‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 207 sur 403 · I^B PAPE LIBÈHE ET LA TROISIÈME FORMULE DE SIRMIUM · texte numérisé non relu

I^B PAPE LIBÈHE ET LA TROISIÈME FORMULE DE SIRMIUM

est

f eile de constater que, dès la première lecture, de graves soup-

s élèvent contre Tauthenticité de ces pièces.

' \o Sozomène dit ^ que l'on répandit sur le pape Libère des calomtendant à faire croire que ce pape avait adopté la doctrine des méens. H est incontestable que l'on a attribué au pape Libère, , ßieme qu'à saint Athanase^ des lettres apocryphes; telle est, par ple^ la correspondance entre Libère et Athanase. Tout le onde admet qu'elle est dépourvue de valeur historique ^, et ce qui . plus important pour nous, telle est encore la lettre du pape f ibère aux évêques orientaux, qui commence par les mots: Studens aci et qui est contenue dans le fragment où se trouvent les trois autres lettres. Nous avons prouvé que cette lettre était bien certainement apocryphe, Baronius lui-même Ta reconnu ^.

Cette démonstration avait déjà été faite par les éditeurs bénédictins des œuvres de saint Hilaire, et par leP, Stilting *. Or, les trois lettres de Libère ont un grand air de ressemblance avec les docu- ' ments apocryphes. Il est incontestable qu'ils proviennent tous également du même auteur, et, suivant l'expression connue, on peut dire qu'ils ont été tirés du même moule. La langue, le style et la manière de procéder sont les mêmes, c'est-à-dire également mauvais dans tous les documents; la langue est un latin barbare qui ne trahit pas seulement uu manque de finesse et d'élégance, mais encore une grande inhabileté et, de plus, une grande pauvreté d'expressions (les mêmes termes et les mêmes phrases reparaissent constamment). Ces défectuosités témoignent que ces lettres ne sauraient venir d'un homme instruit et dont le latin est la langue maternelle. Le style est digne de la langue; les différentes parties du discours se suivent IQ, sans liaison ni transition ^. Mais l'absence de pensée est encore ce qu'il y a de plus saillant dans tous ces documents ; l'auteur n'a guère que deux ou trois phrases qu'il place avec plus ou moins de

1. Sozomène, Hist, eccles., I. IV, c. xv, P. G,, t. lxvii, col. 1149 sq.

^* "^ansi, ConciL ampliss. coll. y t m, col. 219 (document pseiido-isîdorien),

• ^25 (fraude) ; Acta sanct,, septembr. t. vi, col. 625 sq.

l^aronius, Annales, ad ann. 352, appendice. [Le choix de Baronius, au P^mt de \ue de la sévérité et de la compétence de la critique, est au moins ^"J«t à caution. Voir p. 925. dans la note. (H. L.)]

•^- ^.f t. X, col. 689 et les notes. Acta sanct , sept. t. vi, p. 580 ; Tille- ■"^^t. Mém, hist. ecclés,, t. vni; Vie d« S. Atlianase, art. 6'i, note 68.

• î^tilting dit avec raison : Stylus est adolescentis alicujus, linguam latinam '^«5, qui prima prœcepta necdum satis intelligit et certe non satis novity <^Uones suas nitido et claro utcumque sermone exprimera

bonheur, et tout à fait à la manière de ceux qui, par nécessité é ' vent une lettre tous les ans. La platitude et la monotonie dp lettres privées de vie et de sentiment, ne dénotent aucun exerc* de l'imagination, tandis que Libère se trouvait alors dans le malhen et on sait que le malheur sait toujours donner à celui qui ^^ ! atteint, de la chaleur et de Téloquence. Celui qui, de Texil, n'aurait su écrire que des lettres aussi insignifiantes, n'aurait certes tj éprouver de la douleur à vivre loin de sa patrie '^.

Les autres lettres attribuées au pape Libère, offrent toutes U apparences de l'authenticité et présentent un autre caractère: telle est, par exemple, sa lettre à Constance, de même son éloqueat dialogue avec l'empereur et le discours qui nous a été conservé par saint Ambroise dans son troisième livre De virginibus (c. i-m) 2.

2** Les trois lettres de Libère font naître d'autres soupçons contre leur authenticité.

a) Il ^ y est dit que Libère avait député à l'empereur Fortunatien, évéque d'Aquilée, pour lui remettre sa lettre concernant Athanase, etc, Si Constance se trouvait encore à Sirmium, il est surprenant que le pape ait choisi, pour lui porter sa missive, Tévèque d'Aquilée; car Bérée où se trouvait le pape, était moitié plus près de Sirmium que ne l'était Aquilée, et pour aller de Bérée à Aquilée, il fallait passer par Sirmium; si l'empereur se trouvait encore à Rome, Aquilée n'était pas une station intermédiaire entre Bérée et Rome. On peut répondre que Fortunatien avait voulu partager l'exil de Libère à Bérée, d'où le pape l'avait envoyé à l'empereur en qualité de légat 0 laien\ [( mais il n'existe aucune preuve de ce fait. Le faussaire, c'est-à-dire le faux Libère, a probablement parlé de Fortunatien dans sa lettre, pour avoir lu dans saint Jérôme que Fortunatien avait conseillé à Libère de ne pas résister et de signer un symbole arien ; mais saint

1. Après une telle exécution, on ne peut s'empêcher de penser que si, malgfc tout, les lettres sont du pape Libère, celui-ci n'est guère flalté. Kt l'ipauthenticité, nous le répétons, loin d'être démontrée, paraît moins probable q^e l'opinion contraire. (H. L.)

2. c Quoi qu'en dise Hefele, le style des susdites lettres {Pro deifico tmor^ Quia sciOj Non doceo) n'est pas indigue de Libère. Ce qu'on a de lui prou^ qu'il n'était pas uu fin lettré, surtout quand on fait attention que Théodore saint Ambroise ont retouché et poli, l'un le dialogue avec Constance, lautre sermon adressé à Marcelhna« » J. Turmel, Le pape Libère, dans la liev.cO'^ desÉghsei», 1906, t. m, p. 607. (H. L.)

3. L objection soulevée dans ce paragraphe ne saurait être prise au seri (H. L.)

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