QUESTION DE l'Église de milan
pape ^. Nous croyons ne pas nous aventurer en disant que la révolte de Cencius contre le pape (25 décembre 1075) ne se fit pas à l'insu du roi. Tous deux poursuivaient le même but, la déposition de Grégoire, et Henri ne se serait certainement pas lancé à l'aventure, s'il n'avait pas su que s'ourdissait à Rome un complot qui devait faciliter sa victoire ^.
Grégoire s'était fait à Rome beaucoup d'ennemis, aussi désireux de sa perte que le roi Henri, et parmi eux se trouvaient plusieurs clercs et employés de l'Eglise romaine. Plusieurs cardinaux étaient froissés de la défense à eux faite par le pape de célébrer de nuit la messe à l'autel de Saint- Pierre. Par dessus tout les mansionarii, au nombre d'environ soixante ou soixante-dix, chargés du service de nuit et de jour dans l'église de Saint-Pierre, haïssaient le pape qui avait aboli leur corporation afin de couper court aux abus et excès dont les pèlerins étaient victimes. Mais un ennemi plus redoutable par sa puissance, était ce Cencius ^ que nous avons rencontré déjà parmi les adversaires d'Alexandre II et les amis de Cadaloûs ^. Cencius possédait une haute et forte tour commandant le pont du Tibre et tyrannisait Rome, exigeant, par exemple, une redevance de tous ceux qui traversaient le pont Saint-Pierre. Il avait causé de très grands dommages aux biens de l'Eglise romaine ; mais, peu auparavant, le préfet de la ville, son homonyme [03] et cousin ^, l'avait humilié et forcé de donner des otages au pape. Il dut aussi livrer sa tour et la voir démanteler soiis ses yeux. Impatient de vengeance, Cencius fit dès lors cause commune avec tous les ennemis secrets ou déclarés de Grégoire, en particulier avec les Normands. Peu de temps avant le synode du carême de 1075, il envoya son propre fils à Guibert, archevêque de Ravenne, pour lier partie avec lui. On se souvient que le pape Alexandre s'était laissé décider par Hildebrand à confier à Guibert ce siège archiépiscopal^, Grégoire VII devait
1. Mon. Germ. hisi., Script., t. v, p. 280, 432; Epist. coll., n. xiv, Mon. Gregor., p. 535 sq. Watterich, Vilie pontif. rom., t. i, p. 367 ; W. Martens, op. cit.. l. i, p. 91 sq. (H. L.)
2. \V. Martens, op. cit., t. i, p. 75-85: Die BezieJmngen zum Kônige bis Ende 1075 und dds Weihnachtsattenlat des Cencius. (H. L.)