‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 459 sur 505 · P. L., t. CLXxx, p. 249 sq · texte numérisé non relu

P. L., t. CLXxx, p. 249 sq

'i. Deutsch, Die Synode uon Sens 1141 und die Verurlheiluni; Abàlards, Berlin, 1880, p. 4-lG, voudrait prouver que l'intervention contre la doctrine d'Abélard ne se produisit pas subitement et sur l'initiative de Guillaume de Sairït- Thierry,mais fut le résultat d'un plan mûrement réfléchi et prémédité, auquel saint Bernard prêta la main dès le début ; il fallait seulement attendre les circonstances favorables pour détruire les idées, de jour en jour plus funestes, d'un rival que l'on jalousait. Cette apprécialioii ne tient pas compte du danger que contenaient en eux-mêmes les enseignements d'Abélard, q»ii auraient amené la destruction de toute la doctrine chrétienne.

ceux (pii discnl des faussetés. Je n'ai })u encore le lire avec loute l'attention (]u'\\ mérite, mais ce (jue j'en ai déjà vu me plaît et je le crois très apte à combattre le nouveau dogme ; néanmoins, comme je ne me lie pas à mon jugement, surtout en des matières si importantes, le mieux, je crois, est que nous ayons une entrevue l)0ur examiner de jirès toute cette aiïaire. Toutefois, elle ne ])ourra avoir lieu avant Pâques (1140), afin que le zèle pour la prière, exigé par le temps où nous nous trouvons (le carême), n'en soit pas troublé. Quant à mon silence antérieur, veuille bien l'excuser, car jusqu'ici je n'ai su que très peu de chose, ou, pour mieux dire, rien de tout cela ^. »

Afin de terminer pacifiquement cette affaire, Bernard rendit visite à Abélard aussitôt après Pâques et lui demanda d'abord, eu téte-à-tête, de ramener ses élèves de la voie d'erreur, dans laquelle il les conduisait et de corriger ses livres. N'ayant rien obtenu, saint Bernard, se conformant au ])récepte de l'Évangile -, fit une seconde \'isite, en compagnie de deux témoins. Le troisième biographe de saint Bernard, le moine Godefroy ^, prétend qu' Abélard fut alors réellement touché et fit les plus belles promesses. Mais toute la suite de l'affaire prouve le contraire et, dans leur lettre au pape, les évêques français ne disent pas un mot d'un pareil résultat obtenu par des démarches personnelles. Abélard, prévoyant qu'un orage allait fondre sur lui, s'exprima très vivement contre saint Bernard dans plusieurs lettres à ses disciples * et demanda à l'archevêque de Sens d'être mis, dans un concile, en présence du saint abbé, afin de se défendre. L'archevêque fixa le jour de leur confrontation. Nous apprenons plus tard, de saint Bernard lui-même, ])oiirquoi il finit par s'y décider. Peu de temps avant la réunion du concile, il écrivit aux évêques qui devaient s'y rendre : « S'il s'agissait d'une aiïaire personnelle, je sais que je pourrais compter sur votre concours ; mais, comme cette affaire est plutôt la vôtre que la mienne, je vous demande avec plus de confiance encore, et vous prie avec plus d'instances, de vous conduire comme des amis, non des amis à moi, mais

i. S. Bernard, Epi^L, cccxxvii.

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