ABÉIARD FT LE CONCILE DE SENS
ment), c'est-à-dire (\\\c l'on peut aimer Dion d'une manière plus intense, parce que le bienfait accompli suscite un amour autrement fort que le bienfait espéré. » Avec de tels sentiments, Abélard ne pouvait plus expliquer, au sens naturel, ce texte : a Le [ » '3] Christ est devenu pour nous un pretiiun ^,» et il le commente dans un sens accommodatice -. — Saint Bernard lui reproche donc à bon droit d'avoir audacieusement défiguré l'enseignement de tous les anciens docteurs, et il cherche de son côté à prouver par la sainte Écriture la théorie de notre rédemption, par le Christ, du pouvoir de Satan.
\ I. C'est le thème que traite saint Bernard dans le sixième chapitre ; il y montre que, dans la rédemption de l'homme, Dieu a manifesté non seulement sa miséricorde, mais aussi sa justice. L'homme appartenait de droit à Satan, mais Satan ayant poursuivi le Fils de Dieu fait homme, sur lequel il n'avait aucun droit, il a perdu justement son pouvoir sur ceux qui étaient réellement déchus.
VIL Saint Bernard expose qvie, d'après la théorie d'Abélard, la fin de l'incarnation et delà mort du Christ se réduit à donner aux hommes une manière de vivre inspirée par la vie et par la doctrine de Notre-Seigneur, dont les souffrances et la mort tendaient à ce terme définitif de l'amour. Le Christ avait donc, d'après Abélard, enseigné la justice, mais il ne l'avait pas procurée ; il avait donné V exemple de l'amour, mais il ne l'avait pas lui-même suscité. Néander avoue que l'aspect] objectif de la justification procurée par le Christ ne peut trouver place dans le système d'Abélard, à cause de sa conception absolument subjective de l'œuvre de la rédemption ; mais il ajoute que saint Bernard s'était trompé en soutenant qu' Abélard avait également nié le côté subjectif de la justification, celle qui s'obtient en vivant conformément aux exemples de Jésus -Christ ^. Sans doute, cet aspect subjectif n'est pas excki de la doctrine d'Abélard; cependant, le reproche formulé par saint Bernard est fondé, car, d'après Abélard, cet aspect subjectif est absolument l'œuvre de l'homme. En considérant l'amour du Christ, l'homme