CONCILE DE TYR EN
troduisit le prétendu mort et releva les deux pans de son manteau pour montrer qu'il avait encore ses deux mains ^. La scène qui se produisit est diversement racontée par les historiens ; Socrate dit que Jean Archaph, Tartisan de toute cette intrigue, prit aussitôt la fuite 2 ; d'après Théodoret ^, on accusa Athanase de magie ; enfin, d'après Sozomène *, les ennemis d'Athanase auraient imaginé de nouveaux mensonges pour couvrir leur défaite. Athanase avait, dirent-ils, mis le feu à la maison d'Arsénius, après Tavoir roué de coups, attaché à une colonne et enfermé. Mais Arsénius s'était sauvé par une fenêtre. Son évasion était demeurée secrète et depuis lors il n'avait pas donné signe de vie ; d'où l'on avait conclu, et non sans raison, qu' Athanase avait réussi à le faire brûler.
Tous les historiens s'accordent à dire que l'apparition d'Arsénius souleva un épouvantable tumulte ; loin de rougir de leurs impostu- [466] res, les ennemis d'Athanase vociférèrent et la vie de l'archevêque d'Alexandrie fut un instant en danger.
Si Rufin ^ et Théodoret ^ ont suivi l'ordre chronologique, une autre accusation précéda l'affaire d'Arsénius. On introduisit devant l'assemblée une femme qui déclara qu'Athanase, venu chez elle en visite, entra soudain dans sa chambre pendant la nuit et la viola. Athanase appelé à répondre à cette ascusation entra suivi d'un de ses amis, le prêtre Timothée, qui dit à cette femme: « Est-il vrai que j'ai été chez toi, et que je t'ai violée ? » Elle l'affirma, prouvant ainsi qu'elle ne connaissait même pas Athanase, et l'accusation tomba d'elle-même. Athanase ne voulut pas qu'on en restât là ; il réclama une enquête pour connaître l'auteur de cette accusation. Mais les eusébiens se rejetèrent sur les autres chefs d'accusation '. Cet incident demeure sujet à caution. Saint Athanase n*en dit rien, quoiqu'il eût pu en tirer la preuve éclatante de la perfidie des eusébiens, qu'il s'est plusieurs fois appliqué à mettre en lumière. Les conciles tenus pour ou contre Athanase, après le concile de Tyr, n'en font
1. Théodoret, Hist. eccles.^ 1. I, c. xxviii, />. G., t. lxxxii, col. 985 ; Socrate, Hist. eccles., 1. I, c. xxix, P. G., t. lxvii, col. 160; Sozomène, Hist, eccies., 1. II, c. XXV, P. G., t. LXVII, col. 1004.
2. Socrate, Hist, eccles., 1. I, c. xxx, P. G.y t. lxvii, col. 161.
3. Théodoret, Hist. eccles., 1. I, c. xxviii, P. G., t. lxxxii, col. 985.
4. Sozomène, Hist. eccles.^ 1. II, c. xxv, P. G. y t. lxvii, col, 1004.
5. Rufin, Hist. eccles., 1. I, Ci xvii, P, L.^ t. xxi, col. 489.
6. Théodoret, Hist. eccles., I. I, c. xxviii, P. G., t. lxxxii, col. 985.
7. Rufin, Hist. eccles., 1. ï, c. xvii, P, L.^ t. xxi, col. 490; [Montfaucon, Anim^dvers., ix, P. G., t. xxv, col. clxviii. (H. L.)]
aucune mention, quoiqu'ils aient vu plusieurs fois se renouveler les anciennes accusations. Socrate garde à cet égard le même silence, et c'est Rufin qui semble avoir mis cette anecdote en circulation. Théodoret et Sozomène la lui ont empruntée ^, et ce dernier la fait suivre de cette remarque : « Les actes du concile n'en disent rien. » L'arien Philostorge raconte quelque chose assez semblable au récit de Rufin, mais avec une variante essentielle ; diaprés Philostorge c'est saint Athanase qui dirige cette calomnie contre Eusèbe de Césarée. Athanase, dit Philostorge, introduisit une femme, qui accusa Eusèbe devant le concile de lui avoir fait violence, mais il fut prouvé qu'elle ne connaissait même pas Eusèbe 2,
Cette contradiction entre Rufin et Philostorge porterait à croire m qu*ils ont accueilli un fait controuvé ; mais, abstraction faite de I cette anecdote, les actes du concile nous apprennent que les eusébiens, voyant tous les chefs d'accusation se fondre successivement entre leurs mains, insistèrent pour que Ton instruisît l'afi'aire de Macaire et d'Ischyras ; ils demandèrent qu'une commission nommée par le concile se rendît dans la Maréotide, patrie d'Ischyras, et qu'elle fît un rapport sur le véritable état des choses. Le comte Denys, protecteur officiel du concile, approuva cette résolution ; la pensée des eusébiens était, dit saint Athanase ^, de pouvoir en son absence tirer vengeance de lui, Athanase jugeait superflue l'enquête dans la Maréotide, car l' affaire était simple ; et, dans tous les cas, il était de la stricte justice de faire choix, en qualité de commissaires, de gens impartiaux bien différents de ceux dont les noms commençaient à circuler. Le comte donna raison à Athanase sur ce dernier point *, et il fut décidé que les commissaires seraient désignés en session générale. Mais les eusébiens et les mélétiens s'entendirent pour faire choix des adversaires déclarés d'Athanase, ceux-là mêmes qu'il avait récusés ; ils intriguèrent ensuite auprès des autres membres du concile pour faire ratifier ces choix par l'assemblée ^. La commission se composa de Théognis de Nicée, Maris de Chalcé-
1. Théodoret, Htst. eccîes,, 1. I, c. xxviii, P, G,, t. lxxxii, col. 885 ; Sozomène, Hist, eccles., 1. II, c. xxv, P, G,, t. lxvii, col. 1004.
2. Philostorge, Hist, eccles., I. II, c. xi, P, G,, t. lxv, col. 473.
3. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxii, P. G,, t. xxv, col. 377,