CONCILE d'anTIOCHE EN
être la simple reproduction d'accusations de ce genre lancées contre d'autres évêques à la même époque ^. Quoi qu'il en soit, il est certain qu^Eustathe fut déposé par le concile et exilé par l'empereur en lUyrie; plusieurs de ses clercs lui restèrent fidèles et le suivirent en exil. Eulalius qui recueillit la succession d'Eustathe 2, étant mort peu après, Eusèbe Pamphile intrigua pour se faire attribuer le siège vacant, il ne put y réussir : car, depuis la déposition d'Eustathe, Antioche était en proie aux discussions et aux disputes entre eusé-
1. B, de Montfaucoii, Vila S. Athanasii, dans Opera S, Athanasiiy in-fol., Patavii, 1777, t. i, p. xix. [L'accusation intentée contre Eustathe et sa déposition soulevèrent un mouvement populaire dans la ville d'Anlioche où l'évêque était particulièrement aimé. Des m<)gistrats et des gens en charge se mirent à la tête de cette petite insurrection dont on fil à Constantin un récit inexact et démesurément grossi. Constantin toujours violent envoya Eustathe en exil. On ajoute qu'il envoya à Antioche le stratège Musonianus pour réprimer la sédition et mettre à exécution les décisions du concile. Eustathe se soumit et prit le chemin de l'exil. Socrate, Hist. eccles,, 1. I, c. xxiv, P, C, t, lxvii, col. 144 ; Sozomène, Hist eccles.^ 1. II, c. xix, P. G,, t, lxvii, col, 981 ; Tliéodoret, Hist eccîes.y 1. I, c. xx, P. C, t. lxxxii, col, 968 ; Philostorge, Iltst, eccles,, 1, II, c. VII, jP. C, t. Lxv, col. 469 ; Eusèbe, De vita Constaniini, 1. III, c. lix, P. G. y i, XX, col. 1125. Ce chapitre d'Eusèbe, relatif à la sédition d'Antioche provoquée par une intrigue dont il espérait recueillir le hénéfîce^ est un des plus expressifs sur le caractère profondément déloyal de l'évêque de Césarée. D'après saint Jérôme, Eustathe aurait été relégué à Trajanopolis en Thrace ; Théodoret (Hist, eccles., 1. I, c. xx, P. G,^ t. lxxxii, col, 967) parle sans la désigner d'une ville d'illyricum qu'on atteignit après avoir traversé la Thrace, il semble qu'une part notable des années d'exil d'Eustathe s'est passée à Philippes, L^évêque déposé mourut vraisemblablement vers l'an 337. Certains le font vivre jusqu'en 360, Saint Jérôme, De viris illusir.y c. lxxxv, édit. Richardson, in-8, Leipzig, 1896, p. 44, n, 85, et saint Aihdnase^ Historia arianor um ad monachoSy n. 5, P. G., t. xxv, col, 700, rapportent par erreur sans doute cet épisode au règne de Constance. Eustathe fut enterré à Trajanopolis, ubi usque hodie conditus est^ écrit saint Jérôme, loc. cit. ; ce fut Calandio, évêque d'Antioche, qui obtint de Zenon, vers 482, l'autorisation de ramener le corps à Antioche. (H, L.)]
2. Ce fut Paulin de Tyr, arien avéré et antiochien de naissance, qui recueillit la succession d'Eustathe. S*il fallait en croire Eusèbe, son intime ami, Paulin avait à Antioche de nombreux admirateurs. Paulin n'occupa le siège d'Antioche que pendant six mois (ASTa jiv^vaç ï^ àTTsêtw, dit Philostorge, Bist, eccles. ^ 1. III, c. XV, P. G., t. LXV, col. 504. II est vrai qu'on a discuté la liste épiscopale d'Antioche et qu'on a voulu y placer deux évêques du nom de Paulin qui encadreraient Eustathe. J. B. Lightfoot, dans Dict, of christ, biogr,, t. 11, p. 322, n'admet qu'un seul Paulin dont l'épiscopat précède celui d'Eustathe, mais il semble avoir oublié Sozomène, Hist, eccles., 1. III, c, xi, P. (?., t. lxvii, col. 1061. (H. L.)
646 L(VK£ III, CHAPITRE I
biens et eustathiens *. L'empereur promit àEusèbe Tévêché désiré, qui n'en demeura pas moins vacant, finît par tomber aux mains des eusébiens et fut même occupé par quelques ariens. En 360 ou 361, le choix qu'on fit de Mélèce pour le siège d'Antioche, augmenta encore les divisions et les tiraillements, même parmi les orthodoxes ^. [453]
Tillemont juge probable que le concile d'Antioche déposa Asclépas, évêque de Gaza, à cause de son opposition aux ariens; il tire cette induction des deux lettres synodales des deux partis du concile de Sardîque ^. Si Tillemont a raison, Théodoret, Socrate et Sozomène se seraient trompés en plaçant cette déposition à une époque plus récente ; Théodoret ne l'a placée qu'au concile de Tyr en 335 *.
Les bénédictins de Saint-Maur croient que l'évèque Eutrope d'Adrianopolis fut aussi exilé à cette époque; son unique faute était ôà résistance ouverte aux ariens plus ou moins déguisés, en particu-
1. Antioche fut désormais livrée aux divisions religieuses. Les eustathiens représentant le parti de Nicée refusèrent de reconnaître un évêque quelconque, eusébîen ou arien, parmi ceux qui se succédèreot sur le siège devenu vacant par la violence. En conséquence ils tinrent des assemblées particulières. Théodoret, Hist. eccles.j \, I, c. xx, xxi, P. G., t. lxxxii, col. 966-970. (H. L.)
2. Divisions et tiraillements avaient une cause plus profonde. Derrière les questions de personne on savait que la véritable question en jeu était celle de l'unité numérique de la substance divine et de Và\Loo\i(Tioç nicéen, car on en revenait là toujours et quand même. C'est que r6p.oou(7ioç nicéen entraînait directement la consubstantiulité du Père et du Fils, consubstantialité inséparable de Funité de Dieu. Eustathiens et eusébiens recommençaient le conflit étouffé en rj25 lorsque les Pères du concile, dans leurs réponses à Ëusèbe de Césarée avaient écarté de la génération comme de la substance divine l'idée de division, de séparation, de composition à un degré quelconque. Eusèbe avait reçu le coup et caché son mécontentement parce que l'heure eût été mal choisie pour le manifester, mais acculé comme il Tétait à reconnaître que la génération du Fils ne se fait ni par production, ni par multiplication de substance, mais par communication ou co-possession d'une seule et même substance, il se trouvait réduit à confesser l'unité numérique. Il le fît du bout des lèvres et avec des interprétations^ dessous-entendus, qui étaient des restrictions, se réservant de revenir à son système lorsque le moment serait plus favorable. Il le jugeait tel vers 330-331, mais démasqué depuis longtemps par Eustathe^ il se trouvait avoir maintenant à louvoyer et à biaiser avec le parti entier et irréconciliable des eustathiens. C'était un point sur lequel ceux-ci s'entendaient presque tous. (H. L.)
3. S. Hilaire, Fragment., u, n. 6; m, n. 11, i>. Z., t. x, col. 636, 666.
4. Théodoret, Hist, eccles,, 1. I, c. xxviii, P, G,, t, lxxxii, col. 984; Socrate, Hist, eccles.» I. II, c. v, />. C, t. lxvii, col. 192 ; Sozomène, ffist. eccles., 1. III, c. vin, P, G., t. Lxvu, col. 1052. Tillemont, Mém, p, serv. àVhist, ecclés»^ édit., Bruxelles, t, vi, p. 117, note 11 sur les ariens.