Néander, op. cil., 2'- édit., p
sent cet amdin' envahir son âme, mais ce n'est pas le Christ qui fait (k'iore directement cet amour.
Abclard, fidèle à son opposition à l'ancienne théorie, d'après laquelle le Christ a délivré les hommes de l'esclavage de Satan, ajoutait : « 11 a certainement délivré les élus, mais Satan a-t-il jamais eu plus de pouvoir sur les élus que maintenant ? en a-t-il jamais eu sur Lazare, qui repose dans le sein d'Abraham, sur Abraham lui-même ? a-t-il jamais eu autant de pouvoir sur eux que sur le mauvais riche ^ ? » Bernard répond : « Certainement, Satan avait un pouvoir sur les élus, et pour que le dessein de Dieu (de les faire arriver au bonheur éternel) pût [4741 s'accomplir, ils avaient besoin d'un libérateur ^. Si Abraham et Lazare ne sont plus au pouvoir de Satan, c'est qu'ils en ont été délivrés par leur foi à celui qui devait venir: Credidit Abraham Deo, et reputatum est ei ad justitiam ''^. Abraham, Lazate et tous les élus sont nés sous la domination de Satan à cause du péché originel, mais ils en ont été délivrés avant leur mort, non nisi sanguine Christi.
VIII. Dans le c. viii, Bernard réfute quelques objections formulées par Abélard contre la théorie traditionnelle de la rédemption de l'homme par la mort du Christ.
a) « Si Dieu, disait Abélard, avait voulu avoir pitié des hommes, il pouvait les délivrer d'un seul mot de la puissance de Satan^ sans qu'il fût nécessaire que son Fils se fît homme et subît tant de souffrances ^. » Bernard répond : « Cela n'était pas nécessaire pour lui (le Fils de Dieu), mais pour nous qui étions assis à l'ombre de la mort. Sans doute, on ne peut nier que le Tout-Puissant eût pu opérer d'une autre manière notre rédemption, notre justification et notre délivrance. Mais cela n'enlève rien à l'excellence du moyen qu'il a choisi. Ce qui le prouve, c'est que rien ne pouvait nous rappeler notre chute d'une manière plus frapj)aiitc ([ue les souffrances de notre Rédempteur. Nul homme ne peut pénétrer le secret de la volonté divine ; il peut du moins se rendre compte du résultat de l'œuvre accomplie el profiter des avantages qui en découlent pour lui ... Tu deman-