RFTODR DE SAINT ATHANASE
de déposition. Diverses indien lions corroborent cette conclusion. Outre la vie de saint Maxîmin de Trêves qui désigne Euphratas comme un ne fandissimus episcopus {Acta sanct-, mai, t. vu, p. 21), nous lisons dans le protocole de rassemblée du 12 mai que, au dire de Maximin « le monde entier sait qu' Euphratas a déjà été condamné pîir la bouche du Seigneur ». Valerien d'Auxerre et Amand de Strasbourg ajoutent qu'Eupliratas avait déjà été déposé par cinq évêques. Servais de ïongres dit de son côté Tavoir combattu souvent, en public et en secret, en présence d'Atlianase d'Alexandrie. On ne laisse pas que d'être surpris pu voyant malmener de la sorte en 346 Tévêque désigné deux années plus tôt, en 344, par ses collègues d'Occident, pour les représenter et à qui la cour impériale de Trêves a fait le même honneur. Un tel choix a pu difûciiemenl n'être pas influencé ou même suggéré et ratifié par saint Àihanase lui-même. En moins de deux ans, ce changement radical chez un homme d'âge mûr est déjà bien étrange, mais il l'est plus encore si on considère que d'après le témoignage de Servais de Tongres, Athanase savait à quoi s'en tenir sur l'orthodoxie à huis clos et en public du mandataire des Églises de la Gaule septentrionale. Ces entretiens entre les trois interlocuteurs sont, au reste, grandement sujets à caution. Depuis la fin du concile de Sardique (344) jusqu'à son rappel en Orient (été de 345) saint Athanase séjourna àNisch et à Aquilée, d'où il alla saluer l'empereur Constant avant de reprendre la route d'Alexandrie. La rencontre d'Athanase et de Constant eut lieu vers le priulemps de 346. Nul indice ne permet de dire si elle eut lieu à Trêves ou à Arles, ou à Lyon, o« à Autun, mais elle eut lieu vers le temps où se serait tenu le concile de ('ologne. Dès lors, on ne voit pas comment trouver place pour ces nombreux entreliens entre Athanase séjournant à Aquilée et Euphratas séjournant à Cologne. L'imputation soulevée contre Euphratas : négation de la divinité de Jésus-Chiist, reparaît jusqu'à dix-neuf fois dans le procès- verbal, or cette imputalioii n'emporte rien moins que 1 apostasie. Elle paraît singulièrement grave, mais elle n'est pas une hérésie. L'apostasie est uue rupture qui dispense tremployer les voies judiciaires de la discipline canonique. Par le fait, l'apostat devient étranger à l'Église et sa dépo^^ition n'a pas déraison d'être. Onse trouverait donc en présence d'une pièce aprocr^^phe. Quand et dans quel but aura-t-elle été fabriquée ? La Vita S, Maximini, qui contient le fond de l'histoire, remonte, dans sa rédaction primitive, au deuxième tiers environ du viii« siècle; elle est d'origine tréviroise et sa tendance est avérée à fortifier les prétentions métropolitaines du siège de Trêves et à réduire le siège de Cologne à l'humilité de sa dépendance originelle, f^a date, p(osi) cfonsulatum) Amanta et Albini est correctement indiquée, elle se rapporte bien à l'année 346, elle était d'ailleurs assez répandue sur les épitaphes et assez clairement indiquée dans le livre pascal de Victorius et la chronique de Prosper pour ne pas être une difficulté pour le faussaire qui voulait se la procurer. Restent les adhésions épiscopales. En 1894, Mgr Duchesne estimait que le faussaire avait rédigé sa liste à l'aide des catalogues épiscopaux de la pro- Tince de Sens et de celle de Rouen, dont le témoignage concorde avec celui des actes de Cologne. En 1902, le même érudit a cherché la solution dans la liste des évêques des Gaules qui, peu après le concile de Sardique, adhérèrent aux décisions prises par cette assemblée en faveur de saint Athanase. Cette liste compte trente-quatre noms (S. Athanase, Apologia contra arianos, c. L|
HVRK V
P» G,, t. XXV, col. 338) parmi lesquels on retrouve vingt-deux noms sur les vingt -quatre insérés dans les actes de Cologne. La coïncidence est notable, et ridentification vraisemblable, malgr*é Tomission des titres épiscopaux; Mgr Duché sne « soupçonne que le rédacteur du fau.x concile s'est aidé d'ua^ pièce inconnue, conservée, par exemple, dans un manuscrit de saint Hilaireoii dans quelque collection canonique, et. qu'il y a relevé un certain nombre d« signatures épiscopales de Tannée 346... Ce document inconnu ne pourrait être qu'une pièce collective, conciliaire ou non, signée par un assez grand nombre d'évêques des Gaules, plus spécialement de la Gaule du Nord, par exemple, une adresse envoyée à saint Athanase, ou, ce qui reviendrait au même, une adhésion aux décrets de Sardiqne ». Ces observations ont provoqué l'appari. tion de trois mémoires qui ont pour auteurs : Mgr Monchamp, Pour lauthen' t ici té des actes du concile de Cologne de SiO. dans les Bulletins de l'Académlt royale de Belgique (classe des lettres), 1902, mai, u. 5. p. 245-288 ; K. Hau. quet, dans les Archives belges, 1902, t. iv, p. 140-141; M<«nchamp, Deux réunions conciliaires en Gaule en 3^6 y dans le Bull, de VAcad. roy. de Belgiqm, (classe des lettres) 1905, u. 8, p. 638-658. M. Ha n quet voit dans la liste de Sardiqne le modèle qui a servi à la rédaction de la liste de Cologne. Mgr Monchamp revendique l'authenticité intégrale des actes et explique le parallélisme des listes par l'existence de deux conciles successifs, tenus en Gaule 60 346, et ayant réuni les mêmes évêques. Le premier se serait tenu à Trêves ou à Troyes (avril-mai), le second, quelques jours après, à Cologne. Plusieurs des membres de la première assemblée s*étaieijt dispensés d'assister à la seconde en donnant leur procuration, quelques-uns s'étaient abstenus purement et simplement. De là viendrait qu'on retrouve dans la liste de Cologne vingt-quatre seulement des noms insérés dans celle de saint Athanase, quatorze présents et dix votants par procurateurs. Les positions prises respectivement parles érudits étant telles, D. H. Quentin a abordé la question dans un travail intitulé : Le concile de Cologne de 3^6 et les adhésions gauloises aux lettres synodales de Sardiqne f dans la Revue bénédictine^ 1906, t. xxiii, p. 477-486. Prenant pour base la liste des trente-quatre signatures conservée par saint Athanase, il lui compare les noms de la liste de Cologne ramenés en face des noms correspondants de la première liste. « Une simple inspection des deux listes ainsi disposées fait voir qu'à partir du treizième nom du catalogue athanasien, l'accord, parfait jusque-là entre les deux documents, cesse brusquement et ne se produit plus désormais que de deux en deux noms (sauf exception poor ßty.Ttopivo;, au n. 30)... Le fait que nous révèle la comparaison des deux listes est donc celui-ci : à partir du treizième signataire de la liste d*Âthanase, seuls les porteurs de numéros impairs reparaissent dans la liste de Cologne tandis que tous les porteurs de numéros pairs en sont exclus, Tja constatation n'estpas seulement curieuse \ elle entraîne un double résultat. Tout d'abord, elle oblige à rejeter l'hypothèse du double concile proposé par Mgr Monchamp. On ne s'expliquerait pas, en effet, qu'à partir du treizième évêque inscrit sur 11 liste des membres du premier concile, tous les porteurs de numéros pairs se fussent abstenus de se rendre à la seconde assemblée et eussent même négligé de s'y faire représenter. Une pareille hypothèse serait par trop invraisemblable. En second lieu, nous acquérons la preuve, en quelque sorte matérielle, du rapport qui existe entre la liste d 'Athanase et celle de Cologne. Il est évident,