Le conciliabule des eusébiens à Philippopolis
L'encyclique que les eusébiens envoyèrent de Philippopolis *, après leur scission, contraste nettement avec les documents authentiques de Sardique. Saint Hilaire nous a conservé ce document 2. La lettre est adressée à Grégoire d'Alexandrie, à Amphion de Nicomédie, àDonat, évêque de Carthage ^, à d'autres encore et, en général, à tous les évêques, prêtres et diacres de la chrétienté. L'encyclique ^
1. Socrate, Hist, eccles,^ I. II, c xx, P. G. y t. lxvii, col. 237. Philippopolis est une ville située en Tlirace. (H, L.)
2. Incipit décret um synodi orientaliutn apud Serdicam episcoporiun a parte arianorum, quod miser uni ad Africam, dans saint Hilaire, Fragmentum lll, P. L,t t, X, col. 658 ; Hardouin, Coli, conciLy t. i, col. 671 ; Mansi, Concil, ampliss. collect, f t. m. col. 126-140. D'après Socrate, Hist. eccles,, 1. II, c. xx, P. G., t. LXVII, col. 237, la lettre en question serait partie de Philippopolis. Ce fait, sur lequel tous les documents conl<^mporains gardent le silence, est aujourd'hui mis en doute par Loofs, Arianismus, dans Realencyklopädie fur protestant, Theologie und Kirche, edit. Hauck, t. n, p. 27. (H. L.)
3. Ce Donat de Carthage est Donat le Grand qu'il faut se garder de confondre avec son prédécesseur Donat de Casse Nigrse, Nous avons caractérisé Donat le Grand dans notre Afrique chrétienne, in-12, Paris, 1904, t. i, p. 341. Cf. A. AudoUent, Carthage romaine, in-8, Paris, 4901, p. 514. (H. L.)
4. Voici quelques passages de cette encyclique qui permettront, mieux que le résumé deHefele, d'en apprécier le ton : u... Nous demandons continuelle* ment dans nos prières, frères bien>aimés, que la sainte Eglise catholique qui appartient au Seigneur soit à l'abri de toutes les dissensions, de tous les schismes et conserve l'unité de l'esprit ainsi que le lien de la charité dans l'orthodoxie de la foi. Il est juste aussi que tous ceux qui invoquent le Seigneur mais surtout nous, évêques préposés aux saintes Églises, nous conservions notre vie immaculée. Nous demandons, en second lieu, que la règle de l'Église, la sainte tradition de nos pères, leurs décisions, restent fermes et inébranlables, et que de nouvelles sectes ou de perverses traditions ne viennent pas jeter le trouble parmi nous, surtout en ce qui concerne l'institution et la destitution des évêques... Quand Athanase vit que plusieurs de ceux qui l'avaient accusé, qui avaient été témoins de ses crimes et qui l'avaient jugé étaient morts, espérant que le souvenir de ses forfaits était obscurci par le temps, il se rendit dans l'Italie et dans la Gaule pour faire re viser la sentence qui l'avait frappé. Jules, l'évêque de Rome, Maximin, Osius et plusieurs autres eurent le tort d'entrer dans ses vues et de faire appel à la bienveillance de l'empereur pour obtenir un concile à Sardique, où la lettre impériale nous donnait rendez-vous. A notre arrivée, nous avons appris qu'Athanase, Marcel, tous les scélérats qui avaient été déposés par sentence conciliaire et condamnés pour leurs crimes, siégeaient et discutaient au milieu de l'Église, eu compagnie d'Osius et de Protogénès,
débute par la prétention favorite des eusébiens à Sardique, de vou« loir que la déposition canonique d'un évêque doit être tenue pour irrévocable. Elle rappelle ensuite que Marcel d'Ancyre, cet exécra« ble hérétique, avait blasphémé le Christ, dont le règne avait eu, d'après lui, un commencement et aurait une fin, le Christ lui-même n'étant devenu l'image de Dieu qu'en se faisant homme. Marcel avait interprété faussement la sainte Ecriture, et professait les erreurs do Sabellius, de Paul de Samosate et de Montan, Le concile de Cons^ tantinople, tenu sous Constantin [en 336], ayant vainement admonesté Marcel, l'avait finalement condamné. Protogénès de Sardique et l'évêque de Syracuse qui avaient signé le jugement rendu contre Marcel, communiquaient maintenant avec lui. Condamné en OrienU Marcel avait cherché fortune à l'étranger ; il y avait trompé les simples. Mais personne ne devait communiquer avec lui ou avec ses pareils.
Et, ce qu'il y a de plus fort, ils célébraient les saints mystères. Protogénès, Tévêque de Sardique, n'avait pas lionte de communier avec l'hérétique Marcel dont, à quatre reprises différentes, il avait, en concile, condamné la secte et les doctrines... A cette vue, nous qui, au nombre de quatre-vingts évêques, étions partis de provinces éloignées et qui nous étions rendus à Sardique au prix de longues marches et de grandes fatigues, nous n'avons pu nous empêcher de verser des larmes. Il était triste, en effet, de voir des évêques s'obsti« nant à garder dans leur communion des hommes que nos pères avaient justement condamnés pour leurs crimes... Ils pensèrent nous effrayer et nous attirer malgré nous à leur communion en nous opposant les lettres impériales. Ils constataient pourtant que le trouble dont souffrait l'Église entière avait pour cause Athanase et Marcel, ces hommes qui font blasphémer le nom da Seigneur par les païens... Quand nous vîmes la marche que prenaient les évéDe« ments nous nous décidâmes à rentrer dans notre pays. Il nous plut aosside vous écrire de Sardique, de vous relater les faits et de vous communiquer notre sentiment. Nous ne pouvons réintégrer dans l'épiscopat Athanase et Marcel qui ont été déposés et condamnés naguère pour leurs blasphèmes contre le Seigneur et leur vie scélérate... Ne pouvant nous écarter de la tradition de nos pères, attendu que l'Eglise ne prétend pas avoir ce droit et qu'elle ne Ta pas reçu de Dieu, nous refusons d'admettre les susdits personnages àTexer* t ci ce des fonctions ecclésiastiques et nous condamnons ceux qui les y admet* tent... Donc, frères bien-aimés, nous vous prescrivons solennellement de 06 pas admettre à votre communion Osius, Protogénès, Athanase, Marcel, Âsdépas, Paul, Jules... Notre concile tout enteir a condamné, selon la règle antique, Jules de Rome, Osius, Protogénès, Gaudence, Maximîn, parce que c'est à eos que Marcel, Athanase et les autres scélérats doivent d'avoir été admis à la cor munion... Il a condamné Jules de Rome comme l'auteur et la cause de tous les maux, attendu que c'est lui qui, le premier, a ouvert la porte de la comnninioD aux scélérat s condamnés et a induit les au très à enfreindre les lois divines« 1 (H. L.)