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Livniî xxxiii
de eo, qiiod cuiicLa Lransceiidit humana, disculere ratione, uec ah 1er acquiescere velle, donec ea, qiiœ dicuntur, auL ex sensu aui ratione humana sint manifesta, quod est penitus fidem et spem tollere ^.
Mais si on ne se décide à croire que d'après les motifs suggérés ])ar la raison, la foi ne perd-elle pas tout son mérite auprès de Dieu ? Abélard répond : l^Lvidemment, si, humana ratione compulsi, nous admettons une vérité, il n'y a là aucun mérite devant Dieu, parce que celui-là noti Deo crédit, qui in sanctis loquitur, [4<i7] sed ratiunculis humanis ^. Nec fuies habet meritum, oui humana ratio prœbet experimentum ^. Ainsi, les personnes qui, au temps de Jésus-Christ, croyaient à cause des miracles, n'avaient pas de mérite en cela *. Que si, dans des cas de ce genre, dans celui de saint Paul par exemple, les primordia fidei n'ont pas de mérite aux yeux de Dieu, une telle foi n'est cependant pas sans valeur, pourvu que la charitas vienne s'y ajouter et qu'elle atteigne ce qui lui manquait, à savoir cette confiance absolue en Dieu et à sa parole, comme était la foi d'Abraham, qui contra spem in spem credidit ^. Abélard aurait })u encore conclure : la foi basée sur des motifs de cette nature n'est pas pour cela sans mérite, parce qu'il reste toujours, même alors, quelque chose qui nest pas proui'é. Pour que la foi fût absolument sans mérite, il faudrait que les motifs de raison fussent entièrement irrésistibles.
Si l'on considère l'ensemble de cette théorie, on conslate sans peine qu' Abélard est un adversaire de saint Anselme, et son opposition n'est pas un simple malentendu, elle porte sur le fond même des idées. Abélard en était venu là parce que, dans son système, il ne faisait aucune place à l'Eglise et ne voulait voir en elle qu'une sorte de catéchiste sans mission surnaturelle, qui cependant exigeait la foi en son enseignement. Partant de cette supposition, c'est-à-dire se plaçant uniquement en face d'une autorité humaine, il pouvait, il devait même raisonner comme il suit : « Il faut d'abord prouver par la Bible (Abélard ne met pas en doute son inspiration divine), ensuite par