Epist.t vin, 1 ; XX
CHRONOî.OGIE DES CONCILES DE CARTHAGE 1095
Aèrent à un sous-diacre nornmé Crémenlius, qui rentrait en Afrique, deux lettres. 1^'une était adressée à Gyprien à qui elle annonçait le martyre du oap6 j l'autre était une sorte de lettre anonyme ; elle ne portait ni adresse ni signatures, mais son contenu indiquait assez qu'elle était destinée au jgf^é de Carthage par le clergé de Rome. Toutes furent remises à Gyprien. La seconde l'indigna. On y parlait au clergé de Carthage comme g'il ne se trouvait plus sous l'obéissance de son évêque. «Nous avons jppris, y lisait-on entre autres choses, que le saint pape Gyprien s'est reliré. On nous assure qu'il a fait sagement, étant un personnage en vue, persona insignis. » Et sans transition on citait la parabole du Bon Pas- ^gur (Fabien) qui meurt pour son troupeau, opposé au mercenaire (Gyprien) qui Tabandonne à l'approche du loup. En si belle veine on ne s'arrêtait plus. On déplorait la chute de quelques fidèles à Rome, ce qu'on expliquait parce qu'ils étaient des personnages en vue, quod essent insignes personae. L'allusion était plus que déplacée, mais le clergé de Rome se croyait le droit de tout dire. Il passait là-dessus à son propre éloge, exaltait le zèle avec lequel il luttait contre les difficultés que faisait surgir la persécution et finissait par se proposer comme exemple au clergé de Carthage.
Gyprien répondit aussitôt. Il accusa réception de la nouvelle de lamort de Fabien dont le martyre couvrait de gloire son Église et son clergé. Quant à la seconde lettre, il aflecta de ne pas s'étonner d'une pareille outrecuidance et de ne pas se douter d'où pouvait sortir un pareil morceau : «J'ai lu, disait-il, une autre lettre sans adresse ni signatures. L'écriture, le contenu, le papier même m'ont un peu étonné. Peut-être y a-t-on retranché on changé quelque chose. Je vous la renvoie telle quelle afin que vous voyiez si c'est bien celle que vous avez remise au sous-diacre Grémentius i. »
L'importance qu'avait pour Gyprien le concours de l'Église de Rome l'engagea dans une autre démarche. Il envoya au clergé romain une collection de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diacres, aux confesseurs et à diverses personnes de son Église ^. Ces documents étaient dénature à convaincre ceux qui les liraient que l'évêque de Carthage n^étaitpas tel qu'on l'avait représenté. Le clergé de Rome, un peu morfondu d'avoir été si loin sur des racontars, saisit l'occasion qui lui était offerte de se montrer impartial et éclairé. 11 approuva la conduite de Gyprien, donna congé au rédacteur de la lettre offensante dont on vient de lire quelques lignes et chargea Novatien du service de la correspondance entre les prêtres de Rome et l'évêque de Carthage.
Rien ne pouvait alors être plus agréable à Gyprien qui eut à lutter toute