‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 466 sur 505 · ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS · texte numérisé non relu

ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS

aspire à monter trop haut et renverse le sanctuaire au lieu d'en l'ouvrir l'accès ; il rejette comme sans valeur ce qui n'est pas évident pour lui et il insulte la foi. « l^tudiez, par exemple, continue-t-il, le livre d'Abélard De theologia, celui-là même que, d'après lui, plusieurs lisent dans la curie, et vous verrez qu'il y est parlé [4G2] de la sainte Trinité, de la génération du Fils et de la procession du Saint-Esprit, etc., d'une manière bien étrange pour des oreilles fidèles et bien éloignée de la doctrine catholique. Lisez ensuite le livre de ses sentences ^ et le Scito te ipsum, et vous pourrez constater combien ils sont remplis de sacrilèges et d'erreurs ; vous saurez ce qu'il pense sur l'âme et la personne du Christ, sur sa descente aux enfers, sur le sacrement de l'autel, le pouvoir de lier et de délier, le péché originel, la concupiscence, le peccatum delecta- , tionis, les péchés de faiblesse et d'ignorance, l'action mauvaise el la volonté de pécher. Et si vous croyez que je me suis ému à bon droit, vous devrez sentir cette émotion vous gagner vousmême^. »

Saint Bernard dit dans sa lettre à Etienne, cardinal-évêque de Palestrina : « Par sa vie, sa conduite et ses écrits, Abélard prouve qu'il est ennemi de la foi et de la croix du Christ. Extérieurement c'est un moine, intérieurement c'est un hérétique, il n'a du moine que le nom et l'habit. Il est sorti de sa caverne comme un serpent tortueux et, semblable à l'hydre, il a remplacé la tête qvii lui a été coupée à Soissons par sept autres têtes. Ce sont ses neuf hérésies dont je vous envoie les preuves... Il égale Arius, Pelage, Nestorius... et il se vante d'avoir fait pénétrer son poison jusque dans la curie romaine... Plaise à Dieu qu'on lui impose un silence éternel ^. »

Les lettres à Aimery, cardinal et chancelier pontifical ^, au cardinal Ivo 5, au cardinal G... ^, à l'abbé anonyme '^, sont écrites

1. Ce livre n'est pas l'œuvre directe d'Abélard; il se compose de résumés faits par ses disciples d'après son enseignement. En 1835, Rheinwald a public un de ces Epitorne, d'après un maruiscrit de Munich, qui avait appartenu autrefois au couvent de Saint-Emmeran, à Ratisbonne. Sur le titre de cet ouvrage, cf. Bach, Dogmengeschichte des Mittelallers, Vienne, 1875, t. ii, p. 52, n. 49.

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