‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 236 sur 403 · CONCILE d'aLEXANDRIE · texte numérisé non relu

CONCILE d'aLEXANDRIE

Libère, et saint Jérôme prétend qu^elles furent adoptées

f seconde affaire dont s'occupa le concile d'Alexandrie fut de

^v un exposé de la doctrine sur le Saint-Esprit : on avait

' ndu diverses erreurs sur ce point^ et on prétendait qu il était

forme à renseignement deNicée et nullement arien de nommer

Saiflt-Esprit une créature. Le concile opposa à ces erreurs la

J'claration suivante : « L'Esprit est de même substance et divinité

le Père et le Fils, et, dans la Trinité, il n'y a absolument rien

, ^j.éé rien qui soit inférieur ni rien de postérieur ^. » Nous

avons par la lettre synodale des Alexandrins à l'Eglise d'Antioche,

flue le concile attachait une telle importance à ce qui concernait la

doctrine sur le Saint-Esprit, qu^il exigea de tous ceux qui voulaient

rentrer dans l'Eglise la condamnation des erreurs exposées plus

haut^

cision qui a obtenu l'appui de l'autorité apostolique. On ne doit pas refuser le pardon à ceux qui, à Rimini, ont agi par ignorance.,. Pour rnoi il me plaît de régler tout avec modération. Je préfère d'autant plus cette ligne de conduite qu'elle a été adoptée par les Egyptien« et les Grecs. On doit donc pardonoer àceuxdont je viens de parler et qui forment le grand nombre. Mais ou doit condamner les auteurs de l'hérésie . ceux qui, par leurs sophismes, ont égaré les esprits simples et jeté un voile s-ur la vérité en confondant les ténèbres avec latérite et la vérité avec les ténèbres,.. » La lettre du p<>pe Sirice à l'évêque Himère mentionne certains « décrets généraux » envoyés par Libère a aux provinces » après le concile de Rimini et destinés à interdire la réitération du baptême conféré par les ariens. Qu'étaient ces c décrets généraux » ? Tillemou t, ^em, Äi^f. ecc/e«., t. VII, p. 257, les identifie a\ec la lettre précédente, Hinschms, /TtrcAenrecAf, t. m, p. 684; Longin, Geschichte der romischen Kir- '^«ßjt.i.p. 485, sont défavorables à celte identifîca lion, que favorise J. Turmel, "/».a, p. 610, notel. (H, L.)]

1. S. Jérôme, Dialog. ady.Liiciferum, c. xx, P, L., t, xxiii, col. 175.

2. Rufîn, Ä^^sf. eccZes., 1. I, c. xxix, P. Z., i. xxi, col. 499. Macédonius de ^onstantinople avait appliqué l'erreur arienne à la troisième pei sonne de la ^fuuté en niant la divinité du Saint-Esprit. Cette erreur n'élait pas nouvelle P^'^ï' saint Athanase, qui en avait écrit à Sérapion de Thmuis en lui faisant

DDaitrela doctrine des macédoniens ou pneumatomaquos. (H. L,)

•bes documents capitaux relatifs à ce concile de 362 sont : 1" le Tomas ad

^^iiochenos (Mansi, op. cit., t. m, col. 347 ; Hardouin, op. cit., 1. 1, col. 731) ;

yettre cciv de saint Basile; S'' la lettre d^Athanase à Ruflnien Aucun de

^CHts ne laisse supposer que le chef de TÉglise de Rome ait eu quelque

^usie concile; il semble même qu'on l'ait tenu à l'écart. C'est ce qui pa-

^sulter de deux observations. Saint Basile dit qu'une lettre d'Athanase

Ppris que les évêques de Macédoine et d'Achaie ont réglé le sort des

1 8 tombés conformément à ce qui a été adopté à Alexandrie. Saint Atha-

Le concile d'Alexandrie s'occupa aussi des mots oùcrta et ùrà Les grecs employaient ce mot Oîroaxaaiç dans un sens que l'ano* langue classique n'avait naturellement pas connu ; ils design - ^ par ce mot les personnes divines. Beaucoup de Latins et aussi ques Grecs soutenaient que les mots oùcia et uTcoarautç étaient nonymes ; dans ce cas, en donnant le nom d'hypostase aux person divines, on aurait enseigné Texistence de trois substances dan 1 Trinité, c'est-à-dire un arîanisme grossier*. Mais, d'un autre côt' ceux qui ne voulaient parler que d'une seule Hypostase pour 1 ' trois personnes furent accusés d'être monarchiens. On traduisait n persona le irpiatoTcov des sabelliens, et le mot latin était donc tenu pou hérétique. Saint Athanase, qui possédait les deux langues, demanda aux uns comme aux autres de donner des explications sur leur foi Elles firent voir qu'on était d'accord pour le fond etchacun demeurant convaincu de la parfaite orthodoxie de son adversaire, on put anathématiser Arius, Sabellius, Paul de Samosate etles autres 2. D'après

nase écrit à Rufînien que les évêques de Grèce, d'Ëf^pagne et de Gaule s'entendent avec ceux du concile de 362 sur la question des évêques tombés. A la date où Athanase écrivit à Basile et à Ruiinien il n'avait donc pas encore de nouvelles de Tattitude qu'on adopterait à Rome. (H, L.)

1. Les Occidentaux, fatigués des querelles des grecs, prétendaient celle fois imposer leur propre terminologie à ces éternels bavards, c'était [kia. yTroarainç. La feuille de Sardique reparut, mais ce ne fut qu'une apparition ; on montra qu'elle était dépourvue d'auïorité. Saint Athanase prit la direction du débat. 11 savait que le malentendu menait d\in sens différent attribué au même mot par les Occidentaux et les Orientaux. Il les fit causer, s'expliquer et toucher du doigt Tobjet du litige. Les latins etles eustathiens d'Antioche prenaient vTOffraffe; (traduit littéralement par substantia) au sens de essentia^ oxxria ; d'où la formule* une hypostasCt c'est-à-dire une seule substance. Les grecs et les mélétiens d'Antioche opposaient y7rö<TTa(7ic à 7rpö<TW7rov des sabelliens, qui ne marquait pas suffisamment le caractère substantiel et subsistant des trois personnes divines. Pour eux, UTrocrratriç devait se traduire littéralement subsistentia^ alors inusité, et la cousubstautialité des trois personnes ouhypostases était sauvegardée par l'expression {/.ta oûcta une seule essence ou substance. L'équivoque une w\f constatée, on s'accorda pour anathématiser Arius, Sabellius et Paul de Samosate, puis chacun garda la terminologie et on b entendit pour garder celle Nicée. Révillout, Le concile de Nicée d'après les textes copies et les âi^ersfs collections canoniques, în-8, Paris, 1899, t. ii, p. 334 sq. (H. L,)

2. Rufin, Hist. eccles., 1. J, c. xxix, P, Z., t. xxi, col. 499; la lettre syßod«« dans Manbi, Concil. ampliss» colL, t. m, col. 350 ; Socrate se trompe lorsq dit, Hist. eccles., 1. 111, c. vu, />. G., t. lxvii, coL 389 sq., que le sy''* ' avait promulgué la décision suivante : « Les expressions uiro<TTa<TJÇ et ou doivent plus, en aucune manière, être employées lorsqu'on parle de Dieu«

Goog

85 • CONCILE d'alexàndrib 967

voire ^^ Nazianze il aurait été décidé que chaque parti pourrait

tinuer à employer la manière de parler jusqu'alors usitée ^.

Tg niêoi® concile s'occupa encore de l'humanité du Christ; les

ines envoyés par Apollinaire avaient probablement occasionné

»discussion à ce sujet ^. Les deux partis expliquèrent en détail leur

anière de voir sur ce point, et reconnurent qu'en s'incarnant, le

Verbe de Dieu était réellement devenu homme, c'est-à-dire qu'il

ü'avaitpas seulement pris un corps humain, mais aussi une âmehu-

maine^. On voit que les apoUinaristes avaient abandonné ou caché

leurs véritables sentiments, et avaient échappé au piège qui leur

était tendu, en se retranchant dans une distinction entre le mot

j^u^i] et le mot xvcDixa.

Avant de se séparer, le concile envoya à Antioche Eusèbe de Verceil et Astère de Petra, pour essayer de mettre fin au schisme 1 entre les mélétiens et les euatathiens* Le concile adressa par la meine occasion sa fameuse lettre synodale aux fidèles d'Antioche. Cette lettre probablement composée par saint Athanase, est insérée dans ses œuvres sous le titre de Tomus ad Antiochenos ^. Quelques doutes se sont élevés sur son authenticité, par suite de la manière dont l'adresse est conçue» Il y est dit, en effet, qu'elle a été écrite par Athanase, Eusèbe, Astère, etc., et presque immédiatement après on voit qu'Eusèbe et Astère sont encore nommés avec d'autres personnages comme étant du nombre de ceux à qui la lettre est adressée. Ces contradictions apparentes s'expliquent par ce fait que le ro7?ztt3 était une lettre synodale qu'Eusèbe et Astère avaient contribué à rédiger, et contenait en même temps des instructions dont Eusèbe et Astère devaient se servir pour annver à la réconciliation Jes clirétiens d'Antioche ^.

Al'arrivéed'Eusèbe à Antioche, Lucifer de Cagliarî avait déjà fait «noix d'un évèque eu stat bien. C'était le prêtre Paulin, signataire de la lettre du concile d'Alexandrie : son élévation sur le siège épisco- P*l avait rendu impossible l'aplanissement des difficultés pendan- ^^s a Antioche. Il arriva en même temps que, Lucifer, par un zèle

^' S. Grégoire de Nazianze, Orat.j xxi, P. 6?., t. xxxv, col. 1102 sq.

^- Mansi, Cohc, ampliss. coli , t. m, col. 354.

|- ^<^ntus ad Antiochenos, 3, 1,P. G., U xxvi, col. 800, 80'i. ^ '^' ^.>t. XXVI, col. 793-810 ; Mansi, ConciL ampliss. coll., t. m, col. 346 : ^*fdouin, ColL concil , t. i, i oU 730 ; Coleti, Concilia, t ii, col. 937 ; Labbe,

•^"^^^ t. n. col. 97, 808-820 ; Conc, regid^ t. m, col. 206. (H. L.) • ^' CeiiUer, Hist génér. aut, ecclés.^ t. v, p. 591,

exagéré, rejeta les mesures d'indulgence prises au concile d'Ale drie contre les ariens qui revenaient àlafoi orthodoxe *. H romu'ti" communion avec Eusèbe, Athanase et leurs amis, et causa un^ n veau schisme appelé schisme des lucifériens. Malgré ces incide regrettables, les conciles d'Alexandrie, des Gaules, d'Espagne H Grèce et ailleurs, produisirent un très grand bien : car des cent ' nés d'évêques qui, sans être véritablement ariens, avaient faiblesse ou par l'efFet des ruses de leurs adversaires, embrassé! cause des hérétiques, revinrent à TEglise et jurèrent sur ce qu'ils a de plus sacré, qu'ils ne s'étaient jamais rendu compte du seml7V hérétique du symbole de Rimini (ou, pour mieux parler, du symbole de Nikè), et qu'ils étaient innocents des blasphèmes que ce symbole contenait au sujet du Fils ^,

En Occident se firent surtout sentir les salutaires effets de cette série de conciles ; l'arianisme disparut presque complètement de ces contrées. Parmi les Grecs on vit un nombre infini de conversions tellement que, bientôt après, Athanase pouvait dire que la foi deNicée était, en général, celle du monde chrétien tout entier ^. Cependant un groupe d'ariens obstinés semaintinten Orient protégé par Julien l'Apostat, qui avait vu ou soupçonné la secrète parenté existant entre l'arianisme logique et le paganisme. Julien accorda en particulier sa faveur à Aétius, le che! des anoméens, et lui fit cadeau d'un bien-fonds à Mitylène ^. Les ariens proprement dits se réunirent

1. Lucifer de Cagliari, De non parce ndo in Deum delinquentibus, P. X., t. XIII, col. 935 sq. (H. L.)

2. S. Augustin, De agone chnsttanOy c. xxx, P, L ^ i. xl, coL 307.

3. S, Athanase, De fide ad Jovianum imperatorem, c. ii, P. G., t. xxvi, col. 816 sq.

4. Julien rappela de Pampliyiie l'évêque Aétius à l'égard duquel ii afFecti des déujoustraUuns extraordinaires. Le césar Gailus avait eu, comme Julien lui>niéme, des rapporls personnels avec Aétius pendant son séjour en Asie (cf. P. Allard, Julien i Apostat, t. i, p. 312, 314) ; mais probablement que l'empereur avait un auUe motif de témoigner tant d'intérêt à celui dont il compta» taire un instrument de sa politique. Au mois de janvier 362 il lui écrivit J i t^^ décret commun à tous ceux qui ont été bannis par le bienlieureux Conî'taDce cause de la folie des Galiléens, les a relevés de leur exil« Pour toi, je »« ^ borne pas à t'en relever, mais, me souvenant de notre ancienne conuaissaD et de notre liaibon, je t'inviie à te rendre près de nous. Tu te serviras «e poste publique jusqu'à mon armée, avec un cheval de renfort. » La suscrip de la lettre . 'louXcavoç 'Aertm eirttDcoTuw, pourrait bien être l'œuvre d ^"^ premiers éditeurs de la correspondance. Philosturge, Hist, eccles.y i- ^'^' . P. G., l, Lxv, col. 544, rapporte que Julien fit présent à Aétius d'un^^"^

Googl i

85' CONCILE D*ÀLEXÀNDRIE 969

• en plusieurs conciles, en particulier dans un concile d'Antio-

\ oresidé par Euzoïus, évêque arien de cette ville ; ils déclarèrent

jje valeur la sentence de déposition prononcée contre Aétius,

le concile de Constantinople, tenu en 360. Il annulèrent en tre le d^l^^ ^® ^^^ mois donné à Constantinople aux partisans j'Aétius. Celui-ci et plusieurs de ses partisans furent alors sacrés ' 'aues ^. A côté d'Aétius et d'Eunomius, les coryphées du parti taieflt Euzoïus d'Antioche, Léonce de Tripoli, Théodule de Chaïatopoi Serras, Théophile et Héliodore de Libye. Eudoxe de Constautinople, quoique protecteur du parti d'Aétius, n'osa jamais se déclarer ouvertement partisan des doctrines qu'il professait 2.

dans nie de Lesbos. Vers le même temps Julien écrivait à l'hérésiarque Photin le déclarant « bien près d'être sauvé » et le louant « d'avoir nié que celui qu'on avait cru Dieu ail pu prendre chair dans le sein d'une femme », (H, L.) 1, Philostorge, Hist. eccles.y 1. VII, c. vi, P. G., t. lxv, coi. Ö41 sq. 2.îd,y 1. VII, c. V, P, G,, t. LXV, col. 541 sq. Le contre coup du concile de 362 ne se lit pas attendre. Julien escomptait le désordre que provoquerait le retour d*Alhanase et celui-ci avait repris tranquillement ie gouvernement de ton Église et ia pacification de la chrélienlé. Julien^ déçu dans son attente, osa essayer api es coup d'exclure d'Athanase de l'amnistie. Pour un tel abus de pouvoir il invoquait deux raisons. L'une était qu'Atbanase avait été banni par plusieurs sentences et soumis à des peines qu'il n'avait pas purgées ; dès lors son cas n'était pas assimilable à celui des autres évéques et réglé par Inédit. L'autre raison était que le retour dans leurs foyers avait été permis aux prélats exilés, mais sans la reprise des fonctions épiscopales. C^était contredire étrangement les promesses du début du règne, s immisçant dans le gouvernement intérieur des Églises. La menace qui pesait ainsi sur tous les évéques «appesantit sur Athanase. Voici le texte de l'édit qui le concernait: c 11 con- «aait qu'un homme frappé souvent par les ordonnances royales, et atteint par lek sentences de plusieurs empereurs, attendît un édit pour rentrer dans ses 'Oyers au heu de pousser l'audace et la folie jusqu'à se moquer des lois comme nielles n'existaient pas. Nous avions récemment permis aux Galiléens exilés f*^ le bienheureux Constance, non le retour dans leurs Églises, mais seule- "^«iit le retour dans leurs foyers. J'apprends cependant que l'audacieux Atha^ ■"e, emporté par sa fougue accoutumée, a repris ce qu'ils appellent le trône Pseopal (tou Xs^ofiévou irap'aÙToïç èictoxoicY^ç Ôpovou) et que cela n'est pas médio* liaient insupportable au peuple religieux d'Alexandrie. C'est pourquoi nous ^*gnifions de sortir de la ville dès le jour où il aura reçu les lettres de ' Clémence ; s'il rebte à Tintérieur de la ville nous prononcerons contre ^* peines plus fortes et plus rigouieuses.:» Le concile s'était, auplustard^ *u printemps, Védit aux Alexandrins est du mois de mars. La date d*oc- ^ est adoptée par Rôdes, Geschichte der Réaction Kaiser Julians gegen die P ^ A'ircÄe, p, ÖO, tandis que Schwarz, De vita et scriptisy p. 38, et *^*^d, Julien l'Apostat, t. n, p. 300, le datent de la fin de mars. (H. L.J

LIVRB V

Page 1