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Autres conciles de l'année

En cette même année 1075 se réunirent quelques autres conciles que nous groupons ici afin de ne pas nous écarter de l'ordre chronologique, car ils sont étrangers aux grandes luttes engagées par Grégoire VII. Deux de ces synodes se sont tenus à Poitiers, l'un dans la ville même, l'autre dans le monastère voisin de Saint- Maxence. Dans le premier, au dire du Chronicon Malleacense,

Bérenger faillil vive massacré. Une lettre de Lanfranc nous apprend que cette scène fui provoquée par l'aiïirmalion de Bérenger que saint Hilaire de Poitiers, dont ou lui opposait l'autorité, était hérétique. L'autre synode, celui de Saint- Maxence, s'occupa du mariage de Guillaume de Poitou, Ces deux L^ M synodes se tinrent, l'un le 25 juin, l'autre le 13 janvier suivant, mais on no sait si ce fui en 1074 et 1075, ou en 1075 el 107G \

1. Labbe, Concilia, (. x, col. 345, o4G, 1815 ; Coleti, Concilia, l. xii, col. 585; Pagi, Critica, ad aiin. 1075, ii. 4 ; Hardouin, Coll. conc, t. vi, part. 1, col. 1551 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 447 ; Sudendorf, Bcrengarius Turonensis, Hamburg, 1850, in-8, p. 50. Dans sa deuxième édition, Hofele, revenant sur la date du concile, dit que, d'après les lettres de Grégoire VII et les données du Clironicon IMalleacensc, il y a lieu de croire que le concile qui s'occupa de l'affaire du mariage du comte Guillaume est certunement le même dont il a été question plus haut (Voir§ 571), celui dont Grégoire parle dans ses lettres du 10 septembre et du 16 novembre 1074 ; il fui tenu par ses légats et interrompu violemment par l'évêque Isembert. On doit donc le fixer à l'année 1074. Depuis le concile de Rome en 1059, dans lequel il avait fait piètre figure, Bérenger avait vu d'abord ses affaires aller de mal en pis. Le 14 novembre 1069, le comte d'Anjou, Geoffroy, était mort. Eusèbe Brunon, l'évêque d'Angers, avait commencé à se refroidir et bientôt l'avait abandonné à la suite d'un colloque d'évêcpies et de théologiens tenu à Angers en 1062. Eusèbe Brunon, pour couper court à toute discussion, manda à Bérenger d'avoir à s'abstenir désormais de toute dispute publique et de se taire sous peine d'excommunication: son affaire ayant été jugée et condamnée par quatre conciles tenus à Tours (1050 et 1054), à Angers (1062) et à Rome (1059). (De Roye, Vita, hxresis et pœnitenlia Berengarii Andrgavensis archidiaconi, p. 48-50). En 1062, le nouveau concile d'Anjou lui interdit l'accès d'Angers et ses propriétés situées aux environs de la ville furent mises au pillage. « L'affaire fut portée à Rome. Le prieur Rahard d'Orléans et révêcjue de Nantes, qui s'étaient rendus auprès du pape, rapportèrent à Bérenger la bénédiction apostolique d'Alexandre II, qui l'exhortait en même temps à supporter avec patience les persécutions. Bérenger, content d'avoir l'appui du pape, résolut de lui demander une lettre spécifiant qu' 1 le prenait sous sa protection. Mais n'osant pas s'adresser directement au Saint-Siège, il envoya au cardinal Etienne, en 1065, une lettre où il lui dépeignait sa position pénible (Sudendorf, op., cil., p. 224, en 1073 ; Bishop, Gôrreszeitschrift, 1880, t. i, p. 275, en 1064 ; Schnitzer, Bcrengar von Tours, p. 81 et J. Ebersolt, Bérenger de Tours, p. 142, en 1065). Le cardinal dut présenter au pape la requête de Bérenger, car Alexandre II lui écrivit (Gôrreszeitschrift, t. i, p. 273) pour lui témoigner sa compassion et pour l'engager à supporter son malheur, lui rappelant la parole du Sauveur : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. » En même temps, le pape donnait l'ordre à l'archevêque de Tours, Bartholomé, de prendre Bérenger sous sa protection et de faire cesser au plus vile les persécu-

57 1. AVir.ns conciles de l'annke 1075 137

Nous avons des renseignements plus précis sur le concile général

tions dirigées contre lui; Bishop, clans Gorreszeilschrifl, t. i, p. '2~'i ; De Roye, Vila, etc., p. 75-76. Le comte d'Anjou lut irrité de cette mesure et comme, par la mort de l'évêque du Mans Bulgrin, et par celle d'Albert, abbé de Marmoutiers, deux postes ecclésiastiques étaient vacants, il suscita au pape des difTiculcultés à ce sujet. A peine avait-il appris la vacance de ces deux sièges, qu'Alexandre II donnait l'ordre à l'archevêque de Tours que rien, dans l'élection des nouveaux titulaires, ne se passât contre les règles du droit canon, lîartholomé réunit aussitôt une assemblée à Orléans, le comte y assistait, mais ni les exhortations des dignitaires de l'Eglise, ni les objurgations des laïques présents ne purent calmer sa violence ; il voulait même s'emparer de la personne de l'archevêque. Rendu encore plus furieux de la protection ouverte accordée à Bérenger par le pape, il se vengea en dévastant les domaines de l'archevêque de Tours. Les évêques prononcèrent alors une sentence d'excommunication contre le comte, « cet ange de Satan, » et prirent des mesures pour faire confirmer cet arrêt par le pape. Alexandre II envoya à l'excommunié une lettre, Gorreszeilschrifl, t. i, p. 27'i, où il s'étonnait de voir le comte mépriser ainsi l'autorité de saint Pierre. Il le conjurait une dernière fois de cesser les poursuites contre Bérenger, «dont la vie et la conduite, d'après certains hommes pieux, avaient été trouvées dignes de Dieu. » Le comte méprisa ces exhortations et le pape prononça définitivement contre lui la sentence d'excommunication (fin 1067 ou début 1068. Giirreszeilschrifl, t. I, p. 297). » J. Ebersolt, dans la Revue de ihist. des religions, 1903, t. xLviii, p. 141-143.

Bérenger crut pouvoir enfin respirer. Vers 1068 ou 1069, il écrivit un traité dont on ne possède que quelques fragments : Adversus Lanfrnncum, Traclalus de corpore et sanguine Doinini; il y injuriait le concile, le pape Nicolas et le cardinal Humbert. A ce pamphlet, car ce n'était que cela si on en juge d'après le ton de ce qui s'est conservé, Lanfranc répondit par un écrit solide qui ramassait toute la controverse et exposait la doctrine : Liber de corpore et sanguine Domini adversus Berengarium Turonensem, P. L., t. cl, col. 407-442; Bouquet, Recueil des historiens des Gaules t. xi, p. 191, 242 ; Mon. Germ. historica, Script., t. vi, p. 471. Ce traité, dont il est possible et même assez probable que Lanfranc retoucha et augmenta les éditions successives (D. Crozals, Lanfranc, archevêque de Cantorhénj, sa vie. son enseigriemenl, sa politique, p. 83), a dû être écrit et complété entre 1059 et 1070. Ce traité eut un immense retentissement et on crut longtemps que Bérenger, enfin réduit au silence, avait quitté la lutte et renoncé à l'erreur. Mais Lessing trouva dans la bibliothèque de Wolfenbuttel une réponse hargneuse au livre de Lanfranc : Berengarii Turonensis De sacra csena adversus Lanfrancum (dans Lessing, Gesammelle Werke, t. viii, p. 314-423, Berengarius Turonensis, 1770 ; Vischer, Berengarii Turonensis, De sacra cœna, adversus Lanfrancum liber posterior, Berolini, 1834), dont la rédaction peut appartenir à l'année 1073. C'est une diatribe remplie d'insolences contre le pape et le cardinal Humbert, qui ne font pas oublier la lenteur de l'exposition et la contusion des idées, œuvre médiocre à tous points de vue.

En 1075, on tint le concile de Poitiers sous la présidence du légat du pape Ciérald et on y discuta la question (pii occupait tous les esprits, celle de la présence

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anglais tenu à Londros en 1075, sous la présidence de Lanfranc ^

réelle dans l'Eucharistie. Grégoire VII était pape depuis deux années et, à torl ou à raison, on le représentait comme bienveillant à la personne de Bérenger ; il ne démentit pas cette rumeur quand on le vit décider, contrairement au légat Hugues de Die, que Bérenger pouvait rester en possession de ses titres, notamment de celui d'archidiacre d'Angers, à condition de garder le silence. (II. L.)

1. CoU. ref^ia, I. xxvi, col. 569 ; liabbe, Concilia, t. x, col. 346-350 ; Hardouin, Coll. concil., t. VI, pari. 1, col. 1575 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 587 ; Wilkins, Cn?ic. Brilann., 1737 ; t. i, col. 363-36'i ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. ''i-'iO ; E. A. F-reeman, The historif of (he norman cnnqnest of England, ils causes and iis resiills, in-8, Oxford, 1871, t. iv, p. 'il 4-41 7; A. du Boys, Lanfranc et Guillaume le ConqitcranI, dans la Rei^ue des Qusst. hisl., 1881, t. xxx, p. 349- 352. ; O. Delarc, Saint Grégoire VII, t. m, p. 377. Freeman relève, avec juste raison, l'importance de la mesure relative avi transfert des sièges épiscopaux pour l'histoire future de l'Eglise en Angleterre. Le régime de bouleversement chronique auquel les invasions soumirent ce pays pendant plusieurs siècles avait nivelé presque tout et fait disparaître des villes dont l'importance à l'époque romame ou saxonne appelait naturellement la fondation d'un siège épiscopal. S'obsfiner à demeurer svir ces emplacements désolés et à peu près délaissés équivalait à renoncer à l'influence et au prestige indispensables. L'organisation et l'administration ecclésiastiques se modelaient sur l'organisation et l'adniinistration provinciales et municipales à l'époque romaine. A l'époque barbare, bien des frontières avaient été modifiées et les partages d'états à titre d'héritages princiers avaient causé un trouble profond par suite de la confusion qui en était résultée pour les jmidictions ecclésiastiques. Au lieu que jadis, une superposition presque exacte de la topographie épiscopale sur la topographie civile réduisait les chances de conflits, il n'en était plus de même depuis qu'un évêquc sujet de tel prince et résidant sur son territoire gouvernait un diocèse situé en partie dans les états d'un autre prince voisin, rarement allié, le plus souvent ennemi de son souverain. L'unité politique des grands étals de nos jours nous laisse à peine concevoir le détail de ces situations embrouillées et enchevêtrées à l'excès. Dans les Iles Britanniques la répartition des diocèses fut longtemps inspirée plutôt par les convenances politiques, vu le rôle départi aux évêques, que par les préoccupations strictement apostoliques. L'évangélisation du pays s'était accomplie dans des conditions très différentes de celles de l'Italie ou de la Gaule; au lieu de conquérir pied à pied, on avait taillé, sous la protection bienveillante des rois convertis au christianisme, des territoires plus ou moins vastes autour d'une agglomération monastique ou canoniale, servant à l'évêque de quartier général. Ces agglomérations, qui donnèrent souvent naissance à des villes, ne se développaient toutefois que lentement et leur importance était sans comparaison avec celle de cités romaines ou même nvec celle des centres barbares. Le siège épiscopal se trouvait donc souvent isolé, c'était une sorte de camp monastique, parfois d'accès difTicile, comme à Saint-David et à Lindisfarn. Une semblable situation pouvait offrir un lieu de retraite agréable, mais imposait absolument à l'évêque, s'il voulait remplir les devoirs de sa charge, d'en sortir pour se ménager un élablissemenl }ilus accessible. Certains le comprirent, hommes

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