‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 9 sur 403 · CONCILE d'aNTIOCHE EN · texte numérisé non relu

CONCILE d'aNTIOCHE EN

Césarée ne voulait pas être arien, et beaucoup de ses opinions théologiques sont en désaccord avec les principes ariens, mais il crut qu^Athanase enseignait des doctrines sabelliennes, et que le mieux était de garder le juste milieu entre Arius et son illustre adversaire. Aussi, quoique bien moins arien qu'Eusèbe de Nicomédie, se laissat-il souvent impliquer par ce dernier dans des intrigues tramées contre Athanase. Eusèbe de Césarée, véritable partisan du juste milieu, se trouva naturellement amené à accuser Eustathe d'Antioche de sabellianisme. Les eusébiens contribuèrent à entretenir en lui ces erreurs ^ : lorsque ceux-ci remarquaient dans la doctrine d'autrui une différence moindre que celle qu'ils établissaient entre le Père et le Fils, ils en concluaient aussitôt, se conformant en cela à leur tactique, que c'était là du sabellianisme et la négation de toute distinction entre le Père et le Fils. Théodoret raconte qu'Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée se rendirent en pèlerinage aux lieux saints ^. Pendant leur voyage, ils firent visite à Eustathe d'An-

résistances discrètes que l'œuvre de Nicée n'était pas parvenue à forcer. Au lieu de se ranger au symbole nouveau, on le tirait à soi, -Dn en faisait un symbole de plus entre beaucoup d'autres. Saint Athanase, à qui une manœuvre si habile n'échappait pas, remarquait qu'Eusèbe en prenait vraiment trop à son aise, œç YiÔéXrjffsv àTreXoyYJffaTO (De s^nodis^ c. xiii, P, Ö., t. xxvi, col. 704). 11 voyait très bien qu'on cherchait non seulement à ravaler mais à compromettre la clarté du symbole de Nicée, sauf à reprendre bientôt contre rôfjLoo-Jo-ioç l'argument indiqué cette fois, de son absence dans la sainte Écriture. Eustathe d'Autioche ne s*y trompait pas plus qu'Athanase II jeta feu et flammes et accusa formellement Eusèbe d'altérer la foi de Nicée. Eusèbe riposta en accusant Eustathe de sabellianisme, imputation qui réussissait presque dans tous les cas : Socrate, Hist. eccles,t 1. I, c. xxiii, P, G., t. lxvii, col, 144 , Sozomène, Ilist, eccles., 1. II, c. xvin, P. G, y t. lxvii, col, 982. C'était une feinte qui masquait l'attaque véritable, laquelle se découvrit bientôt et visait l'ôjxooiJG-toç. « Ceux qui rejetaient ce mot, écrit Socrate, croyaient que les autres introduisaient par là le sentiment de SabelHus et de Montan, et les traitaient d'impies comme niant l'existence du Fils de Dieu ; au contraire ceux qui s'attachaient à l'ôiJLoouatoç, croyant que les autres voulaient introduire la pluralité de dieux, en avaient autant d'aversion que si on avait voulu rétablir le paganisme. » Socrate donne assez exactement l'impression de cette période de la lutte renaissante quand il l'appelle un c combat dans la nuit », vuKTOfJLayt«. (H. L,)

1. Socrate, jffist, eccles,, 1. I, c. xxiii, P, G., t. lxvii, col. 144 ; Sozomène, Hist, eccles.t 1. II, c, xviii, P. G., t. lxvii, col. 982 ; Théodoret, Hist, eccles., 1. I, c. XX, P. G. y t. Lxxxii, col. 965 sq.

2. Id, On faisait sa cour par un pèlerinage, non certes aux Lieux-Saints, mais aux édifices constantiniens. ïhéodoret dit cela très finement : xal 7cpc;)Tov 'lA£fp£a-6ai TY^çTtov 'l£pO(ToX*J{x<*>^ Oéaç ^XY^tlaptevo;, xal TauTY) tov ßa<TiXEa ßoüxoXr|<Tac, ^Q To 7coXu6puXX'/)TOv TY^; oUoto^LioLç epYov ô^^ojjlsvo;. P. G,, t. lxxxii, col. 965. (H. L.)

tîoche, qui les reçut avec beaucoup de cordialité. Arrivés en Palestine, ils dévoilèrent à Eusèbe de Césarée ^ et à quelques autres amis leurs projets contre Eustathe et accompagnés de ces nouveaux auxiliaires, ils retournèrent à Antioche pour y tenir un concile contre Eustathe. Toutefois^ comme Théodoret suppose que ce voyage à Jérusalem n'eut lieu qu'après l'élévation d'Eusèbe de Nicomédîe sur le siège de Constantinople, c'est-à-dire après 337, on peut douter de son récit, et il est plus prudent de s'en tenir à ce que disent Sozomène ^ et Socrate ^. D'après Sozomène, qui paraît mieux renseigné, les discussions qui s'élevèrent entre Eustathe et Eusèbe Pamphile donnèrent lieu à la convocation à Antioche d'un grand concile. Il se tint en 330 *; au rapport de Socrate, Cyrus, évéque de Béroé, fut, [452, dans ce concile, le principal adversaire d'Eustathe contre lequel il porta une accusation formelle de sabellianisme. Théodoret ne parle pas de cette accusation, mais il en rappelle une autre basée sur des motifs différents. Les eusébiens, dit-il, se servirent d'une femme de mœurs légères, et lui firent dire qu' Eustathe lui avait donné un enfant. Cette femme ne put faire la preuve de cette calomnie ; plus tard elle avoua son odieux mensonge ^. Athanase dit qu'Eustathe fut accusé d'irrévérence à l'égard de l'impératrice mère ^, mais il ne parle pas, non plus que saint Jean Chrysostome — quoique l'un et l'autre aient donné plusieurs détails sur Eustathe — de l'accusation lancée contre la vie privée de l'évêque d'Antioche ; c'est probablement ce qui a provoqué les doutes des éditeurs bénédictins des Œupres de saint Athanase y relativement au récit de Théodoret; récit qui paraît

1. Les deux pèlerins ne s'abouchèrent pas qu'avec Eusèbe; ils profitèrent du voyage pour s'assurer de la fidélîlé de quelques comparses très oubliés aujourd'hui, mais qu'il eut été imprudent de négliger et que nous retrouverons dans toutes les intrigues de ce temps : Patrophde de Scythopolis, ^tius de Lydda, Théodote de Laodicéc et quelques autres. (H. L.)

2. Sozomène, ffist. eccles , L II, c. xviii, xix, />. G , t. lxvii, col. 982.

3. Socrate, ffist. eccles,^ 1. I, c. xxiv, P. G. y t. lxvii, col. 144.

4. A la fin de cette année 330 ou au début de Tannée suivaute, cf. Wetzer, Restitutio verœ chronologie ^ p. 6, 7 ; Tille mont, Mém, p. serv, l'hist. eccles », t» VII, p. 11, 298, note 3 sur saint Eustathe. [G. Goyau, Chronologe de l'empire romain y in-12^ Paris, 1891, p. 420 ; de Broglie, V Église et V empire rom. au IV* siècle, t. II, p. 297, n, 1. (H. L,)]

5. Théodoret, Uist, eccles. ^ 1. ï, c. xx, P. (?., t. lxxxii, col. 96^.

6. S. Athanase, Histor. arianonim ad monachos, n, 4, P. G„ t. xxv, col. 700. [Siabulariam fuisse ferunt^ S. Ambroise, De obitu Theo dos ii, c. xlii, P. L,, t. XVI, col. 1463. (H. L.)]

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