GIG. ABKLAUD KT LE CONCILE DE SENS
dre mi les corrio;er, Abélard, perdant confiance en sa propre cause, refusa de répondre, en ajtpela à vous, 1res saint Père, et s'éloigna avec les siens ^ (lii(»i<(ue cet appel ne soit pas rigoureusement canonique (par la raison qu'il n'est pas permis d'en appeler d'un tribunal «pTon a choisi volontairement), nous n'avons pas voulu, par respect pour le Saint-Siège, prononcer une sentence sur la personne d' Abélard. Quant à ses faux principes, exposés à plusieurs reprises dans des séances publiques, et que l'abbé de Clairvaux, s'appuyant sur des preuves de raison, sur des passages de saint Augustin et d'autres Pères, avait démontrés faux et hérétiques, nous les avions déjà condamnés dès la veille de cet appel. Comme ces doctrines d'Abélard entraînent un grand nombre de personnes dans les erreurs les plus funestes, nous vous deman^ dons instamment, à l'unanimité, de les condamner à tout jamais et de punir leurs défenseurs. Nous plaçons ici quelques-uns des chapitres condamnés, afin que ces extraits vous servent à prononcer sur le tout avec une plus complète connaissance de cause-. » L'autre lettre de Bernard, au nom de Samson, archevêque de Reims, et des évêques de Soissons, de Châlons et d'Arras, est plus courte et se rapporte à ce qui précède ^. Elle insiste en particulier
1. Deutsch, op. cit., p. 24 et surtout p. 27 sq., croit que le motif de cet appel d'Abélard au pape, appel demeuré toujours énigmatique, fut une conférence privée tenue la veille, à la demande de saint Bernard, et dans laquelle on discuta le modus procedendi. Dans cette conférence (analogue aux réunions de nos groupes parlementaires qui prennent d'avance certaines résolutions), on avait déjà décidé la conduite à tenir dans la réunion publique, au sujet de la condamnation d'Abélard. Deutsch, s'en rapportant à une notice de l'Hist. pontif., considère comme très plausible la réalité de cette conférence préliminaire (du reste, les paroles mêmes des membres du concile que nous avons citées en prouvent la réalité), cependant il ne me semble pas qu'on puisse savoir pour quel motif Abélard n'indique pas la causa appellalionis. Je ne puis croire que le caractère privé de la réunion l'ait seul empêché de le dire. Si même Abélard avait eu des motifs de croire que sa condamnation était décidée à l'avance, pourquoi n'aurait-il pas entamé une discussion avec l'espoir d'écarter, grâce à la supériorité de son esprit si avisé, la condamnation dont il était menacé ? S'il n'avait pas réussi, il aurait toujours pu produire son appel avant la décision du concile. L'initiative qu'il prit me semble avoir été le fait d'une excitation momentanée qui le poussa à récuser violeniment le jugement d'un tribunal qu'il considérait comine incapable d'apprécier exactement sa doctrine.