Act., n
^' Act., vni, 38.
^' Act,, X, 1 sq.
^' Act., X, 46.
^' Act., XI, 19.
'• Act., XI, 20.
^' Gai., II, 11 sq.
^^GaL, II, 3-5; Act., xvi, 3.
jours *, comme une herbe tenace dont la racine n*apu être entièrement lirpée. Mais la circoncision, en l'espèce, n'était que la formule portative H* conflit doctrinal dans lequel se résumait alors le problème de la destin' du christianisme»
Ce problème consistait à savoir si le christianisme serait, ou non la r ligion universelle. Par la vérité de son principe, le judaïsme était une re ligion divine que Tinterprétation inintelligente et Texclusivisme sectair ravalaient au point de n'être guère plus qu'une secte. L'entourage immédiat de Jésus comprenait certains hommes très pieux et très considérés qui partageaient les passions exclusivistes des juifs pieux. Ils ne concevaient ni la possibilité ni l'opportunité d'un changement dans ce qui existait L'observation minutieuse de la Loi leur semblait la condition essentielle de la foi chrétienne. Une telle manière de voir devait soulever de graves difficultés. Les fidèles venus de la Gentilité ne seraient-ils incorporés au christianisme qu'après s'être soumis aux prescriptions judaïques et à la plus humiliante de toutes : la circoncision? La question s'était posée antérieurementdans laSynagogue à l'occasion des prosélytes. Tandis que les rigoristes avaient réclamé qu'on imposât la circoncision, les libéraux Favaient déconseillée et omise. Lorsqu'il s'agissait de la Synagogue, la décision importait, somme toute, assez peu ; parce que la Loi mosaïque étant essentiellement restrictive, son but est d'isoler et de distinguer, non de conquérir et d'universaliser, ce qui est le but de l'Eglise, Dès lors l'Église devait avoir une conduite adaptée à sa mission de conquérir tousUs peuples sans exclusion, ni séparation, ni distinction.
L'exclusivisme juif se maintenait à l'aide d'une triple barricade qui rendait l'affiliation au judaïsme illusoire quand elle n'était pas absolument im* praticable. Cette triple barrière c'était la circoncision, l'interdiction des mariages mixtes et la distinction entre viandes permises et viandes défendues. L'observation stricte de ces principes plaçait l'individu qui s'y soumettait dans un état de quasi séquestration à l'égard du reste de l'iiumanité. Il s'agissait de dire si le christianisme ne se proposait rien de plus et rien de mieux. S'il formait un souhait difierent, comment s'y prendrait-il pour le réaliser ? Le bon sens supérieur de l'apôtre Paul lui avait fait voir la conduite à tenir et le but à atteindre. Les atermoiements n'étaient pas son fait. Pendant son séjour à Antioche, parmi les paieos,il les avait accueillis et incorporés à l'Église. Celte conduite n'avait guère de partisans à Jérusalem, ou bien si elle avait des partisans ils comptaient peu. Le Sénat apostolique se tenait en défiance contre la généralisation d'une mesure individuelle consentie par Pierre en faveur du centurion Corneille. La brusquerie avec laquelle Paul avait résolu la question dans un sens favorable à la gentilité et les allures de l'Église ainsi recrutée
1. Jusque dans cette Église de Galatie, la création exclusive de l'apôtre Gentils, le fruit de son travail et de sa doctrine.
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isaieot appréhender que cette invasion torrentielle des païens ne rompît -digues dressées par les observances judaïques dont ces païens seraient
jpptés. Dans ce péril on se cramponnait anx trois observances essenvlles et surtout à la circoncision, la plus caractéristique de toutes. Son aintien devait prouver que le privilège d'Abraham demeurait intact et ^jje dans l'Église comme jadis dans la Synagogue, les gentils n'auraient ccès au royaume de Dieu qu*à la condition de se faire juifs avant de jgvenir chrétiens. Le christianisme ne serait donc jamais, lui aussi, qu'une llgion nationale. Au point de vue théologique c'était plus grave encore : il s'agissait de savoir si le salut était attaché aux œuvres de la loi ou à la grâce de Jésus-Christ.
Coup sur coup, le conflit demeuré latent éclate sur trois points : à Jérusalem, à Antioche, en Galatie. Les mêmes personnages ou — pour parler avec plus de précision — les mêmes partis s*y trouvent aux prises. Dès les premières années du christianisme, l'Eglise de Jérusalem avait été troublée, mais à la surface seulement, par la mésintelligence régnant entre Juifs palestiniens et Juifs hellénistes. Une concession avait suffi à ramener l'accord. Mais aucune concession, aucun accord n'était possible entre Juifs et incirconcis et personne ne songeait à chercher un terrain d'entente ; on s'employait plutôt à l'occasion à hausser les barrières qui isolaient Israël du reste du monde. Et cette séparation n'était pas le résultat de la rancune pour les avanies prodiguées, de l'appréhension des moqueries cinglantes à l'adresse du Judseus Apella, delà répugnance pour la dépravation païenne; c'était le témoignage d'inviolable fidélité aux prescriptions légales, à l'isolement qu'elles imposent, c'était pour tout dire d*un mot une obligation religieuse»
Ce sentiment n'est pas également impérieux dans tous les Juifs. Ceux delà « Dispersion », constamment en rapports avec les païens, traitent aveceux et, loin de les éviter, les recherchent. Aussi ces frères dégénérés font-ils horreur aux intransigeants. Ceux-ci, Juifs palestiniens, ont liypertrophié au-dedans d'eux-mêmes le sentiment exclus iviste dont leurs frères se sont allègrement déchargés, La popularité dont jouissait le parti pharisien s'explique par l'attitude prise à l'égard des étrangers et ces mêmes pharisiens se sentaient à l'aise parmi les fidèles dont ils éciiauff'aient le zèle en faveur des observances judaïques. Ce sont des pharisiens convertis qui insisteront le plus énergiquement dès que sera soulevée la question de la circoncision obligatoire et préalable à Taffiliation chrétienne. C'est par l'iniluence des pharisiens que s'explique également la régularité des fidèles à prendre part aux cérémonies du Temple ^eur exactitude à suivre les exercices religieux du judaïsme, leur attache- ^^nk l'observation intégrale de tous les préceptes de la Loi. A ces ^ß^uts, les Galiiéens de Jérusalem étaient de bonnes gens, pieux sim- ^l^s et doux, dont l'unique singularité était cette ardente foi en Jésus, ^î'ielle les exposait à quelques avanies. Ces hommes excellents, vivant
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retirés, recrutant leurs partisans dans la petite société séquestrée do ils faisaient partie, ne soupçonnaient pas rimminence des graves décisio qu'ils allaient être appelés à prendre. Dans leur pensée, l'admission ri centurion Corneille ne constituait pas un précédent, n'engageait m l'avenir l. Saint Pierre lui-même n'a introduit Corneille dans TÉgUse que sur Tordre formel de Dieu et il semble croire que pareil fait ne se repré. sentera plus à lavenir, quoique, à ses yeux, la règle soit posée: «Je comprends, dit-il : Dieu ne fait pas acception de personne, mais, en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice, lui est agréable 2. »
L'émotion qui ébranla les frères de Jérusalem à la nouvelle de l'introduction d'un gentil dans l'Eglise nous permet de comprendre la hauteur et l'épaisseur de ce qu'on appelait le mur de séparation^ fi6<x<5TO(xov 3 dressé entre Juifs et Gentils. Malgré sa prééminence reconnue \ Pierre fut contraint de justifier sa conduite en cette circonstance et ce simple incident nous en dit beaucoup sur les ménagements auxquels le chef des apôtres fut obligé désormais à l'égard de ses collègues. La charité sans borne et l'esprit universaliste de Jésus étaient-ils donc victorieux? Pour rinstant peut-être ^, mais Tincident vidé, la surprise du moment passée, le groupe exclusiviste se ressaisit. Ebranlé et séduit par la parole et le récit de Pierre, il se reformait non moins intolérant que par le passé et prenant ses inspirations auprès de l'apôtre Jacques Obliam, L'attitude et le rôle de celui-ci semblent avoir été trop précisés. On a constate chez lui une tendance qu'on s'est hâté de transformer en action ; ce contemplatif doux et inoffensif a été représenté comme un chef de parti. Les textes ne disent et n'autorisent à croire rien de semblable. Les Actes et VÉpitre aux Galates ne nous montrent ni Pierre, ni Jacques, ni le sénat apostolique s 'insurgeant contre l'admission en masse des Gentils dans l'Eglise et la dispense, à eux accordée, des observances légales. Les Actes marquent discrètement que le mouvement offensif était l'ouvrage de gens qu'ils désignent d'une manière vague : tiveç, certains 6. Saint Paul n'est pas moins attentif à distinguer les apôtres des faux-frères, ces brouillons qui le harcèlent et qu'il rudoie de son mieux. Les seuls dont il fasse cas, sont ceux qui « sont en autorité » et auxquels il expose « l'Évangile qud annonce parmi les Gentils » '. Ce qu'il leur en disait, au reste, n'était