ABÉLARD ET LE CONCILE DE SENS
« 17. T.e dernier chapitre qui m'a été imputé, à savoir, que ni l'action, ni la volonté, ni la curiosité, ni la delectatio n'étaient un péché et ne devaient être évitées par nous, n'a rien à voir avec mes écrits ni avec mes paroles. Mon ami (est-ce saint Bernard ?) a terminé cette énumération des chapitres qu'il relevait contre moi par cette remarque : On trouvera ces propositions, soit dans le livre de théologie de maître Pierre, soit dans ses sentences, soit dans son ouvrage Scitote ipsum. La vérité est ([ue je n'ai jamais écrit un livre des sentences ; aussi cette remarque est-elle l'effet de l'ignorance ou de la méchanceté, comme d'ailleurs les capitula ^. »
L'ordre de ces capitula, tels qu'Abélard les donne ici en se rétractant, proposition par proposition, ne concorde ni avec celui du recueil envoyé à Rome par Durand, ni avec celui de la liste insérée par saint Bernard dans son ep. cxc, ni enfin avec celui des propositions rapportées par Guillaume de Saint-Thierry. [4o/J ^Céaumoins, toutes ces listes concordent pour le fond.
La lettre de l'abbé Pierre le Vénérable au pape cherche à adoucir la sentence portée contre Abélard, d'après laquelle il devait être enfermé dans un monastère, et sollicite pour lui la permission de demeurer à Cluny. Le pape Innocent II accéda à cette prière, ainsi qu'il résulte d'une lettre où Pierre le Vénérable raconte à Héloïse les derniers jours d' Abélard. « Je ne me souviens pas, dit l'abbé, d'avoir jamais vu un homme aussi humble (qu'Abélard à Cluny). Saint Germain ne pouvait être plus sage ni saint Martin plus pauvre. Quoique, d'après mon ordre, il eût le premier rang parmi tous les autres frères, il semblait être le dernier, tant il était peu soucieux de ses habits ... Et il agissait de même ])Our le l)()ire et le manger et pour tous les autres soucis de la vie. Il lisait constamment, priait souvent et se taisait volontiers. Il assistait assidûment à la sainte messe et, après que, par mon entremise, il eut obtenu sa grâce du Siège apostolique, il dit presque toujours la messe lui-même ... Lorsqu'il tomba malade, je l'envoyai à Chalon dans un endroit agréable, non loin de la ville, sur les bords de la Saône (au prieuré de Saint-Marcel). Tant que sa faiblesse le lui permit, il reprit là ses vieilles études et était constamment sur ses livres ; aussi pouvait-on dire de lui ce qui est écrit de saint Grégoire, ([u'il ne cessait pas un seul moment de |)rier, de lire