ i^UJ plutôt à combattre pour lui jusqu'à la mort. » Sur-le-champ, il fut chassé de l'assemblée, excommunié et déposé ; car, au rapport de Guillaume de Tyr (xv, 16), tous avaient une si grande crainte du prince d'Antioche cjue nul n'osa protester contre la sentence dont venait d'être frappé Serlo d'Apamée. D'ailleurs, le prince et le légat étaient d'accord et Raimond était excité contre le patriarche Raoul par Armoin, capitaine de la citadelle, qui cherchait à faire donner le siège d'Antioche à son neveu Aimery,
Le troisième jour, on fit une nouvelle citation au patriarche, dans le palais duquel s'étaient réunis les memlires de la noblesse
1. Coll. regia, t. xxvir, col. lôO ; Labbe, Concilia, t. x, col. 1824-1827 ; Har(louin,ro;ic. fo//. , (. vi, part. 2, col. 1199; Coleti, Concilia, t. xii, col. 148,') ; Mansi, Conc. ampli.ss. coll., t. xxi, col. 503. (H. L.l
et une foule de peuple pour prendre sa défense. La crainte seule du prince d'Antioche les empêcha de chasser de la ville le légat et les Pères du concile. Le patriarche ne s'étant donc pas rendu à l'assemblée, le légat, confiant dans le secours du prince, vint trouver Raoul dans son palais, lui notifia sa déposition et l'obligea à quitter l'anneau et la croix. Sur l'ordre du légat, il fut livré au prince, enchaîné et emprisonné dans le monastère de Saint- Siméon. Plus tard, il s'enfuit à Rome et regagna, en partie du moins, les bonnes grâces du Siège apostolique; mais il mourut empoisonné, lorsqu'il se préparait à revenir en Orient.
A l'issue du concile d'Antioche, le légal, gagna Jérusalem, où il séjourna jusqu'à Pâques de 1140. Le mardi de Pâques, il célébra dans la sainte église, avec le patriarche et ses évêques, un concile ^ auquel prit également part le catholicos d'Arménie. On délibéra sur les différents points de foi qui, chez les arméniens, ne paraissaient pas en conformité absolue avec la doctrine de l'Eglise, et le catholicos promit d'améliorer cet état de choses. Le légat vint ensuite à Accon et, de là, s'embarqua pour Rome. Quant au clergé d'Antioche, il choisit pour patriarche un Français, cet Aimery dont nous avons parlé.
Vers cette même époque, en mai 1140, un conciliabule schismatique, célébré à Constantinople, sous le patriarche Léon Stypiota, s'occvipa de rejeter les erreurs du moine Constantin Chrysomalus ^. Deux autres réunions ecclésiastiques tenues dans cette ville, en août et octobre 1143, par le patriarche Oxitès, décrétèrent des peines contre deux évêques bogomiles. Clément de Sasima et Léontius de Balbissa (en Cappadoce), ainsi que contre le moine bogomile Niphon ^.
1. Guillaume de Tyr, Ilisl. belli sacri, 1. XIV. c. x-xiv ; 1. XV, c. xu-xviii; Labbe, Concilia, t. x, col. 1030 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1199; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1485 sq. ; Maiisi, Concil. ampliss. coll., t. xxi, col. 503, 577, 583; Wilken, Gesch. d. Kreuzzuge, t. ii, p. 691-710. (H. L.)
2. Coleti, Concilia, t. xii, col. 1517 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 551. (H. L.)
3. Coleti, Concilia, t. xii, col. 1553 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 593 ; Léo Allacci, De consensu Eccles. orient, et occid., 1. II, c. xi-xii ; Farlatti, Illijricum sacrum, t. vu, p. 534 ; Pagi, Crilica, ad ann. 1140, n. 25.
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