DOCUMENTS DV CONCILE DE SARDIQUE
que d'autres étalent encore en prison, uniquement pour avoir repoussé les hérésies d'Arius et d'Eusèbe, et pour avoir refusé de communiquer avec leurs partisans. En revanche, les eusébiens avaient réinstallé sur leurs sièges épiscopaux, et même élevé à de plus hautes dignités ecclésiastiques, des évêques justement déposés. Le pape [heatissime frater) était prié d'accepter le jugement prononcé contre les deux jeunes gens {adolescentibus) impies et inintelligents, Ursace et Valens, acharnés à semer la mauvaise doctrine; en outre, Valens avait abandonné son évêché pour s'emparer du siège d'Aquilée ; il en était résulté des troubles, pendant lesquels un frère (un évêque) du nom de Victor (ou Viator) qui n'avait pu prendre la fuite, avait été foulé aux pieds et était mort trois jours après à Aquilée même. Le pape était encore prié d'approuver la lettre du concile à l'empereur et de communiquer aux évêques de Sicile, de Sardaigne et d'Italie ^ les résultats des délibérations conciliaires. Marcel, Athanase et Asclépius (Asclépas) avaient été admis à communiquer avec le concile, tandis qu'Ursace et les autres avaient été déposés et excommuniés. » Le pape Jules se réjouit fort du contenu de cette lettre, ainsi qu'on peut le voir dans celle qu'il écrivit aux Alexandrins et qui est reproduite dans V Apologie de saint Athanase ^.
Scipion Maffei a trouvé dans le manuscrit de Vérone, dont nous 313] avons déjà plusieurs fois parlé, la traduction latine de trois autres pièces attribuées au concile de Sardique, mais dont l'authenticité est douteuse. Ce sont ; 1) une lettre du concile aux chrétiens de la Maréotide ; il y est dit « que par la lettre synodale envoyée à l'Église d'Alexandrie, ils avaient appris ce qui s'était fait à Sardique. Le concile voulait cependant leur écrire en particulier pour les consoler, après tout ce qu'ils avaient souffert de la part des hérétiques, et notamment de la part de Grégoire (l'évéqueintrus d'Alexandrie). Ils devaient, à l'exemple de l'apôtre saint Paul, supporter tout en patience. (Dans le fait Ingénius '^, prêtre de la Maréotide, avait montré beaucoup de courage.) A l'avenir les choses iront mieux, le concile a écrit aux empereurs pour éviter le retour du passé. Athanase a été déclaré innocent par le concile, les autres ont été déposés, 11 est superflu
1. C'est*à-dire dans les provinces qui étaient directement sous la juridiction du pape.
2. S. Athanase, Apologia contra arianosy c. wii, P, G^^ t. xxv, col. 345.
3. Oa voit deux fois ce nom d 'Ingénius dans saint Athanase, parmi les signatures. Apol. c. arian^c, lxxiv, P, G,, t. xxv, coU 381, et Epîst. encycL adepisc,^ n, VII, P. G., t. XXV, col. 552.
de parler de Grégoire (d'Alexandrie), qui depuis longtemps est dé. posé : quiconque a été induit en erreur par lui doit rentrer en lui. même » ^. 2) Le second document est une prétendue lettre de saint Âthanase à ces mêmes Eglises de la Maréotide : a Le concile, fait-on dire à saint Âthanase, a loué la fermeté des fidèles de la Maréotide et prend une vive part à leurs malheurs ; il a voulu leur écrire en partie culier, quoique la lettre qu'il a écrite à TÉglise d'Alexandrie soit également destinée aux chrétiens de la Maréotide, qui appartenaient à Tévêché d'Alexandrie. » Après ce préambule, vient une copie à peu près complète de la lettre du concile à l'Eglise d'Alexandrie; seulement, au lieu d'être en style direct, la lettre est rapportée en style indirect. Elle n'est pas seulement signée d' Athanase, mais encore d'un grand nombre d'évêques présents au concile de Sardique^. 3) Le troisième document est encore une lettre de saint Athanase à l'Eglise d'Alexandrie. Il rend grâces à Dieu pour son innocence proclamée et s'étend sur la méchanceté de ses adversaires qui n'ont pas eu le courage de se rendre au concile de Rome (en 341), sur leur conduite à Sardique, et enfin leur déposition. Saint Athanase prête aux eusébiens ces mots : « Qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? vous êtes chrétiens, et nous, nous sommes des ennemis du Christ» Les Alexandrins ne doivent pas se laisser induire en erreur par des gens de cette espèce ; que ceux qui ont été trompés s'inclinent devant] la décision du concile. La lettre se termine par le récit de la depo sition des eusébiens et par les signatures contenues dans la première lettre précédente ^.
Ces citations montrent assez le caractère apocryphe de ces trois documents. Jamais les eusébiens n'auraient dit : « Nous ne sommes pas des chrétiens. » Et, abstraction faite de ce point, il est facileè voir que ces trois lettres sont sans couleur et sans vie ; les mêmes mots y sont continuellement répétés, le style en est trivial et sans valeur. Il ne faut pas oublier enfin que l'antiquité chrétienne n'a jamais soupçonné l'existence de ces trois lettres, on n'en avait jamais entendu parler avant la découverte de Mafféi : nous ne pouvons donc les regarder comme authentiques.
1. Man si, ConciL amplis s, colL^ t. -vi, col. 1217 ; Ballerini, dans S. Leonis, Opera, t. m, p. 607 sq.
2. Mansi, Conc. ampliss, coll. y i. vi, col. 1219; Ballerini, dans S, Leoé, Opera, p. 609.
3. Mansi, Conc. ampliss, coll.y t. vi, col. 1221 sq. ; Ballerini, dansS.Leonis, Opera y p. 611.
LE CONCILIABULE DBS EUSEBIENS A PHILIPPOPOLIS 813