CONCILE DE CONSTANTINOPLE
patriarche de la vie religieuse, saint Antoine, écrivit aussi plusieurs fois dans ce sens à Temperenr, qui le tenait en très haute estime. Constantin ne se laissa pas persuader ; il répondit non sans quelgue aigreur aux Alexandrins, ordonna aux clercs et aux vierges consacrées à Dieu de se tenir tranquilles et assura qu'il ne consentirait pas à rappeler Athanase, qui n'était qu'un brouillon condamné par une sentence ecclésiastique ; il écrivit à saint Antoine qu'il était impossible que tant et de si sages évêques eussent porté une injuste sentence, qu'Athanase, impérieux et orgueilleux, portait la peine de la désunion et de la discorde. Sozomène ajoute : « Les adversaires d'Athanase insistaient sur ce dernier point, sachant qu'aux yeux de Constantin le plus grand crime était de troubler la paix de rÉglise^. »
1. Sozomène, Hist. eccles,^ 1. IJ, c. xxxi, P. G , i i.xvii, col. 1025. M. P. Allard, Le christianisme et l'empire romain de Né/ on à Théodose^ in- 8, Paris, 1897, p 182, tire d'indications du genre de celle de Sozomène une psychologie de Constantin qui nous paraît singulièrement bienveillante en ce qui concerne les sentiments de l'empereur à l'égard de l'Eglise chrétienne qu'il aurait « toujours passionnément aimée. Un sens catholique très remarquable et qui en une certaine mesure compensait ou corrige^iit ses erreurs, lui faisait haïr ddus l'Église jusqu'à l'ombré d'une division. L'unité, tel lui semblait en être le caractère divin. S'il oublia plus d'une fois la tolérance religieuse, ce fut à l'occasion de chrétiens jugés rebelles à cette unité. Respectant l'existence du culte païen, qu'il injurie parfois, qu'il gêne même dans cert«nns de ses actes, mais dont il garantit au moins les libertés essentielles, il réserve ses rigueurs aux hérétiques ou à ceux qu'il estime tels. li^les poursuit moins encore pour exécuter à leur égard les décisions des conciles que pour se contenter soi-même et remplir la mission dont il se croit investi. De là, en plus de nombreuses mesures de détail, une loi générale de 331, interdisant les sectes de toute dénomination, proscrivant leurs livres, bannissant leurs chefs, confisquant leurs églises et défendant leurs assemblées ». Cette psychologie semble par trop simpliste : Constantin considérait le christianisme comme une puissance, il le rattachait aux forces politiques et entendait lui faire rendre son maximum d'effet pacificateur dans l'État. Quant aux destinées et à l'intégrité de l'Église catholique, il s y intéressait sans doute, mais simplement parce qu'il avait pour ainsi dire pris à ferme la gérance du catholicisme pour l^incorporer à l'empire, t^ est ce qui explique son horreur et sa brutalité à l'égard des sectes hérétiques et dissidentes. 11 savait qu'il pouvait, à force de vigueur, maîtriser l'Eglise étroitement unie et la faire avancer dans la direction voulue par lui, mais A eparpillement des sectes lui échapperait et il les maltraitait avec le même arbitraire et la même arrière-pensée peut-être qu'il maltraitait l'évêque Athaûase, non moins dangereux qu'elles, puisque celui-ci voula.t soustraire en bloc *t empereur ce que les sectes lui dérobaient en détail. A 1 égard des sectes, P«s plus qu'à l'égard d'Athanase, Constantin ne gardait de mesure. Il s'attri-
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A Alexandrie, deux partis étaient en présence : celui d'Athanase et celui des mélétiens dirigé par Jean Archaph. Celui-ci ambitionnait le siège d'Alexandrie et se montrait si remuant que Constantin, sans égard pour tout ce qu'on put lui dire, Tenvoya en exil ^. Constantin s'opposait par-dessus tout à la multiplication des sectes dans le christianisme '^. A la date où nous nous trouvons, les ariens ne formaient pas encore des communautés distinctes de l'Eglise, pas plus à Alexandrie qu'ailleurs ^.
Paul, évêque de Constantinople, successeur d'Alexandre * , a qui les ariens n'avaient pu venir à bout de faire succéder Macédoniusle futur hérésiarque, Paul fut exilé par Constantin et relégué dans le Pont ^. On lui reprochait son installation sans le concours d'Eusèbe de Nicomédie et de Théodore d'Héraclée qui revendiquaient le droit de sacrer l'évêque de Byzance ^, Sa moralité ne fut pas à Fabri des soupçons injustes. Socrate et Sozomène placent Texil de Paul sous Constance ; ils confondent le premier et le second exil ; la chronologie de saint Athanase est préférable sur ce point '^.
52, Baptême et mort de Constantin, retour de saint Athanase de son premier exil.
Vers Tépoque de la fête de Pâques de l'année 337, Constantin se sentit malade et, pour se remettre, il se rendit aux bains deNicomé-
buait le droit de supprimer les unes et de se débarrasser de Tautre. Car il ne faut pas faire de Constantin une âme sensible : il était homme à tout faire. Assassin de son fils Cri s pu s et de sa femme Fausta, nous doutons qu'il ail eu pour la vie d'Athanase la sollicitude dont Constantin le jeune lui fait honneur. L'exil d'un Egyptien dans la Germanie pourrait bien avoir été le résultat d'un calcul que la robuste santé de l'évêque et la prompte mort de l'empereur déjouèrent. (H, L.;
1. Sozomène, Jïist, eccles,, 1. II, c. xxxi, P. G., t. lxvii, col. 1025.
2. Relire les édits de 313 et de 323, Cod, tkeod.^ 1. XVI, tit. ii, leg. 5. (H. L.)
3. Sozomène, Hist. eccles,^ 1. H, c. xxxii, P. G., t. lxvii, col. 1025.
4. Mort à la fin d'août 336, TiUemont, op. cit.^ t. vu, p. 37, 657. (H. L.)
5. Fin de l'année 3o6. S, Athanase, HisU arian.y c. vu, P. C, t. xxv, col. 701; Socrate, Hist. eccles.^ 1. II, c. vi, vu, P. G., t. lxvii, col. 192 sq. ; Sozomène, Hist, eccles., 1. III, c. m, iv, P. G., t. lxvii, col. 1037 sq. (H. L.)
6. La revendication de l'évêque d'Héraclée en ïhrace était fondée, celle de l'évêque de Nicomédie ne l'était pas.
7. S. Athanase, Hist. arianor. ad monachoSy c. vu, P G,, t. xxv, col. 701.