GIG. ABÉLARD ET LE CONCILE UE SENS
la raison, que telle doctrine mérite d'être crue. «A côté des préce[)Lcs de la Bible, Abélard plaçait ceux des anciens philosophes, et les uerba philosophorum à côté des verha sanctorum (des pro})hètes et des apôtres), oubliant ainsi de mettre en relief l'immense différence (jui existe entre ces deux autorités.
Abélard olîre une ressemblance frappante avec Hermès. Comme lui, il part du doute. Lorsqu'on lui propose un point de doctrine, il se demande d'abord s'il doit l'accepter. Mais Hermès veut appliquer generaliter ce système à tous les dogmes, et il le fait dans son Introdiictio, où il démontre par la raison que le Christ est véritablement l'envoyé de Dieu, que l'Eglise catholique a été réellement fondée par lui et qu'elle possède le dépôt de la foi. Ce principe une fois établi, il en découle nécessairement cette proposition : « Ce que cette Église te propose de croire, crois-le humblement. » Pour Abélard au contraire, il n'était pas possible de suivre exactement la même route, car le sens du mot « Eglise » lui manquait absolument. Il ne pouvait établir une preuve géné- [468] raie de la crédibilité des dogmes, mais il était dans l'obligation de prouver la crédibilité de chaque dogme en particulier.
Dans ce premier chapitre, où saint Bernard attaque la doctrine d' Abélard sur les rapports de la science et de la foi, il ajoute : Abélard introduit des degrés et des différences dans la Trinité, car il enseigne que le Père est la pleine puissance, le Fils une cer taine puissance et le Saint-Esprit une puissance nulle. Cela est évidemment plus scandaleux que les erreurs d'Arius. Sur ce point Abélard répondait dans son apologie après le synode de Sens : « C'est une méchante calomnie que de m'attribuer ces mots, (jui sont non seulement hérétiques, mais diaboliques ^. » En réalité, Abélard s'est bien exprimé ainsi, quel que soit le sens ({u'il ait, à part lui, attaché à ces paroles. Il dit à plusieurs reprises : Au Père revient la potentia, au Fils la sapientia, au Saint-Esprit
1. Abélard, Opéra, édit. Cousin, 1. ii. p. 720; sur la doctrine de la Trinité ilans Abélard, ci. J. Bach, Dogmengeschichte des Mittelalters, t. ii, p. 53 sq. Il laisse entendre que les propositions fondamentales d'Abélard découlent naturellement dun modalismc sabellien. Toute son argumentation se trouve résumée dans la proposition suivante : Dieu doit être regardé comme l'être possédant la perfection d'une manière absolue. Comme tel, on doit lui attribuer : la toute-puissance (au Père), la sagesse absolue (au Fils, le Logos) et l'absolue bonté (au Saint- Esprit). Par suite, les hypostases divines se concentrent expressément dans la seule puissance ou dans les seuls attributs d'une divinité abstraite.
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la cliarilas ^, (!l cjicoïc : le Vbva n'a pas seulemeiil la 1 (iiile-puissancc au point de vue de l'activité, mais aussi juxta naturain, parce que, seul, il a son Etre subsistant par lui-même ^. Abélard dit ensuite : Du reste, la sapientia dwiiia (le Fils) est une partie {aliquid) de Vonuiipolentia, c'est même une certaine potentia, puisque la sagesse est une potentia discernendi ^. Abélard développe ces pensées dans le second livre de V Introductio ^. « La divine Sagesse est aussi ime certaine puissance de Dieu, » et il ajoute ^ : k Le bien (le Saint Esprit) non est aligna in Deo potentia, parce que être Bien n'est pas être Puissant. » Abélard a donc réellement employé les expressions que lui reproche saint Bernard, et il ne devait pas se contenter de répondre par une négation pure et simple ; il aurait mieux fait de montrer qu'en de nombreux passages, il reconnaît aux trois personnes la toute-puissance au point de vue de Vactivite, tandis que, juxta naturani, il ne reconnaît qu'au Père la potentia proprement dite, et au Fils la potentia seulement par appropriation. L'autre accusation de saint Bernard : « Il considère le rapport du Père et du Fils comme semblable à celui qui existe entre genus et species, entre materia et materiatum, entre riKuniuc et un être simplement animé, entre un sceau cl le métal dont il se l'ail, » est fondée sur les écrils d'Abélard ", qui ne l'a [4<JÎJ] ])as contestée dans son apologie. En revanche, il déclare (|n'on ne peut sans injustice lui attribuer cette proposition : « Le Saint-Esprit n'est pas de substantia du Père et du Fils. » Il est vrai qu'il ne dit pas de, mais ex. « Quoique, écrit-il, le Saint- Esprit soit ejusdem substantise que le Père et le Fils, minime tanien ex substantia Patris et Filii, si proprie loquimur, esse dicendus est '^. » Ici encore, Abélard n'aurait donc pas dêi répondre ])ar une sim])le négation, mais plutôt chercher à établir la prétendue différence entre ex substantia et ejusdem substantise. Il n'y a, dit-il, que V engendré <{ui soit ex substantia^ et saint Bernard n'exagère rien sur ce point, car il recon-