CONCILE DE TYR BN â
doine, Ursace, Valens, Macédonîus et Théodore. On donna aux commissaires une escorte militaire et une lettre de recommandation pour le gouverneur de FÉgypte. La commission voulut emmener Ischyras, l'accusateur de Macaire, tandis que ce dernier resta en prison à Tyr : c'était faire clairement connaître qu'elle partait, non pas pour procéder à une enquête, mais pour favoriser Ischyras. En Egypte, le préfet Philagrius, apostat, seconda la commission de telle sorte que les députés récusèrent les témoignages des prêtres d^Alexandrie et de la Maréotide, témoins oculaires dans Faffaire d'Ischyras ; ils ne permirent pas que ces clercs assistassent à Tenquête et à la rédaction ,des procès-verbaux ; en revanche ils reçurent les dépositions de juifs, de païens et de catéchumènes ces derniers ne pouvaient être bien renseignés, puisqu'il s'agissait d'un fait qui [468] s'était passé dans le sacrarium^ par conséquent dans un endroit dont l'accès leur était interdit. On ne peut être surpris dès lors si ces dépositions se contredisent souvent '^.
Cette flagrante illégalité souleva les protestations du clergé d'Egypte et de la Maréotide, il les adressa aux commissaires, aux Pères assemblés à Tyr, au préfet d'Egypte et à un autre fonctionnaire impérial ^.
Les clercs de la Maréotide déclarèrent qu' <k Ischyras n'avait jamais été prêtre. Il s'était, il est vrai, vanté d* avoir reçu de Colluthus l'ordination sacerdotale » ^ ; mais Colluthus * n'ayant jamais été évéque n'avait pu ordonner des prêtres. En tous cas, Ischyras avait été déjà déposé de son prétendu sacerdoce dans un concile auquel assistait Osius et on l'avait réduit à la communion laïque. Ischyras n'avait jamais eu une église dans la Maréotide, et Athanase ni personne au monde n'avait brisé son calice ou renversé son autel. Eux, clercs de la Maréotide, présents à la visite d'Athanase, pouvaient affirmer la fausseté de tout ce qu*Ischyras rapportait, luimême l'avait du reste déjà avoué. Les commissaires avaient pu apprécier la valeur de ses dires, mais Théognis et les autres ennemis
1. S. Athanase, Apologia contra arianosy c. lxxii, lxxxiii, P. G., t. xxv, col. 377, 396.
2. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxiii, lxxv, P. G,, t. xxv, col. 380, 385.
3. Colluthus était ce schismatique d'Alexandrie que nous avons rencontré p. 369.
4. Les deux lettres du clergé de la Muréolide sont dans saint Athanase, Jpoîogia contra arianos^ c. lxxiv, lxxv, i>. G., t. xxv, col. 381, 385.
664 LIVRE III, CflAPITRE I
d'Athanase avaient engagé des parents d'Ischyras et quelques ariomanes (partisans fanatiques d'Arius) à faire des dépositions dont ils pussent tirer parti. Le préfet Philagrius s'était prêté à ces machinations; il avait par menaces et par force empêché la vérité de se faire jour et soudoyé de faux témoins.
Les évêques égyptiens présents au concile de Tyr dénoncèrent la conduite des eusébiens dans un écrit adressé à tout le concile ; ils établirent l'évidente conspiration contre Athanase *, par le choix inique des commissaires, etc., et ils adjurèrent les autres membres de l'assemblée synodale de ne pas faire cause commune avec les eusébiens ^. Ils envoyèrent au comte Denys une lettre dans le même sens ^, et plus tard, ils lui écrivirent et déclarèrent que, vu les intrigues de leurs ennemis, ils soumettaient leur cause au jugement de l'empereur. Ils firent dans le concile la même déclaration 4. A l'occasion de cet incident, Alexandre de Thessalonique, l'un des
1. Constantin fatigué de tontes ces intrigues ecclésiastiques écrivit une lettre très dure aux évêques réunis au concile de Tyr : « Je ne comprends rien, dit-il à toutes les choses que vous avez décidées dans votre assemblée au milieu de tant d'orages et de troubles. Je crains que la vérité ne disparaisse parmi ces violences... Vous ne nierez pas que je sois un fidèle serviteur de Dieu, puisque c'est grâce au culte que je lui rends que la paix règne sur la terre et que son nom est béni même par les Barbares qui auparavant ignoraient la vérité. Ces Barbares devraient nous servir de modèles, car^ par la crainte qu'ils ont de notre puissance, ils observent la loi de Dieu, tandis que nous, qui professons plutôt que nous n'observons la sainte foi de l'Eglise, on dirait que nous ne faisons jamais que les choses qu'inspirent la haine et la discorde et qui tendent à la ruine du genre humain. » Ce même concile devait inspirer une précieuse protestation conservée par saint Athanase. Elle émanait des évêques de son parti. « De quel droit, écrivaient-ils, ces gens-là (les eusébiens) ont-ils réuni un ci>ncile contre nous ? De quel front peuvent-ils appeler concile cette réunion présidée par un comte ; où des appariteurs de justice étaient présents ; où, à la place des diacres de l'Église, on voyait des gens de police introduire et faire ranger les assistants, où le comte parlait pendant que les évêques se taisaient et se courbaient sous ses paroles ; où ce qui plaisait au commun des évêques était empêché par le magistrat ? Il commandait et des soldats nous faisaient mouvoir... En somme, frères chéris, quelle espèce de concile était-ce là, où la mort et l'exil pouvaient être prononcés contre nous s'il avait plu à César?... S'ils avaient voulu juger en évêques, qu'avaient-ils besoin de comtes et de soldais et des lettres de convocation signées d'un empereur ? » (H. L.)
2. S. Athanase, Apologia contra arianos, c. lxxvii, i>. C, t. xxv, col. 388.