LES CANONS DB SARDIQUE
[575] s*appuyera-t-on pour voir dans le 3® une simple re vision et dans le 5* l'appel proprement dit? Dira-t-on que dans le 5* canon l'évêque condamné défère lui-même sa cause à Rome, tandis que dans le 3® canon les juges font sur sa demande cet appel? Cet argument serait inadmissible. La citation du 14® canon d'Antioche ^ par les Ballerini et Palma n'est pas heureuse : car, a) dans ce canon, la révision du procès n'est autorisée que dans le cas où les juges de première instance ne s'accordent pas ; s'ils s'accordent, la revision est défendue par le 15® canon de ce même concile d'Antioche. Au contraire, les canons de Sardique autorisent la revision dans un cas comme dans l'autre. 11 est évident que le canon de Sardique permet ce que celui d'Antioche défend ; ainsi Ballerini et Palma s'égarent quand ils soutiennent que le 14® canon du concile d'Antioche permet absolument une revision du procès jugé en première instance, ß) Le 14® canon d'Antioche disposait que le tribunal en seconde instance devait comprendre les évêques de la province de l'accusé, c'est-àdire ses juges en première instance; il permettait à peine de leur adjoindre quelques nouveaux évêques. Le second tribunal institué par le canon de Sardique est donc très différent de celui dont parle le concile d'Antioche; par conséquent, l'opinion de Palma et des Ballerini est insoutenable, y) En outre, le 3® canon reconnaît au pape îion seulement le droit de décider de l'institution de ce tribunal, mais encore, comme dans le canon 5^, celui de nommer, s'il le jugeait nécessaire, les membres qui devaient constituer ce tribunal. Ce n'était donc pas un tribunal séparé de lui; c'était plutôt son propre tribunal.
Les Ballerinî et Palma avaient un autre motif pour nier qu'il fût question d'appel dans le 3® canon : c'est qu'autrement, leur explication du 4® canon était réduite à néant. Soutenant que le ^ canon autorise l'appel au Saint-Siège après le jugement en deuxième instance des évêques de la province voisine de celle de l'accusé et remettant la décision au pape, ils ne pouvaient reconnaître l'appel dans le 3' canon, sous peine d'admettre deux appels. Puisque le tribunal de deuxième instance érigé par le pape décidait au nom de celui-ci, permettre
[576] d'appeler de cette sentence c'était autoriser l'appel du pape au pape.
Pour éviter cette contradiction, les Ballerini et Palma ont nié qu'il
s'agît de l'appel dans le 3*^ canon. Ils voulaient avant tout maintenir
leur explication du 4* canon, et prouver que le pape avait seul le droit de