‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 204 sur 403 · DA LB PAPE LIBÈRE ET LA TROISIÈME FORMULE DE SIRMIUM · texte numérisé non relu

DA LB PAPE LIBÈRE ET LA TROISIÈME FORMULE DE SIRMIUM

gl ont surtout invoqué Théodoret, Socrate et Sulpice Sévère, * • mentionnent simplement le retour du pape Libère à Rome, sans

ipr d'une condition qui lui aurait été imposée, ou d^une faiblesse j til se serait rendu coupable^. Saint Äthan ase, au contraire,

1 g^plicitement, et, à plusieurs reprises, d'une faiblesse ou j' ne chute de Libère. 11 dit dans son Bisto/'îa arianorum ad monahns c. XIV : « Libère fut banni, mais deux ans après il « faiblit » r Âotffs)^* souscrivit, par crainte de la mort dont on le menaçait. » Stiltin^ a voulu infirmer la valeur de ce témoignage, en disant que VHistoria arianorum ad monaclios avait été^ si on s'en rapporte à ce qui est dit au chapitre iv, composée du vivant de Léonce le Castrat par conséquent avant la prétendue chute de Libère ^, et que par suite le passage en question n'était qu'une interpolation postérieure ^. C'est en effet exact ^, mais il ne s'ensuit pas que ce passage W] »oit apocryphe et n'ait pas été composé par Athanase lui-même. Athanase écrivit VHistoria avant la chute de Libère, et l'envoya aux moines [de la Thébaide] auxquels elle était destinée. Mais dans la

1. PrsBÎectiones historiœ ecclesiasticx ^ Romae, 1838, t. i, part. 2, p. 94 sq,

2. Les passages qui se rapportent à cette question ont été déjà cités à la note 2 de la page 916.

3.Celiyre contient un résumé de la persécution arienne contre les orthodoxes depuis Tannée 335 jusqu'à l'année 357. Robertson, Select, writings and leiters of Athanasius^ p. 266, voit dans VHistoria arianorum la seconde partie ^tVApologia contra ananas. Le livre a été composé du vivant de Léonce le Castrat et pendant que Georges de Gappadoce exerçait son pouvoir usurpé sur le siège d'Alexandrie. La date de la composition du livre flotte donc entre la fin de 357 et le cpmniejicement de 358. Des dontes ont été soulevas çà et là contre l'authen licite de ce livre, voir la réfutation de A. Eichhorn, Atkanasii de nia ascetica testimonia collecta. Dissertatio theologica^ in- 8, Halle, 1866, p. 57-62. Le récit de la chute de Libère, n, xli, serait une addition postérieure qui doniie lieu à la même controverse que les additions faites à VApologia montra arianos, (H. L.) ^'Masanct., loc. cit., p. 601 sq.

. Les bénédictins de Saint-Maur, éditeurs des Œuvres de S. Athanase, ont

P ^^ûdu (dans leur ^t/momïto kVEpistola ad Serapionem,n xi), que Léonce

Diort à une date postérieure à celle fixée par Socrate [ffist. eccles., II,

^\ Dous ne saurions adopter ce sentiment ; nous croyons bien plutôt avec

oUai)distes que Léonce était mort à l'époque de la chute du pape Libère

4 cqdoxe avait été déjà choisi pour son successeur ; c'est ce que raconte

. . , P^^^itement Sozomène (iv, 15, comparé avec c. xiii et xiv) ; mais s'il en

Do' ^^' ^^^storia arianorum ad monackos a dû nécessairement être com-

, vant la chute du pape Libère, puisque cette chute n'a eu lieu qu après

^^^ d*Antioche réuni par £udoxe.

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suite il demanda et obtint que son manuscrit lui fût rendu ^.Ouf^i temps après, Sérapion, évêque de Thmuis, lui demanda des ren ^ gnements sur l'hérésie d'Arius, sur ses propres malheurs et su l mort d'Arius. Pour répondre aux deux premiers points, Äthan communiqua à son ami YHistoria arianorum ad monachos^ et le satisfaire sur le troisième point, il composa son petit livre Z)e/?jö Arii^. Entre la composition de VHistoria arianorum et son envo' ' Sérapîon, il y a donc un laps de temps pendant lequel s'est produ't l'incident du pape Libère, et c'est ce qui a déterminé saint Athanas à faire à son livre une addition.

Dans un autre de ses écrits [Apologia contraananos^ c. lxxxix) saint Athanase dit encore du pape Libère : « Quoiqu'il n'ait pas supporté jusqu'à la fin les chagrins de l'exil, il est cependant resté deux ans dans l'exil. » C'est certainement commettre une erreur que de vouloir attribuer aux mots : « il n'a pas supporté jusqu'à la fin les chaffrins de l'exil » un autre sens que : « il n'a pas souffert cette épreuve, il n'est pas demeuré complètement inébranlable, » surtout si l'on n'a pas oublié le passage précédent •^. » Stilting fait encore remarquer apropos de ce passage que V Apologia contra arianos avait été composée en 349 *^ c'est-à-dire avant la prétendue chute du pape Libère; aussi, d'après lui, les deux chapitres lxxxix et xc (dans lesquels se trouve le passage en question) ne sont-ils qu'une addition postérieure. Tout cela est vrai, mais cette addition, de même que celle de YHistoria arianorum ad monachosy provient de la plume même de saint Athanase. U Apologia n'est qu'un recueil de morceaux que saint Athanase avait certainement déjà réunis vers Tan 350, mais que, dans la suite, il a développés et complétés; elle lui passa sou-

1. C'est ce qu'il dit dans YEpistola ad monachos sive ad solitarios, n. 3, qm sert en quelque sorte de préface à VHistoria,

2. Voir YEpistola ad Serapionem, n, i, P. G,, t. xxv, col. 680-690. En adreis>dmi VHistoria arianorum à son ami Sérapion, levêque d'Alexandrie lui recommande instamment de ne pas la garder et de n'en point tirer copie. VEpisioW' ad Serapionem appartient à Tannée 358. On a entrepris récemment den s«»' pecter non l'authenticité mais la véracité. Athanase aurait écrit ce récit de mort d'Arius afin d'avilir le parti arien dans la personne de son fondateiif cela au mépris de la vérité. Cette imagination ne repose sur rien ; elle apparî^ donc comme une simple calomnie dont l'auteur est M. O. Seeck, UntersucH gen zur Geschichte des nicanischen Konzils ^ dans Zeitschrift fur Kircheng chichte, Gotha, 1896, t. xvii, p. 33 sq. (H. L.)

3. S. Athanase, Hist, arianor. ad monachos, c, xli, P, G., i, xxv, col. 7* 4 L* Apologia a éié composée aux environs de i*an 350 après le reto

second exil et après la rétractation d'Ursace et Valens. (H. L.)

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les mains, et, de même que V Hisloria arianorum ad mona^ .jSj **^ M jg^ donna à lire d'abord aux moines, et quelque temps après

'' Dion, évêque de Thmuis *. 11 n'existe donc pas de raison suf- * pour déclarer sans valeur, avec Stilting, et récemment Rei-

i. les deux témoignages contre Libère contenus dans les " es de saint Athanase. Ces deux passages nous font voir au

traire que, cédant à l'empereur, Libère a [donné une signature.

, .t.il si^né ? Il est difficile de le dire avec une entière précision].

Saint Hilaii*^ de Poitiers s'exprime à peu près de la même manière saint Athanase dans le ch. xi de son écrit Contra Constantium 'mneratorem : « Je ne sais pas si l'empereur a commis un plus ffrand crime en exilant Libère ou en le renvoyant de nouveau à Rorae"^. » Cette phrase laisse entrevoir que tout ne se passa pas d'une manière irréprochable lors du retour de Libère, et que Constance ne l'autorisa qu'au prix de très dures conditions. Sans doute, d'après Zaccaria et Palma, le passage de saint Hilaire signifierait seulement ceci : Constance a molesté le pape de bien des manières lors du retour de celui-ci ; il ne dirait pas que l'empereur ait voulu contraindre le pape à donner une signature que Libère ne pouvait pasdonner. Saint Hilaire ne parle pas de ces signatures ; mais les termes emphatiques employés dans ce passage impliquent nettement une allusion à un événement connu de tous.

Sozomène raconte que pendant son séjour à Sirmium, l'empereur lit venir Libère, de Bérée à la cour, pour le déterminer à abandonner ro[jLOôu(7ioç ^. Pour y parvenir, l'empereur avait réuni dans un concile, qui fut le troisième de Sirmium, les évêques orientaux du concile d'Ancyre et tous les évêques de cour. Constance fut surtout secondé par trois semi-ariens : Basile d'Ancyre, Eustathe de Sébaste Aijetlileuse de Cyzique. Ils réunirent dans un livre tout ce qui avait cté décrété contre Paul de Samosate et contre Photin de Sirmium, sans oublier le symbole du concile d'Antioche tenu en 341 4. Ils

otttes ces observations ont déjà été faîtes par Papebroch, quia très bien P 18 et exposé la question dans sa dissertation sur saint Àlhanase insé- ^^ ans les Acta sanct, ; Mansi, t. i, Prolog,, p, 186 et cap. xix, n. 220, et *^^» n. 296. t' » '

*er' / ^ "*'*®''^w qui nescio utrum majore inipietate relegaverisy quam remi-

j*g^'^.,t. X, col. 589.

^^^1%'^^^'^^' ^ïs^ eccîes,, 1. IV, c. xv, P. G., t. lxvii, col. 1152, dans l'été

4 A ij ' 6.1»? ' Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln. in-8, Breslau, 1897,

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redirent à Libère que Vb[Looù(jio^ n'était qu'un manteau sepv recouvrir des opinions hérétiques (ainsi que l'avait prouvé l'aff«; ,' Photin) et ils le déterminèrent à adhérer à cet écrit avec o ^ évéques africains. Toutefois Libère jugea nécessaire de déclarer * (c Quiconque n'accorde pas que le Fils est, quant a la sabstanc en tout, semblable au Père, doit être exclu de l'Eglise *, » pr^j.

1, Sur le troisième concile cîe öiriniun), Sczomène aurait eu, d'après L h chesue, Liber pontificahs, 1886, t. i, p. 209, « des documents officiels et de mière main. » J. Turmel, Le pape Lihè/e, dans la Renie catholique des É r ses, 1906, t. iii, p. 603, suit le récit de Suzomène, Libère condamna l'iaoow mais il demanda d'associer à cette condamnation ceux qui refusaient datw' buer au Fils une essence en touf sembl.ible à celle du Père. Il insistait viv ment sur cette profession de foi afin, espérait-il, de démentir lesfamW. répandus sur son compte par les anoméens qui se vantaient de le compter désoruiais au nombre de leurs partisans. Ou fît droit à sa demande d^autantplns volontiers que le concile d'Ancyre dont l*empereur venait d'approuver ks couclusious, s'était, comme nous Pavons vu, énergiquement prononcé coatreli doctrine anoméenne. Libère se croyait couvert par sa restriction mentionnant qu'il entendait par bnmoousie ofioioç ocarà Ttàvra. G. Krüger, Liberius^im JiealencyUopadie fur protesta Theol, undKirckey t. xi, estime qu'on n a aucune bonne raiä»ou de suspecter le récit de Sozomène, quoique isolé. La façon dont (jibère entend.nt rhomoousie, à Toccidentale, semble avoir toujours été ui peu naïve. La troisième formule de Sirmium n'était pas de nature à troubler beaucoup son sens théologique, peut-être un peu ëmoussé, s*il avait ja maii été bien vif. Cette formule n'est pas positivement hérétique, mais le terme ôiaoow; est sacrifié. CependanI, qu'il le comprît ou non, Libère condamnait indirectement Alhanase. Constance ne souhaitait rien de plus da vieil évêque de Rome, il lui rouvrit donc la route du retour. C'est ici que surgit pour Constance m grave embarras. Il avait fait consacrer Félix II évêque de Rome et iiesawil désormais que faire de ce gêneur. Il imagina cet(e combinaison d'associer l'évêque légitime avec l'intrus et de doter Rome de deux évéques exerçant de concert les fonctions épiscopales. Sozomène à qui nous devons ces renseignements ajoute que Félix mourut peu après. C'est inexact. Le LibeîUs frta^ de Faustus et de Marcellin,. praef., n. 2, P, Z., t. xiu, col. 81, nous apprêt que Félix II survécut plus de sept ans. Ce personnage épisodique dansiw toire de larianisme n'est pas un des moins intéressants, mais à un titre oi rent de celui de Lucius d'Antioche et de Parthenius de Lampsaque. Oo»f**

vert sa mémoire d'une belle végétation légendaire d'où il est sorti dû canonisé, cf. Liber pontificalis, édit. L. Duchesne, 1886, t. i, p. cxx«, «*P' pour ce qui a trait à l'épi taphe de la Sylloge centulensis ; Je mêm^j ^a Mélanges d'archéoL et d'hist,, 1898, t. xviii, p. 399; Liber pontif'C(i^^i ,. Mommsen, p. xxix ; F. X. Funk, Kirchen geschichtliche Äbhandh^S^^' Paderborn, 1897, t. i, p. 391, et pour la bibliographie ancienne: U- J^ . rj Répertoire des sources hist. du moyen-âge. Bio-biblio graphie y 1^05, *^' j|^ Constance écrivit aux Romains pour leur faire connaître qu'ils eussent

GoogI

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• g d'Antioche répandait le bruit que Libère et Osius • nt rejeté l'ofxoioyfftoç et adopté Vàyo[Loioç. *^î7 résumant ces renseignements, nous arrivons à établir les points suivants :

io Libère fut appelé au III* concile de Sirmium; 90 Dans ce concile, les doctrines semi-ariennes l'emportèrent sur des anoméens et la seconde formule de Sirmium (inspirée par

les doctrines des anoméens) y fut rejetée;

3» Dans le III* concile de Sirmium, on ne rédigea aucune nouvelle

rofession de foi; mais on renouvela les anciens décrets sur la foi,

nortés par les eusébiens, et, en particulier, un symbole rédigé dans

le concile d'Antioche de 341; le pape Libère fut un des signataires ^;

40 Libère abandonna le mot ojaoouœioç, non qu'il se séparât de l'enseignement orthodoxe, mais parce qu'il voyait dans cette formule un manteau pour couvrir le sabellianisme et le photinianisme ;

5" D'autre part, Libère accentua avec plus d'énergie la doctrine qui tient que le Fils est semblable en tout au Père, même quant à la substance, ce qui, rapproché de la conclusion précédente, prouve que Libère n'a abandonné que la forme du symbole orthodoxe, mais non pas le véritable sens de la foi ; ce que démontrent encore les efforts subséquents du pape en faveur de l'orthodoxie ^;

le passé et à s'accommoder de leurs deux évêques. Ici se place la plaisanterie : c Puisqu'il y a deux factions au cirque ayant chacune sa couleur, chacune aura désormais son évêque. » Mais on s'irrita bientôt, on s'indigna, On réclama : 'Un Dieu, un Christ, un évêque! » Théodoret, JIisl. eccles,^ 1. II, c. xiv, ^- C., t. Lxxxn, col. 1041. Le retour de Libère mît le comble à l'irritation P{>pulaire et Contraignit Félix II à quitter la ville (été de 358). Il y revint cependant peu après, comptant sur Tappui d'une partie du clergé, et chercha à '«Ublirdans la basilique transtibérienne du pape Jules, mais ce fut en vam : •wluation n'était plus tenable. Félix II se résigna à l'obscurité jusqu^à sa ^ört(22 novembre 365). Libellas precum, prsef., 1, 2, />. Z., t. xiii, col. 81. '* ^'^^trait à Rome « en vainqueur», suivant l'expression de saint Jérôme, ^^c., p, i^ ^ j xxviii, col. 683 ; il y vécut huit années encore el s'abstint '«slep aa concile de Rimini. Hefele soutient qu'il y fut invité ; l'invitation Baotns douteuse ; en tous cas elle aura été déclinée, car ä l'Eglise ro- ■ y^ représentée ni par Libère, ni par Félix, ni par aucun légat ». Liber /*««*., édit. L, Duchesne, t. i, p. 209. Voir la lettre de Dama se dans Théo- ^^^wt eccles., I. II, c. xni, et le texte latin dans i>. Z., t. xni, col. 347,

t, Pk'i Wlv *^^^^^' ZTisf. eccles,, 1. IV, c. m, i>. G., t. lxv, col. 517, dit à tort ^ ^J<>ere signa la 2« formule de Sirmium.

^^^*te, BisU eccles., 1. IV, c. xii, P. G., t. lxvii, col. 484 sq.

916 LIVHE V

6^ Libère resta en coniniuiiion avec les évêques signataires co lui du troisième formulaire de Sirmiutn. M*

Saint Jérôme est d'accord avec ces conclusions lorsqu'il ditd sa chronique : Libéria s tœdio ç ictus exilli^ in hœreticam pram suscribens Romam quasi yictor intra^it ^ ; et d'après son Cataln scjnptorum ecclesiasticornm (c. xcvii', Fortunatîen d'Aqmlée ^ condamnable parce que Liberiuni Romanœ urbis episcopum fide ad exilium pergentem^ primus sollicitavit ac fregit^ et aÀ subscriptionem hœreseos compulit ^.

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