‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 89 sur 505 · CONCILE DE WORMS ET DEPOSITION DE GREGOIRE · texte numérisé non relu

CONCILE DE WORMS ET DEPOSITION DE GREGOIRE

furent toul réjouis d'un tel témoignage qui semlîlait leur tomber du ciel et ils prononcèrent la sentence : quiconque a souillé sa vie par de telles fautes ne peut devenir pape et posséder le pouvoir de lier et de délier, il n'a même jamais pu l'avoir ^, La plupart des membres souscrivirent sans hésiter, mais Adalbéron de Wûrzbourg et Hermann de Metz soutinrent qu'il était anticanonique de condamner un évêque absent, sans le nombre voulu d'accusateurs et de témoins, à plus forte raison le pape, contre lequel aucun archevêque ni évêque ne devait être admis comme accusateur ^. Mais Guillaume, évêque d'Utrecht et ami [*J'JJ particulier d'Henri, s'éleva contre ces timorés auxquels il demanda de signer la condamnation du pape, ou de quitter le roi, auquel ils avaient juré fidélité. On rédigea donc au nom de tous, et on envoya au pape une lettre outrageante le sommant de renoncer à son pontificat acquis au mépris des canons et l'avertissant que désormais tous ses actes seraient frappés de nullité ^.

Paul de Bernried prétend que Siegfried, archevêque de Mayence, avait rédigé la sentence contre le pape, et Donizo rapporte à peu près le même fait dans ses vers sur la comtesse Mathilde ^. L'un et l'autre s'accordent à dire que le cardinal Hugues Candide avait grandement desservi le pape. Paul de Bernried précise ainsi : Hugues avait apporté de prétendues lettres des évêques et des cardinaux italiens, du sénat et du peuple romain, demandant la déposition de Grégoire, lettres qu'il commentait en ces termes : Le pape a maintenant pour ennemis jurés les Normands, plusieurs comtes voisins de Rome, et les Romains eux-mêmes

Walterich, Vilx pontif. rom., p. 510 ; Donizo, Vila Math., vers 122'i sq. dans Mon. Germ. hist., ScripL, t. xii, p. 377. (H. L.)

1. Papa esse non passe nec ullam juxta privilegium, romance Sedis ligandi au/ soU'endi poteslatem habeat vel aliquando hahuerit. (H. L.)

2. Adalbéron et Hermann signèrent cependant ; quant à Hezel, évêque de Ilildesheim, il prit la précaution de tracer un ohele à côté de son nom pour indiquer la violence subie, Mon. Germ. Iiist. Script., t. vu, p. 854; Gfrôrer, 6>É>^'or ^ II, t. VII, p. 8'i, 506. (H. L.)

3. Mon. Germ. hist.. Script., t. v, p. 242 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 463 ; Hardouin, Conc. coll., t. vi, col. 1563 ; Gfrorer^ Gregor F//, t. vu, p. 505; Watterich, Vitx pontif. rom., p. 372.

4. Paul de Bernried, Vita, c. i.xvi, dans Watterich, Vite pontif. ;om.,p. 510; Donizo, }'i!a Mathildis, vers 1224 sq. dans Mon. Germ. hist., Script., 1. xii, p. 377. (II. L.)

(allusion à l'attentat de Cencius), aussi sa déposition ne souffrira pas de difficulté ^. »

On se demande comment Stenzel ^ e\ Voigt ^ ont pu ignorer la lettre du conciliabule de Worms au pape, ce document ayant été publié par Flacius et Goldast, et plus récemment par Pertz ^, ou bien l'attribuer au concile de Mayence de 1080, et se contenter d'utiliser pour le synode de Worms la dernière phrase de cette lettre, conservée par Ekkehard et l'annaliste saxon. Dès la suscription, les évoques allemands réunis à Worms font connaître l'esprit qui les anime. Ils écrivent sans plus d'ambages : Ilildehrando fratri, et s'expriment ainsi : « Jusqu'alors ils avaient gardé le silence sur son élévation illégale au Siège pontifical, dans l'espoir que sa conduite ferait oul)lier ses débuts. Mais au contraire, ces tristes commencements ont été suivis de faits plus déplorables encore. Hildebrand détruit la paix de l'Église, et, après avoir allumé la discorde à Rome, il [67] a propagé cet incendie dans toutes les églises d'Italie, de Germanie, de Gaule et d'Espagne. Autant qu'il le pouvait, il a enlevé aux évêques la puissance qu'ils tiennent de Dieu, et confié le gouvernement de l'Eglise à des populaces sans frein (on soutenant les patares et en défendant d'assister aux cérémonies des clercs simoniaques ou mariés, etc.) Il ne reconnaît comme évêques ou prêtres, que ceux qui lui ont mendié cette dignité par d'indignes flatteries (allusion à la défense portée contre les investitures laïques), et il trouble l'harmonieuse diversité des membres de l'Eglise, vantée par saint Paul, voulant pour lui seul tout le pouvoir. Il s'arroge une puissance inouïe aux dépens des droits épiscopaux, en soutenant que, lorsque le pape connaît une faute d'un chrétien quelconque, ce n'est plus à l'évêque diocésain, mais à lui ou à son légat d'en juger. Ces empiétements et d'autres encore ont mis l'Église en si grand danger, que le synode s'est vu contraint de le déclarer, à l'unanimité, inhabile à occuper le Siège apostolique. Déjà, du vivant d'Henri III, il avait juré de refuser

1. P. L., t. r.xLviTi, p. 69, 992, 993 ; Mon. Germ.. hist., Sn-ipl, l. xit, p. ^17. Wattorich, op. cit., p. 511.

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