PHOTIN ET LES PREMIERS CONCILES
tait, dîsait-il, dans le Christ, elle agissait en lui. L'élève de Marcel, Photin, né à Ancyre, et qui, après avoir été longtemps diacre de Marcel, était devenu évêque de Sirmium ^ en Pannonie, développa cette doctrine ; mais il est très difficile de discerner, à cause deTinexactitude des documents originaux, quelle est à proprement parler la doctrine de Marcel et quelle est celle de Photin 2, et en pai'ticulier nous ne connaissons rien de certain sur la doctrine de la Trinité i professée par Photin ^.
catalogue d'hérésies de saint Épiphane. Hœres,^ lxxii, 1. De son activité littéraire entre 346 et 376 011 ne sait rien de précis. S. Jérôme, De vir, illustr,, ixxxvi). A sa mort, il comptait encore de nombreux partisans en Galatie (S. Basile, Epist.y g<îlxvi, 1), sans qu'on puisse savoir à quel point ses idées étaient comprises et suivies. L's/Osa-tç irtŒTStoç (M an si, Concil. ampliss. colLy t. ni, col. 469 ; Marcellianay édit. Rettber^, p. 111; Zahn, op, cit,y p. 91) n'admet qu'une hypostase dans la rpi'a; et est certainement influencée par la doctrine générale de Marcel. Entre la mort d'Athanase et 376, les marcellînlstes d'Ancyre adressèrent à l'évêque égyptien de Diocésarée de Palestine, une confession incluant la doctrine de Nicée, dans laquelle l'influence de Marcel était réduite à fort peu de chose et les termes de Marcel tels que iiXaryo-fAoc et <tu<xtoXtI condamnés. Bref Marcel ne laissa aucun représentant de sa théologie. En 380 environ Da m use condamna» sans nommer Marcel, les idées soutenues jadis parlui, mais déformées par les polémiques. Mansi,o^. cit. y t. m, col. 483 ; Théodoret, Hist, eccles,, 1. V, c. xi. (H. L.)
1. Nous avons essayé, dans la note précédente, de déterminer la théologie de Marcel. (H. L.)
2. Sur Photin : Tillemont, Mém. kist. ecclés,, 1699, t. vi, p. 528-530. 760,765- ^66; Chr. W. F. Walch, Entwarf einer vollständigen Historie der Ketzereien^ Leipzig, 1766, t. in, p. 1-70; Kabricius, Bihlioth. grsecüy édit. Harles, Hamburg, 1804, t. IX, p. 222-226 ; C. R. W. Klose, Geschichte aud Lehre des Marcellus und Photimis, in-8, Hamburg, 1837 ; Th. Zahn, Marcellus von Ancyra^ Gotlia, 1867; A. Harnack, Dogmen geschichtet t. 11, 3^ édit., p. 240; t. iv, p. 16 ; F. Loofs, Die Trinitälslehre Marcells, dans Sitzungsberichte der Berl. Akad.'y Hist'philos, Klasse, 1902, p. 764-781 ; Farlati, Ulyricum sacrum, 1817, t. vn, p. 518-533; Ffoulkes, dans Dict. of christ, biogr, ; M, Larroquanus, Dissertatio duplex : 1^ De Photino hxretico ejusque multiplici damnatione ; '^De Liberio, pontifice romano^ in-8, Genevae, 1670; D. Petau, De Photino hxretico ejusque damnatione in V synodi facta ac de duplici Sirmiensi contra illum synodo et formulis in posteriore editisy dissertatio y in-8, Parisiis, 1636 ; Labbe, Concilia, 1671, t, 11, col. 729-739; P. de Marca, Opusc. variay 1681, p. 463; Sirmond, Opera varia, 1696, t. iv. p. 539-562 : Elenchus diatribse utriiisque de Photino et Sirmiensi synodo ; Zaccaria, Thes. theolog. y 1762, t. ix, p. 515-528 ; Dorn er, Die Lehre von der Person Christi y 2e édit,, t. i, p. 881 sq. ; Baur, Die Lehre von der Dreieinigkeit, t. i, p. 242 sq. ; Loofs, dans Realencyklopadie fur protest, TheoL und Kirche, t. xv, p. 372-374. (H. L.)
3. Nous essaierons de caractériser ici brièvement la doctrine de Photin de Sirmium (aujourd*hui Mitrovi^izJ' près de Peterwardein) . Photin distingua
Au reste ce ne fut pas la doctrine adoptée par Photin sur la Tri* nité qui souleva contre lui le plus violent combat, mais bien sa Christologie '^j dans laquelle il rabaissait le Christ jusqu'à la condition d'un homme que Dieu avait glorifié à cause de ses vertus et qu'il avait adopté pour son Fils. Le Logos avait habité tout particulière. men en lui a cause de sa perfection morale (c'était à proprement parler l'IvspYsia Spaatix-^ qui avait habité dans l'homme Jésus) et avait opéré des miracles par son intermédiaire. Diaprés Marius Mercator, Photin aurait enseigné que le Christ était fils de Joseph et de Marie ^; mais d'après Épiphane, Vigile de Tapse et Cassien, il aurait, de même que Marcel, enseigné la naissance surnaturelle du Christ ^. Nous sommes porté à accepter cette
dans la doctrine trînîtaire, comme son maître Marcel, entre le Logos et le Fils. Il nia l'existence du Logos en Dieu, soutint la pluralité des hypostases et aaticipant sur la terminologie de Nestorius, appela Dieu )^0Y0'rtàTu)ç. Photin tendait à la négation de la personnalité éternelle du Logos et de l'existence de la Trinité dans l'immutabilité de Dieu. Photin se trouvait ainsi plus près du sabel» lianisme que son maître ne l'avait été. Mais inquiet de Tabus qu'on pouvait faire du icXaTUveffQat de Dieu, 1' n extension » divine dont parlait si complaisomment Marcel, il expliquait ce terme, insistant surtout sur Vin divisibilité divine. Du pneuma il faisait une manière de deuxième logos ^ une seconde c extension » analogue à celle qui se manifesta dans le Fils. (H. L.)
1. Dans sa Christologie, Photin dépassait une fois encore son maître en diminuant, plus que celui-ci ne l'avait osé faire, l'élément divin dans la pe^ sonne du Sauveur. On ne pouvait guère manquer de soutenir la divinité du Sauveur quand Marcel s'ingéniait à établir entre les deux natures une uttion indivisible. Avec Photin il n'est plus question de cette étroite intimité^ son Sauveur n'est qu'un homme à qui une eminente vertu a mérité la faveur d'une intimité avec Dieu. Vigile de Tapse, Dialog, contr. arian.^ sahelL, '?\ioX,\ c. IV, P, G*, t. I.XII, col. 182. Photin abandonnait la distinction capitale entre deux aspects du Logos : ôuvajttç et èvspyeta, renonçait à la théorie du TtXawffiw; et la naissance surnaturelle; ainsi son Christ ne différait plus de celui de Paul de Samosate et des ébionites. Zahn, op. cit., p. 189-194. ^H. L.)
2. Marius Mercator, Tilssertatio de daodecim anathem, Nesioriiy édit. Garnie r, p. 16'* ; Baur, Die Lehre der Dreieinigkeit ^ p. 547, note. [En réalité il n'y aurait eu dans cette affirmation qu'une conséquence logique des principes théologiques de Photin. (H. L.)]
3. Saint Épiphane, Hxres.^ lxxii, n. 3, P. G. y t. xlii, col. 385, fait erreur quand il dit que Photin avait admis une transformation de la nature humaine en nature divine. On peut supposer qu'il avait inféré cela du douzième anatbématisme du concile de Sirmium dont voici le texte : « Si quelqu'un entendant ces mots le Logos s'est fait chair , croit que le Logos a été transformé en chair ou qu'il a en prenant la chair ressenti un changement, qu'il soit anathème.» Ce n'était pas la condamnation d'une proposition de Photin, mais une simple réfutation d'un reproche qu'il faisait à la doctrine orthodoxe. (H. L.)