‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 465 sur 505 · Matth., X · texte numérisé non relu

Matth., X

tes propres yeux, Dieu ne t'a-t-il pas établi au-dessus des peuples et des empires ? n'est-ce pas pour détruire et déraciner, pour bâtir et planter ? ... Dieu a fait naître en ton temps la rage des schismatiques, pour qu'elle fût annihilée par toi... Afin que rien ne manque à ta couronne, voici maintenant l'hérésie ... Aussi, Père [401] bien-aimé, dois-tu saisir, pendant qu'ils sont encore jeunes, les renards qui ravagent la vigne du Seigneur... Du reste, ils ne sont plus si jeunes et leur nombre n'est pas à dédaigner : il faudra donc une main très forte pour en avoir raison. »

Une seconde lettre de Bernard au pape ^ reproduit à peu près la précédente, et jusqu'aux expressions ; seulement, elle est plus courte et ne dit rien du concile de Sens. Mais à cette lettre elle ajoute les deux détails suivants : Abélard se glorifie d'avoir beaucoup d'amis à Rome, même parmi les cardinaux et les clercs de la curie ; et Bernard n'hésiterait pas à venir lui-même à Rome, s'il était possible, pour entretenir le pape de cette affaire. Je ne crois pas que Bernard ait envoyé en même temps à Rome ces deux lettres presque identiques ; je penserais plutôt que la seconde ^ n'a été qu'un projet remplacé ensuite par la première ^. Il était en effet plus prudent de passer sous silence, dans la lettre définitive, les deux points signalés dans le premier projet, d'abord pour ne pas paraître faire une dénonciation, ensuite poiir ne pas blesser les cardinaux. Mieux valait prévenir directement les cardinaux par des lettres personnelles et c'est ce que fit saint Bernard. Quant au second point, Bernard pouvait se demander si le pape ne trouverait pas prétentieuse et blessante la prétention que sa présence à Rome fût en quelque sorte nécessaire.

Bernard écrivit neuf lettres aux cardinaux *, et une dixième à un abbé ^ dont le nom ne nous a pas été conservé. Saint Bernard s'y oppose à l'appel interjeté par Abélard et laisse percer assez clairement le soupçon que les cardinaux et les prélats de Rome soutiennent l'hérétique. Dans la première de ces lettres, adressée à tout le collège cardinalice, Bernard se plaint de ce qu'Aliélard accorde tout à la raison humaine et ne réserve rien à la foi; il

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