S. Bernard, Epist., cccxxv[t
3. Cf. Cil. de Rémusat, Abélard, Paris, \8'i5, t. i, p. 117 ; Néander, Der heil. Bernard, 2® édit., p. 248 ; E. Vacandard, Abélard, sa lutte avec saint Bernard, sa doctrine, sa méthode, in-12, Paris, 1881 ; le même Vie de saint Bernard, 1895, t. I, p. 118-139. (H. L.)
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Aliii d'écliaj)per aux pcrséculloiis toujours inciiaçaiilcs, Abélard atnepla la })lac't' d'aljbc du moiiaslère d(; Saint-Gildas de Uliiiys eu Hrcta<ine, el l'abbé de Saint-Denis y donna son consentement (1225). Le monastère, déjà pauvre, était pillé et opprimé par des tyrans voisins, et les moines à demi sauvages et sans mœurs. Abélard, très attristé, reç-retta d'avoir échangé le Paraclet et ses chers disciples contre cette habitation de bar- [iOo] bares et de dissolus, où les moines étaient plus mauvais et plus sauvages que des païens. Dans son chagrin, il eut la consolalion de pou\ (tir donner son Paraclet à Héloïse et à fjuelques-unes de ses amies, et de voir fleurir ce nouveau monastère (1229). Le soin des intérêts d'IIéloïseet de ses nonnes motivant de fréquentes visites d'Alîélard au Paraclet, des bruits fâcheux commencèrent à circuler : on l'accusa de nourrir encore povir elle un amour défendu. Il protesta vivement contre ces imputations et dénonça même plusieurs tentatives d'empoisonnement de la part des moines de Saint-Gildas, voire avec le calice eucharistique. Il quilla donc le monastère et vécut dans une cellule retirée. Vers cette époque, il fil une chute de cheval et se blessa gravement avi cou, ce qui le rendit encore plus morose cfu'auparavant. 11 parvint bien à chasser du monastère quelcjues-uns des moines les plus mauvais, mais les autres n'en cherchèrent pas moins à attenter à sa vie. Il prit alors le parti de fuir (1134) avec l'aide d'un chevalier, et c'est de sa cachette cju'il écrivit la lettre ou Historia calamitatum, dont nous avons extrait les passages qui précèdent ^. C'est encore de ce séjour solitaire en Bretagne que datent sa correspondance avec Héloïse et la composition de plusieurs écrits ^. En 1136, il fonda une école de dialecti(|ue sur la montagne de Sainte-Geneviève à Paris, et, quoic[u'il suspendît ses leçons avant le terme ordinaire (on ne sait pourquoi), sa renommée grandit de jour en jour et ses écrits se répandirent avec un succès prodigieux ^. Guillaume de Saint- Thierry écrivait alors : « Ses livres vont plus loin que la mer et les Alpes, et ses nouvelles leçons traversent les provinces et les
1 . Abùlard, llisl. calamitatum, P. L., t. clxxviii, col. 179. (H. L.)
'-. 11 composa une règle pour les religieuses. Epist., vui, P. L., t. clxxviii,
col. 255-326. (H. L.) 3. Jean de Salisbury nous le moulre JiiUanl coiiLi'c la scicuice des corniliclcns
el triomphant à force de logique. Metalogicus, 1. Il, c. x; 1. 1, c. v, P. L., l. cic,
col. 807-832. (11. L.;
empires ; elles sont écoulées avec grande faveur et défendues ouvertement. Aussi la curie romaine doit-elle s'en occuper. » Ces paroles sont extraites de cette lettre, si importante par ses résultats, que Guillaume, auparavant abbé de Saint-Thierry et alors cistercien à Signy, écrivit vers [1140] à saint Bernard et à Godcfroy, évèque de Chartres, l'ancien protecteur d'Abélard, pour attirer leur attention sur les erreurs du moine ^. « Il ne s'agit de rien moins, continue-t-il, (jue de la foi en la sainte Trinité, de la personne du Médiateur, du Saint-Esprit, de la grâce de Dieu et du mystère de notre rédemption. Vous vous taisez, mais je vous le déclare : tout cela est dangereux. Resardons-nous donc comme de peu d'importance que la foi soit falsifiée ? Le mal prend tous les jours de plus grands développements. Dernièrement, il m'est tombé sous la main un livre de cet homme, portant le titre : Theologia Pétri Ah selardi. Ces mots m'engagèrent à lire l'ouvrage. [454] C'étaient, à vrai dire, deux livres ayant le même contenu : seulement, l'un était plus développé que l'autre (il fait allusion aUx deux écrits d'Abélard : Introductio in theologiam et Theologia christiana ^). J'ai pris quelques notes sur ce qui m'a frappé plus particulièrement et je vous les envoie avec les écrits en question. Maintenant je vous invite à défendre la cause de Dieu et celle de l'Eglise latine tout entière. Craindriez- vous cet homme ? en auriez-vous peur ? Si vous n'ouvrez pas les yeux, quand donc craindra-t-il à son tour ? Comme presque tous les docteurs ecclésiastiques sont morts, il s'est emparé de l'enseignement et, à l'heure présente, il fait avec la sainte Écriture ce qu'il a fait autrefois avec la dialectique. Il donne ses propres inventions, ses nouveautés de l'année. Les points que j'ai notés dans ses livres sont les suivants :
«1. Il définit la foi comme une (pure) œstitnatio rerumquse non ^identur ^. 2. Il soutient que les noms de Père, de Fils et d'Esprit sont employés improprement à l'égard de Dieu et ne sont qu'une description de la plénitude du souverain Bien. 3. Le Père, dit-il, est la puissance pleine, le Fils n'est qu'une certaine puissance et
1. C'est Vepisl. ccxxxvi, parmi les lettres de saint Bernard. Sur l'origine et le caractère de cette lettre, cf. E. Vacandard, Abélard, p. 55-58.
2. Sur la chronologie de ces écrits et sur leur contenu, cf. Diclionn. de t'néoJ. cailioL, t. I, col. 38 sq. (H. L.)
3. Nous traiterons plus tard en détail de celte accusation contre la doctrine d'Abélard, ainsi que de celles qui suiveiiL.
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le Sainl-EspriL n'est aucune puissance. 4. Le SaiuL-EspriL n'est pas, comme le Fils, de la substance du Père. 5. Le Saint- Esprit est l'âme du monde. G. Sans le secours de la grâce divine, l'homme pourrait vouloir et faire du bien. 7. Le Christ n'a pas rovctu l'humanité et n'a pas souiïcrt pour nous délivrer du joug du démon. 8. Le Christ n'est pas, en tant ([iie Dieu et homme, la troisième personne de la Trinité. 9. Dans le sacrement de l'aulel, la l'orme de la subslance antérieure reste en l'air. 10, Les tentations du démon se produisent dans l'homme par la physique (c'està-dire par les choses naturelles, les piet-res, les plantes, etc.). IL Ce n'est pas la faute elle-même, mais simplement la punition du ])éché originel qu'Adam nous a transmise. 12. Le péché n'est autre chose que le consentement à faire le mal et le mépris de Dieu. 13. La curiosité, etc., n'est pas un péché, c'est l'effet de la nature:. s Il y a d'autres livres d'Abélard, le Sic et non ^, le Scito te ipsum {Essai d'un système de morale), et d'autres, dont le contenu est aussi monstrueux que le titre. Comme on dit, ils fuient la [455] lumière et, malgré toutes les recherches, ils sont introuvables ^. « Dans un appendice à cette lettre, Guillaume de Saint-Thierry fait un plus ample exposé des treize erreurs d'Abélard et leur oii])ose une réfutation ^.
On ignore ce que l'évéque île Chartres fit ou répondit en cette circonstance ; quant à saint Bernard, il répondit par une lettre courte, modérée et prudente *. « Ton zèle est fondé et nécessaire. Que ce zèle ne soit pas celui d'un oisif, c'est ce que prouve ton petit livre, qui ferme la bouche à
1. Sic et non, c'est-à-dire oui et non ; Abélard y avait mis en regard des maximes contradictoires des Pères de l'Église sur différents points de théologie.
2. Et cependant, quelques-unes de ces treize propositions incriminées scnihlent extraites de ces écrits si introuvables. Mais, probablement, Guillaume de Saint-Thierry les connaissait par les cahiers des élèves d'Abélard, ou bien pur des traditions orales.