‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 208 sur 403 · LB PAPB LIBÈRE ET LA TROISIÈMK FORMULE DE SIRMIUM · texte numérisé non relu

LB PAPB LIBÈRE ET LA TROISIÈMK FORMULE DE SIRMIUM

' Ame n6 dit pas que Fortunatien ait été le chambellan ou le mes-

du P^P^ Libère, ainsi que l'avance notre faussaire. h\ D'après ces trois lettres, après avoir fait tout le possible, après . anathématisé Athanase, souscrit une formule arienne, et conti à la communion avec les ariens, Libère serait resté longtemps obtenir son retour d'exil. Tout cela est bien invraisemblable, tsi l'on se rappelle ce qui était arrivé à Rome, et ce que Tempe-

Y avait promis ; c'est même incroyable ^. A Les trois lettres renferment plusieurs choses inacceptables. La deuxième dit, par exemple : Toute l'Église romaine a condamné Athanase, ainsi que tous les prêtres romains peuvent l'attester, et cette condamnation a même déjà eu lieu depuis longtemps ^. Cette donnée est certainement inexacte et nous avons pu voir que saint Athanase se réjouissait constamment de la protection que Rome lui accordait. En adoptant même la version que l'on trouve dans le pseudo-Libère, qui, au point de vue de la critique, paraît la plus acceptable^ c'est-à-dire en lisant : prias quam ad comitatum sancti imperatoris perçenissem ^, Athanase aurait été anathématisé par l'Église romaine avant que Libère (en 355) eût été appelé à la Cour. C'est une fausseté manifeste, analogue à celle qui se lit dans la lettre Südens paci; aussi Baronius a rejeté, pour ce motif, cette seconde lettre et l'a déclarée apocryphe ^. En outre, le début de cette seconde lettre est si obscur qu'il en est complètement inexplicable, au moins pour ce qui concerne le passage : sola hsec causa fuit, en supposant même qu'il ait jamais eu un sens raisonnable et quelque peu en harmonie avec le reste de la lettre.

Mais c'est surtout la dernière lettre qui fourmille d'inyraisem- Uances; la première phrase Non doceo, sed admoneo^ ne signifie rien; car, dans le fait, la lettre n'est pas un avertissement, elle ne contient que des supplications etiln'y est pas plus question d'instruire ?ue d'admonester. Vient ensuite, on ne sait pourquoi, une citation

^' Nous ne sortons plus du domaine de l'imagination, (H. L.) 2. Dans cette seconde lettre Libère ne dit rien de tel, ni qu'il ait prononcé 'a copdamnation d'Atlianase avant de quitter Rome, cf. D. Constant, dans P, L,^ *•», col. 693; t. VIII, col. 1369; TiUemont, Mém. kist, ecclés,, t. vx, p. 771; Turmel, op. cit., p. 608, note. (H. L.) •Û.Coustant ne tient compte de cette variante que d.ins les notes; son ^ est établi ainsi : prius quam ad comitatum s, imperatoris lit er as orien- ^ ^^stinarem episcoporum ; il a emprunté ce passage à un ms. du P. Sir- \ cf. Stilting, dans Acta sanct,^ sept, l vi, p. 584, n. 43, 44. * baronius, Annales, append., t. m, p. 25.

tirée de saint Paul (/ Corinth., iv, 33) : « Les mauvais disco corrompent les bonnes mœurs, » Cette citation ne signifie rien ' ' Même absence de logique et de bon sens dans la conclusion • Af ad Den m absohi^ vos \>ideritis; si çolueritis me in exilio de fie ère p • D eus judex inter me et vos,

d) Enfin le ton de ces trois lettres est si lamentable et donne * Libère une telle attitude de suppliant vis-à-vis de ses ennemis vue d'obtenir leur intercession auprès de Fempereur, qu'elles sont en contradiction avec son caractère et sa conduite à l'égard de Tetn. pereur, et plus tard, après le concile de Séleucie-Rimini.

Cela dit et vu l'impossibilité de mettre ces lettres en harmonie avec les témoignages de l'histoire, je n'hésite pas à déclarer avec Baronius, Stilting, Pierre Ballerini, Massari et Palma, ces lettres apocryphes, et à y voir l'œuvre de quelque greeculus peu familier avec la langue latine, qui aura voulu prouver que le pape Libère avait embrassé les erreurs des anoméens. Ces faux sont d'autant moins surprenants que les ariens ont fait circuler des lettres apocryphes de saint Athanase, et que, d'après Sozomène, les anoméens de l'Asie prétendaient que Libère avait embrassé leurs doctrines, qu'il avait signé la deuxième formule de Sirmium et rejeté renseignement de rÉglise. Ne pourrait-on pas dire que ces trois lettres ont été le moyen dont ils se sont servis pour propager ces faux bruits ^?

3^ Les remarques et commentaires qui, dans le fragment, accompagnent ces trois lettres, nous paraissent aussi dénués de valeur historique que les lettres elles-mêmes, et nous ne reconnaissons nullement saint Hilairedans le commentateur. On sait que saint Hilaire de Poitiers a composé contre Valens et Ursace un ouvrage contenant une histoire du concile de Rimini ^^ lequel n'est pas parvenu jusqu'à nous, mais qui, d'après D. Constant, comprenait nos quinze fragments édités pour la première fois par Nicolas Faber. Comme [ deux de ces fragments portaient en tête, ou bien à la marge,

1. M J. Turmel, op. cit., p. 608, note, fait observer : « Hefele objecte que les ariens firent circuler de faux bruits tendant à présenter Libère com gagné à la doctrine anoméenne et il conclut que nos lettres peuvent, des o , légitimement être considérées comme l'œuvre des ariens Cette objection se très grave si les susdites lettres mettaient dans la bouche de Libère uülan? 6 anoméen. Mais précisément elles n'en font rien, L*argument de Hefele s tonrne donc contre lui et favorise la thèse de l'authenlicité. » (H. L.)

2. S. Jérôme, CataloguSy s eu de viris illus tribus» in-8, Leipzig, 18^6, P« 48, lu 100.

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