Ili'br. , XI
770 LIVHE XXXIII
rentia^, c'est-à-dire une pleine conç^iciion à l'égard de choses invisibles. C'est donc d'après cette définition qu'il faut entendre le mot existimatio , d'autant ])lus ([ue, dans le passage même où Abélard se sert de ce mot, il s'appuie sur ces paroles de saint Grégoire le Grand : Fides iUaruin reruin est argumentum, quce apparere non possunt ^. Loin donc de vouloir, dans ce passage, mettre en doute lo cerliUide de la foi, Abélard voulait dire uniquement que la foi ne pouvait s'appliquer qu'aux choses invisibles. Déjà il avait fortement insisté sur cette pensée lorsqu'il disait : Quid est fides, nisi credere quod non vides ? Et : Credi non potest quod videri potest ^. La sainte Ecriture, ajoute-t-il, n'est opposée à ce principe qu'en apparence, lorsq\ie le Christ dit à saint Thomas : Quia i^idisti credidisti ; car, autre chose est ce que Thomas avait vu, autre chose ce qu'il avait cru. Il avait vu une chair humaine et il avait cru à la divinité ([ui se cachait sous cette chair. C'est en un sens impropre ([iic le mot fides est parfois employé à l'égard des choses visibles ^.
Dans ce même c. vi, saint Bernard énumère plus rapidement quelques autres erreurs d' Abélard. Par exemple : il n'a pu y avoir dans le Christ aucun spiritus timoris Domini, pas plus qu'il n'y aura, dans la vie éternelle, de crainte de Dieu. Et ensuite : après la consécration, les espèces du pain et du \\\\ existent encore dans l'air; — les démons nous tentent par le moyen des choses physiques, comme les pierres, les plantes ; — le Saint-Esprit est l'âme du monde, et le monde est, d'après Platon, un animal d'autant plus parfait que son âme est plus élevée (le Saint-Esprit) ; en outre, Abélard s'elforce de faire de Platon un chrétien, et il aboutit à se rendre lui-même païen. Saint Bernard se hâte, dit-il, de passer sur toutes ces folies pour [471] arriver à une chose plus importante, car, s'il fallait répondre à tout, il y faudrait des volumes.
V. Ce point, beaucoup plus imporlaiil, csl la doctrine de la justification ^. Dans ses sentences comme dans son commentaire