‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 477 sur 505 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

5. Dans Abélard, la christologie et la solériologie devaient nécessairement s'écarter de leur point d'appui reposant sur une dialurlique abstraite et se perdre

Glfi. AHKLAllU KT LE CONCILE DE SENS 771

sur l'Épilre aux Romains, Abélard rejette la doctrine de tous les anciens docteurs, d'après les(iuels le démon a obtenu un domi' zHMHi sur les hommes par suite du péché de nos premiers parents et le penre humain est devenu son esclave, mais le Christ s'est fait homme pour délivrer les hommes de la puissance de Satan par sa propre mort, qui était celle d'un innocent. — Les paroles que saint Bernard cite comme les ipsissima ce/'tad' Abélard ne se trouvent mot à mot ni dans le commentaire sur l'Épître aux Romains, ni dans l'exemplaire des Sentences (cahier d'école) que Rheinwald a ])ublié ; quant au sens, elles se rencontrent dans ces deux ouvrages ^, et peut-être ont-elles existé mot à mot dans un autre exemplaire de ces cahiers d'école. — Déjà, avant Abélard, saint Anselme de Cantorbéry avait modifié comme il suit Vopinio communis des théologiens sur ce point : « Tous les hommes étant pécheurs, aucun d'eux n'était en état de satisfaire à la justice divine ; cependant, il était nécessaire [472] qu'il y eût une satisfaction pour chaque péché. C'est pourdans un labyrinthe, comme on a pu le constater pour la doctrine de la Trinité. Il considère, par exemple, l'immutabilité comme un des attributs essentiels de la divinité et il la comprend dans un sens surnaturel si abstrait qu'une intuition théistique du monde ne lui est plus possible. En Dieu, on doit absolument proscrire toute idée de changement, de développement ; ce qui pourrait nous sembler être une activité changeante de Dieu n'est que l'accomplissement temporel de la volonté éternelle et immuable de Dieu. Ce que Dieu veut, il le veut éternellement, et cette volonté ne peut exister sans qu'elle se manifeste expressément; il veut nécessairement : de là découle la situation de toutes les créatures. Il est facile de comprendre qu'à côté d'une volonté divine comprise dans un sens si abstrait, il ne peut exister aucune liberté pour la volonté humaine; c'est pourquoi, dans Abélard, on ne peut trouver un concept exact du péché, surtout du péché originel, et par suite, de la rédemption. Sur cette question, sa dialectique tombe dans le pélagianisme rationnel. D'autre part, une incarnation réelle ne peut s'accorder avec une immutabilité abstraite de Dieu ni avec une silualldii Ir représentant comme écarté du monde terrestre d'une manière inflexible, la réunion de la nature divine et de la nature humaine en un seul être, l'union hypostatiquc d'un Dieu et d'un homme ne pouvant pas davantage se comprendre, si l'on se place au même point de vue qu'Abélard. De sa doctrine découle seulement une situation extérieure et mécanique dans laquelle les deux natures seraient l'une à côté de l'autre et c'est ainsi que la christologie d'Abélard tombe dans le nestorianisme superficiel. Cf. à ce sujet les données récentes fournies par Bach, op. cit. Dogmengeschichte des Mitlclalters, Vienne, 1875, t. ii,p. 58 sq.

1. Abélard, Opéra, édit. Cousin, t. ii, p. ^O'i sq. ; Epilome, édit. Rheinwald,

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quoi le Fils tle Dieu s'est fait homme, puisqvie lui seul était exempt de péché ^ » Malgré cette modification, saint Anselme enseigne donc, comme les anciens docteurs, le principe de la satisfaction donnée pour nous ]iar Notre-Seigneur. Abélard, au contraire, abandonne complètement ce principe, lorsc{u'il dit : « Le Fils de Dieu n'est pas venu dans le monde pour sauver les hommes de la puissance de Satan ; — car le démon n'aurait accepté pour les hommes aucun rachat et ne les aurait ])as remis en lil)erté ; — mais uniquement pour les délivrer de la tyrannie du péché, pour les pénétrer de son amour et pour s'offrir à son Dieu comme une victime immaculée ... Dieu aurait pu opérer de diverses manières cette délivrance du péché, mais la meilleure était incontestablement que le Fils de Dieu se fît homme. Puisque, en elfct, il s'agissait de délivrer l'homme du péché, un enseignement et des actions étaient indispensables. Or, qvii donc pouvait mieux enseigner l'homme que le Fils de Dieu fait homme ? ... En outre, c'est nniquement parce que le Fils de Dieu a sup])orté tant de souffrances que les martyrs ne se sont pas enorgueillis de celles qu'ils ont également supportées ... Le Christ n'a tant souffert que pour montrer aux hommes combien il les aimait, et qu'à leur tour les hommes fussent enflammés d'un plus grand amour envers lui '^. » — Dans son commentaire sur l'Épître aux Romains ^, Abélard résume ainsi ces mêmes pensées : « Le Fils de Dieu a pris notre nature, et comme il l'a conservée jusqu'à la mort, après avoir passé sa vie à nous enseigner par ses paroles et ses actions, il nous a rattachés à lui par la mort, car cette grande bienveillance de la grâce divine nous remplit d'admiration, et l'amour que nous avons pour lui nous fait tout supporter avec joie.» — Dans cette théorie, la mort du Christ perd de sa signification et la rédemption devient une c[uestion toute subjective, car Abélard ajoute : « Notre rédemption n'est autre que le suprême amour suscité dans nos âmes par les souffrances du Christ, lequel amour, non seulement nous délivre de la puissance du péché, mais encore nous fait arriver à la liberté des enfants de Dieu. » Encore : « Après la mort du Christ, on peut devenir plus juste qu'auparavant (dans l'Ancien Testa-

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