‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 496 sur 505 · Mon. Cerin. Iiist., Script., l. xx, p · texte numérisé non relu

Mon. Cerin. Iiist., Script., l. xx, p

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de mai. il s(! reiidiL de nouveau ù Vileibc, par Siilii, et y séjourna jiis(|a'à la fin de l'année. Au commencemeiiL de raiinée suivante, il gagna la France, puis l'Allemagne. A la douleur profonde que lui causèrent les cvcnements de Home, il dut encore ajouter celle que lui fit ressentir l'état de la Palestine.

A Jésusalem, Godefroi de Bouillon étant mort le 18 juillet 1100 ^, son frère Baudouin P^, comte d'Edesse, lui succéda, nonobslanl rop])osition de plusieurs grands et notamment de Tan- [49G] crède -. Afin de se concilier ce dernier, le nouveau roi lui conlia l'administration de la principauté d'Antioche, en remplacement de Bohémond, fait prisonnier jiar les Sarrasins. D'autre part, il donna Edesse à son neveu, Baudouin du Bourg, et s'empara de diverses villes, entre autres de Césarée ^, où l'on trouva le prétendu calice (pii aurait servi à l'institution de la sainte eucharistie (il était fait d'un verre de couleur verte, fut apporté à Gênes et plus tard à Paris). Dès le commencement du règne de Baudouin I^'", le pape Pascal H prêcha une nouvelle croisade : ce devait être la seconde des grandes expéditions. En 1101, se réunirent en effet trois grandes armées, composées de Lombards, de Français, de Bourguignons, de Lorrains et d'Allemands, sous la conduite des archevêques Anselme de Milan et Thimo de Salzbourg, des ducs Guillaume d'Aquitaine (le Troubadour) et Welf IV de Bavière, Guillaume, comte de Nevers, Etienne de Blois, Hugues le Grand (frère du roi de France), etc. Beaucoup de femmes, même de la haute noblesse, voulurent aussi prendre la croix, en particulier Ida, margrave d'Autriche, mère de saint Léopold. Le but de cette seconde croisade était de s'emparer de Bagdad, résidence des khalifes, et d'anéantir ainsi le centre de l'islamisme. Ce plan avait été conçu par Anselme de Milan. Il fut suivi, malgré les avertissements réitérés de l'empereur Alexis, et l'entreprise échoua complètement. Les trois armées, une fois constituées, traversèrent, en se suivant à peu d'intervalle, l'Europe centrale et gagnèrent Constantinople, puis l'Asie- Mineure, en commettant des désordres, des brutalités et des débau-

1. Uidcnc N'ital, llist. eccles., 1. 1\ , p. loO ; Albcil d Aix, llltituiia llierosohjmilana, I. VII, c. xvxii ; Ekkehard, Cliron. univers., édit. Hagenniayer, p. 200. (H. L.)

2. A. Wolfï, Kônig Balduin von Jérusalem, Kônigsberg, 1884 ; Umlaulï, Ba - (Juin I, Kônigsberg, 1885. (H. L.)

3. Ekkehard, Chron. univ., édil. Hagenniayer, p. li'J, 256, ii. 10.

ches de toute espèce. Les croisés trompaient les Grecs el étaient trompés par eux. Mais dans les montagnes et les déserts de la Cappadoce et de la Paphlagonie, les trois armées ne tardèrent pas à périr par la misère, la faim, la peste et les attaques continuelles de la cavalerie légère des Turcs, qui les harcelaient sans relâche. Plusieurs princes, réduits à la dernière misère et complètement découragés, regagnèrent Constantinople (Anselme de Milan, par exemple, qui mourut à Constantinople), et ainsi, d'une expédition qui comptait cinq cent mille hommes, dix mille à peine (parmi lesquels Welf de Bavière ^) arrivèrent en Palestine et à Jérusalem (Pâques 1102). Presque tous les autres étaient morts misérablement : l'archevêque de Salzbourg, par exemple, fut rnartyrisé; les femmes furent tuées ou enfermées dans des harems, et tel paraît avoir été le sort de la maI•<Jra^"e d'Autriche ^. L'entreprise avait échoué, car ce qui [497] aurait pu la faire réussir avait manqué complètement : l'enthousiasme chrétien, la pureté des mœurs, l'union et la prudence^. Nonobstant ce malheur, des troupes de croisés arrivèrent de temps à autre en Palestine, ce qui devait d'autant plus réjouir Baudouin l^^ qu'il avait constamment à combattre les Sarrasins et que les chrétiens étaient rarement d'accord entre eux. Les principaux événements de son règne furent la prise de Ptolémaïs, de Tripoli, de Béryte et de Sidon et la fondation de l'ordre des templiers. A la mort de Baudouin, en mars 1118, les barons élurent pour lui succéder son neveu Baudouin d'Edesse, qui prit

1. Welf mourut pendant fautomnc de 1102, en revenant de Paphos à Chypre.

2. D'après Ekkehard, elle fut massacrée, édit. Hagenmayer, p. 251; d'autres légendes rapportent qu'elle épousa un émir et devint mère de Zenki ou Saladin. Mais Zenki était né longtemps avant l'époque de cette croisade, à laquelle prit part Ida. Cf. Giesebrecht, op. cit., t. iv, p. 472.

3. Sur cette expédition, cf. Albert d'Aix, 1. VIII ; Guillaume de Tyr, Ilist., I. X, c. xii-xiv ; Hist. crois. Occid., p. 464-467 ; Guibert, op. cit., 1. VII, c. xxiv ; Ekkehard, Chron., édit. Hagenmayer, p. 221-254 ; Kugler, Albert von Aochen, p. 309-324 ; Gesch. d. KreuzzUge, 2^ édit., p. 74-82 ; Rôhricht, op. cit., p. 29-37. Pour les routes suivies, cf. Tomaschck, dans Silzungsberichte der ]Viener ^ikad., 1891, t. cxxiv, part. 8, p. 82-89. Ekkehard, témoin oculaire, op. cit., p. 225, parle de 50 000 Lombards, 100 000 Aquitains et Allemands, dont 30 000 chevaliers. Il y eut une première rencontre près d'Ancyre et Mersiwan (juillet 1101); une seconde, vers le même temps, près d'Iconium, à Ereglos; une troisième, quatre semaines plus tard, presque au même lieu. (H. L.)

le nom de Baudoin II ; sous son règne, la iniissance des chrétiens en Orient s'étendit et se consolida, quoiqu'il fallût souvent livrer de terribles batailles aux Sarrasins du voisinage ; une fois même, le roi tomba en leur pouvoir (avril 1123). Le royaume de Jérusalem se trouvait à l'apogée de sa grandeur, lorsque, le 31 août 1131, Baudouin II mourut, laissant le trône à son gendre, Foulques d'Anjou, et à son épouse Mélisande. Dès lors, commença la décadence ; les descendants des croisés en Orient, les Pullanes, se montrèrent faibles, voluptueux et peu portés à la guerre. Ils regardaient comme des lurbulenls ceux qui voulaient prêcher de nouvelles croisades. D'autre part, ils avaient à craindre un nouvel adversaire des plus redoutables : Zenki, prince de Mossoul, qui étendait sa puissance et ses conquêtes vers la Syrie et la Mésopotamie. Enfin, les chrétiens étaient désunis et, malheureusement, l'impiété et la débauche avaient fait de grands progrès dans les classes inférieures aussi bien que dans les classes élevées. La situation du royaume chrétien était donc des plus critiques et les craintes ne firent qu'augmenter lorsque Jérusalem vint à perdre inopinément son maître. Foulques mourut subitement en novembre 1143, sous les murs d'Akon, des suites d'une chute de cheval, ne laissant après lui que deux fils mineurs. Sa veuve Mélisande prit la régence au nom de l'aîné, Baudouin III. Jérusalem se trouvait donc privée d'un maître puissant, Antioche avait dû subir les attaques de l'empereur grec ; c'est alors que Zenki livra une bataille décisive à Edesse, qui tomba en son pouvoir le 23 décembre 1144 ^ et fut détruite en 1146 par son fils, Noureddin, encore plus redoutable que son père. Jérusalem [4'J8]

1. Benihardi, Konrud 111, p. 513, n. 25, a réuni les dilïérenles données des sources orientales et arabes sur cette date. C. Brchier, L' Eglise et l'Orient au moyen âge. Les croisades, in-12, Paris, 1907, p. 103. D'après Guillaume de Tyr^ Uisl., 1. XV, dans Bouquet, Rec. des hist. de la l'rance, t. xii, p. 473, note 6, Foulques aurait été tué le 13 novembre ll'i2, mais sa chronologie est peu sûre. Les chroniques les mieux informées retardent cette mort jusqu'en 1143 : Chron. S. Albini Andegai^., dans Bouquet, Recueil, t. xii, p. 481 ; Chron. Brilann., ibid., p. 558 ; Nicolas d'Amiens, Chronic, ibid., t. xiv, j). 21 ; Chron. Turon., ibid., t. XII, p. 473. Après la mort de son mari, la régente Mélisande commit la faute de rompre une alliance conclue avec l'émir de Damas. Dès lors, Zenki osa tout entreprendre. Edesse et Antioche étaient bien à sa convenance; profitant du moment, il assiégea Edesse, la prit, la mit à sac, la ruina de fond en comble. Pour la date et les incidents de ces événements, cf. Bernhardi, Konrad III, p. 513, note 25. (II. L.)

CîAO

GIS. EUGÈNE III El LA SECONDE CROISADE 80

se trouvait ainsi à découvert et risquait de tomber au pouvoir de l'ennemi.

La nouvelle de ce malheur, portée en Occident par Hugues, évoque de Gabala ^, provoqua l'idée d'une intervention en Palestine et détermina un mouvement pour une nouvelle croisade. Ce fut surtout la pensée du jeune roi de France Louis VII, qui vit là le moyen de réparer ses fautes. En 1140, ce roi avait chassé de Bourges l'archevêque Pierre, élu et confirmé par le pape, et remplacé par un de ses chapelains, jurant que, tant qu'il vivrait, Pierre ne rentrerait pas dans la ville de Bourges. Thibaud, comte de Chamj)agne, ayant pris parti pour l'exilé, le roi lui déclara la guerre et ravagea son pays d'une façon épouvantable. En 1144, il s'empara de Vitry, en Champagne, et eut la cruauté défaire mettre le feu à une église où s'étaient réfugiés les habitants ; près de quinze cents personnes y périrent. Bourrelé de remords, le roi se hâta de rendre à l'archevêque son siège ; de plus, il conç;ut le projet d'une grande croisade pour expier son crime 2. Lors de la diète synodale de Bouro-es ^ aux fêtes de Noël de 1145, il lit connaître son

1. Otton de Freisingen, Chronic, 1. Vil, c. xxxiii. La Chronic. Maurin., dans Bouqviet, t. xii.etP. L., t. clxxx.coI. \15, et Gerhoh, De im'estig. Antichr., éd. Scheibelberger, Linz, 1875, p. 139, nous apprennent que d'autres messagers, envoyés par Antioche et Jérusalem, arrivèrent en Occident, porteurs de cette fâcheuse nouvelle. Sybel, dans Schmidts Zeitschr. fur Geschichlswissensch. , t. m, p. 51 sq. ; IV, p. 197 sq., croit que les chrétiens de Palestine n'avaient pas sollicité le secours de l'Occident ni provoqué, par conséquent, la deuxième croisade, et qu'ils furent surpris par cette expédition. Kugler regarde au contraire comme certain qu'une demande de secours fut adressée tout au moins par les Syriens du nord, voisins d'Antioche.

2. A. Luchaire, Les premiers Capétiens, dans Lavisse, Hisi. de France, t. m, p. 12, rejette l'opinion traditionnelle d'après laquelle Louis VII aurait pris la croix pour expier le massacre de Vitry. Selon lui, « la situation et le tempérament de Louis VII suffisent à expliquer son départ. » (H. L.)

3. Sur cette réunion de Bourges, cf. Odon de Deuil, De Ludovici VII profectioiie in Orienlem, P. L., t. clxxxv, col. 1206-1207 ■,Vita Sugerii, dans Bouquet, Recueil des hist. delà France, t. s.!!, p. 108 ; S. Bernard, Epist., ccxlvii ; Otlon de Yreisingen, Gesta Frider ici, i, 3'i, dans Bouquet, Rec. deshisl. de la France, t. XIII, p. G52, dit que saint Bernard fut mandé à Bourges. « Il semble naturel, en elîet, que, dans l'embarras oià se trouvait l'assemblée, la pensée de tous les assistants se soit portée vers celui qui avait, quinze ans auparavant, tranché si heureusement, à Ét.impes, le nœud gordien du schisme. Cependant, ni ses biographes ni Odon de Deuil ne nous permettent de croire qu'il ail paru à Bourges. Cf.Neumann, op. cil., p. 13 sq. Ce qui est vrai, c'est qu'après coup, Louis le Jeune, pour ne pas rester sous l'aHront d'un échec, demanda directement à l'abbé de

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projet ; mais son chancelier, Suger, abbé de Saint-Denis, et d'autres graves personnages soulevèrent des objections et demandèrent qu'avant tout on consultât saint Bernard, l'oracle de l'époque. Celui-ci vint et déclara que, dans une affaire de cette importance, il était nécessaire de demander conseil au pape. La réponse plut, et le roi envoya à Rome des ambassadeurs, qui rapportèrent, avec le plein assentiment d'Eugène III, une lettre où le jjapc exhortait fortement le roi et tous les fidèles de France à aller au secours de la Terre Sainte, leur promettant de nombreuses grâces ecclésiastiques. En même temps, il nommait saint Bernard prédicateur de la croisade ^.

Otton de Freisingen croit que le bref Quantum prœdecessores, [499] qu'il donne in extenso ^, est précisément celui qui fut alors remis

Claiixaux son appiohalioa cL essaya de peser ainsi d'avance sur les résolutions de rassemblée de Vézelay. Mais effrayé de la responsabilité qu'un mot de sa bouche lui eût fait assumer, l'humble moine se contenta d'engager le roi de France à prendre avis du souverain pontife et refusa formellement de prêcher ou même de conseiller la croisade, tant que le chef de l'Église n'aurait pas fait connaître sa volonté.» Bcrnardi Vita, 1. III, c. iv, n. 9; Odon de Deuil, De Liidovlci VII profectione in Orientem, P. L., t. clxxxv, col. 1207. (H. L.)

1. Labbe, Concilia, t. x, col. 1099-1100; Hardouin, Conc. coll., t. vi, part. 2, col. 1293 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 1361 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xxi, col. 691. Sur la deuxième croisade, cf. Wilken, Geschichte der Kreuzzûge,t. m, part. 1, et plusieurs ouvrages généraux mentionnés à l'occasion de la première croisade et dont il n'y a pas lieu de recommencer l'énumération; cf. p. 406, n. 2 ; en outre, Sybel, f/e&er den zweiieii Kreuzzii g dans Zeitscluiflfur Geschichlssvisseiiscliaji, Berlin, 1845, t. iv, p. idl sq.: Kleine historische Schriften, in-S,Mûnchen, 1863, t. I, p. 483 ; Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, 2^ édit., t. iv, p. 256, 472; W. Bernhardi, Jahrbucher des deutschen Reiches unter Konrad 1 1 1 , 1883, p. 512-562, 591-684; Kapp-Herr, Die ahendlundische Polititi Kaiser Manuels , in-8, Strassburg, 1881 ; Kugler, Sludienzur Geschiclite des zweiten Krcuzzuges , in-8, Stuttgart, 1866 ; Analekten zur Geschichte des zweiten Kreuzzuges, Tûbingen, 1876 ; Neue Analekten zur Geschichte des zweiten Kreuzzuges, Tiibingen, 1883; Geschichte der Kreuzzûge, 2^ édit., Berlin, 1891, p. 128 sq.; E. Vacandard, Saint Bernard et la seconde croisade, dans Revue des questions historiques, 1885, t. XXXVIII, p. 398-457 ; Vie de saint Bernard, 1895, t. ii, p. 259-303 ; Neumann, Bernard von Clairvaux und die Anfânge des zweiten Kreuzzuges, in-8, Heidelberg, 1882 ; Wurm, Gottfried von Langres, Wûrzburg, 1886 ; Hiifîer, Die Anfànge des zweiten Kreuzzuges, dans Historisches Jahrbuch, 1887, t. viii, p. 391-429 ; Rôhricht, Bcitrâge, etc., t. n, p. 57-104 ; Geschichte der Kreuzzûge im Umriss, p. 87 sq. ; Geschichte des Kônigreichs Jérusalem p. 244 ; E. Bréhier, L'Église et l'Orient au moyen âge. Les croisades, in-12, Paris, 1907, p. 104-108. (H. L.)

2. Jafïé, Reg. pontif. rom., n. 8796, du 1^^ décembre 1145 : Quantum prœdecessores \ cL Otton de Freisingen, Gesta Friderici, i, 35, dans Monum. Germ. hist.,

par le pape aux ambassadeurs français ; mais il est difficile de l'admettre, la lettre ne disant pas que le roi ait posé la question ni se soit occupé d'organiser une croisade. Au contraire, l'initia-

Scripl., t. XX, p. 271; cf. n. 887G, au Transtévère, le 1'^'' mars 1146, dans Boczeck, Cod. diplomat. Moravise, t. i, p. 241-2'i3. Pour la date de cette encyclique, Jafïé, n. 8796 ; W. Bernhardi, Jahr bûcher, p. 519, note 38 ; G. Hûiïer, Die Anfànge des zweiten Kreiizzuges, dans Ilistorisches Jalirbuch, 1887, t. viii, p, 408. A la demande de Suger, on avait pris conseil dc'saint Bernard; celui-ci'renvoyait au pape lui-même. Le pape approuva et sa bulle du l^"" mars 1146 confirmait et amplifiait celle du 1^'' décembre 1145 ; cf. Hùfîer, op. cit., p. 416 sq. ; Hirsch, Sludien zur Geschichle Ludwigs VU, 1892, p. 104, 109 ; Rôhricht, Geschichte des Kônigreichs Jérusalem, p. 245. La bulle du l'^'" décembre a pour titre: Chari-'isimo filio Ludoi'ico, illustri et glorioso Francoriim regiet dileclis filiis priijcipibus eluni\'er.sis Dei fidelibus per Galliam conslitiitis ; la date : Vetrallx, kalendas decembris, a donné lieu à d'interminables débats. Cf. Kugler, Studien ; Analecten zur Geschichte des zweiten Kreuzzuges, Tûbingen, 1878; N eue Analecten zur Geschichte des zweiten Kreuzzuges, Tûhingen, IS83 ; Giesebrecht, Geschichle der deuischen Kaiserzeit, 2^ cdit., t. IV, p. 472; Xeumann, Bernard von Clairvaux und die Anfànge des zweiten Kreuzzuges, Heidelberg, 1882 ; Bernhardi, Konrad III, p. 519 sq. ; von Kapp-Herr, Besprechung von Kugler und Neumann, dans Gëltingische Gelehrte Anzeige, 1884, n. 22; E. Vacandard, Saint Bernard et la seconde croisade, dans Revue des quest. hist., 1885, t. XXXVIII, p. 404-409 ; Wurm, Gollfried von Langres, p. 19, note 6; Hùfl'er, Die Anfànge, p. 391-429. Dans une note consacrée à cette bulle, M. E. Vacandard, Vie de saint Bernard, 1895, t. i, p. 265, note 3, fait observer que la difilculté vient de ce qu'Otton de Freisingen insère ce document dans son récit à la place de la bulle papale du 1" mars 1146. On s'est alors demandé si celle qui est datée de Vetralla, 1" décembre, n'était pas du 1^' décembre 1146. C'était le sentiment de Kugler, Xeumann et le nôtre. Aujourd'hui, toute la critique allemande se range à l'opinion qui préfère la date du l*^"" décembre 1145. Si le titre donné par Otton de Freisingen est exact, cette opinion est vraiment la seule acceptable, comme l'a démontré M. Hûfîer, La bulle du l^r décembre ne semble pas être arrivée à destination. Bernhardi, /vonrod ///, p. 516-517, et Huiler, Die Anfànge, p. 409-410, estiment que la bulle fut connue en France dès le mois de décembre 1145 et même lue à l'assemblée de Bourges. Cette opinion ne nous paraît pas admissible. Il n'est guère croyable qu'Odon de Deuil n'ait pas connu ce fait ou l'ait, de parti pris, passé sous silence, quand il avait tout intérêt à montrer que le pape partageait l'avis de Louis VII et invitait la chevalerie française à la croisade. Qu'on relise son texte : Rex... secretum cordis sui primitis revelavit. Tune religiosus vir episcopus Lingonensis... satis episcopaliter peroravit monens omnes, ut cum rege suo ad subveniendum christianis régi omnium mililarent ...Tamen quod serebant verbo episcopus, rex exemplo, non illico messuerunt. Statutus est crgo dies alius Verzeliaco in Pascha, quo... omnes convenirent et... quibus foret cœlitus inspiratum crucis gloriam exaltarent. Rex intérim pervigil in incepto Romam Eugénie papœ super hac re nunlios mitlit. P. L., t. ci.xxxv, col. 1207. A quoi bon consulter le pape sur l'utilité d'une croisade des chevaliers français, si la bulle était là qui les invitait expressément à prendre la croix ?

tive paraît venir du pape. Il se pourrait donc que ce l)ref, qui est daté du 1^^ décembre, soit de Tannée 1145 ; rédigé peu de jours avant l'assemblée de Bourges, il se serait croisé avec

Bernhardi et Ilûffcr icpondciit que l'adresse au pape avaif uniquement pour objet l'opportunité de la participation du roi à la croisade. Le texte d'Odon ne se prête guère, on l'avoue, à cette interprétation. On en appelle alors au récit d'Otton de Freisingen. Il est vrai qu'Otton parle d'une façon générale et vaguo du « projet royal ». Mais le contexte montre bien qu'il s'agit d'une croisade où les chevaliers français étaient compris. C'est évidemment le sens des mots tam grande ne^oùum. La suite du récit le prouve mieux encore. Et Otton ne soupçonne pas ))lus qu'Odun de Deviil que la bulle papale ait été lue à Rassemblée de Bourges.

Il fallut renouveler la teneur de la bulle du l*"'" décembre. Ce nouveau document, adressé itniversis Dei fidelibus per Galliam conslitutis, est daté : Truns Tyberim, kalendas martii, dans Boczeek, Codex diplomnt. Moraviœ, 1. 1, p. 241. Waitz, dans son édition des œuvres d'Otton de Freisingen, en compare le texte avec celui d'un codex Sdadstadensis, tout semblable à celui de la bulle du 1^'' décembre qui n'en diffère que par quelques mots; cf. Hûffer, Die Anfànge, p. 411- 412 noies. Selon notre opinion, dit encore M. E. Vacandard, le titre de cette nouvelle bulle s'explique fort bien. Le roi n'y est plus nommé, cela était inutile, puisque Louis VII prenait de lui-même l'initiative de la croisade. Hiifîer, op. cit., p. 405-40G, conteste que la nouvelle bulle soit la réponse expresse à la demande de Louis VIT. C'est pourtant le sentiment d'Odon de Deuil : Rex papse super hac re nuntios mittil. Qui lœtanter susccpti sunt lœtanlesque remissi, re/erentes omni javo litlcras dulciores, régi obedientiain, arini.s rnodam et veslibus imponenles, jugum Christi suave suscipientibus peccatorum omnium remissionem parvw lisque eorum et uxoribus patrocinium promillentes. Les litterte omni fm'o dulciores ne sont autres, selon nous, que celles qui ordonnent aux catholiques français d'obéir au roi, régi obedientiam imponentes, de mettre de la simplicité dans leurs armes et dans leurs vêtements, armis modum et vestibus, avec le bénéfice d'une indulgence pour les croisés, etc. H. Hûfîer, Die Anfànge, p. 406, n. 1, en traduisant régi obedientiam par Gehorsam des Kunigs gegen die Kreuzzugsanordnungen des Papsies, fait un contre-sens. Ce contre-sens favorise son opinion, d'après laquelle le pape aurait envoyé à Louis le Jeune une lettre particulière omni javo dulciores, distincte de la bulle qui imposait aux croisés armis modum et vestibus. Mais il n'y a pas trace de cette distinction dans le texte d'Odon. C'est la même lettre qui est omni favo dulciores et qui impose régi obedientiam, armis modum et veslibus, etc., et c'est encore cette même lettre que les ambassadeurs rapportent, referentes, en réponse à la demande du roi de France. Otton de Freisingen n'a pas un autre sentiment : Itaque missa ad Eugenium legatione totum illi negotium aperitur. Qui... votis pnedicli régis annuil, auctoritate prœdicandi animosque cunctorum ad hoc commovendi prœnomiitato abbali (Bernardo) concessa. Évidemment, ni Odon ni Otton ne songent à attribuer l'initiative de la seconde croisade à un autre qu'à Louis le Jeune. Tous les efforts qu'on a faits pour démontrer que lo roi de France obéissait primilivcmonl à un ordre du pape sont restés

le message du roi. Wilken n'est pas de cet. avis ^ ; mais ses raisons ne sont pas concluantes, car dès les derniers mois de 1145, et non pas seulement au cours de l'année suivante, le pape se trouvait à Vetralla, d'où ce bref est daté ^. [500J Quoique épuisé ])ar la maladie et les austérités au point qu'on lui présagefit une mort prochaine, saint Bernard accepta la diflicile mission ; mais le feu de son âme donna à son corps une énergie surnaturelle. Son éloquence, tout ensemble prudente et entraînante, et ses miracles ranimèrent pour la cause de la Terre Sainte les sympathies qui commençaient à se refroidir. C'est ce qui eut lieu en particulier (Pâques 1146), dans la diète synodale de Vézelay, oii saint Bernard lut une lettre du pape. Le roi Louis, sa femme Eléonore et, avec eux, des milliers de personnes, tant de la noblesse que du peuple, prirent la croix, au point que saint Bernard dut déchirer ses vêtements pour en faire des croix. La future expédition fut fixée avi printemps suivant ^.

Vers le même temps (mars 1146), le cardinal Jules de Foligno célébra dans cette ville un générale concilium^ dont nous savons uniquement qu'on y consacra plusieurs autels de l'église où il siégeait •*. Un synode célébré à Tarragone, dans l'été de cette même année, reconnut le siège de cette ville comme métropole de toute VHispania citerior ^. Pendant ce concile, on créa

infructueux. Giesebrecht, op. cit., t. iVj p. 473, explique en ce sens les mots hortalu vestro, de l'épître ccxlvii, de saint Bernard. Mais Neumann, op. cit., p. 19-20, a montré qu'il faudrait expliquer de même le meo hortatu de l'abbé deClairvaux, De consideralione, 1. II, c. i, n. 3, ce qui serait absurde. On peut se demander quelle a été l'influence de la bulle du 1^"^ décembre. Nulle, en apparence. Aucun contemporain n'en tient compte. Peut-être n'est-elle pas arrivée à destination en temps utile. (H. L.)

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