Epist.f Lxxi, 2 ; lxxiv
CHRONOLOGIE DIÎS CONÇU ES DE CAHTHAGFS 1109
-'avaient jamais reçu que riuiLiaüon IiérëLique et la question qui se -osait à leur égard était de trouver le moyen pratique de les agréger à l'Église 1.
Deux solutions furent adoptées. Certains évêques assimilèrent les hérétiques aux gentils et aux nouveau-nés et exigèrent d'eux l'initiation totale ; d'autres, considérant que Thérésie elle-même retenait une part de la doctrine chrétienne, jugèrent en faveur de la validité du baptême hérétique et ge bornèrent à exiger la confirmation sans la réitération du baptême pour ees catécliumènes d'une catégorie spéciale, Rome, Alexandrie et la Palesjine se rangeaient à ce dernier système, tandis que l'Afrique et TAsie- Jlineure en majeure partie imposaient la rebaptisation 2. Dès le temps de l'évêque Agrippinus de Carthage, c'est-à-dire probablement vers 198, le concile de Garthage soutenait le parti de la rebaptisation ^ et il ne paraît pas téméraire de supposer que ce concile sanctionnait un usage préexistant plutôt qu'il n'ordonnait une innovation quelconque. Saint Cyprien se réclamera toujours de l'autorité de la déclaration du concile d 'Agrippinus pour défendre sa conduite aux heures les plus dilhciles '^ et il ajoutera qu'au point de vue pratique les exigences africaines n'ont empêché ni retardé une seule conversion sincère 5. On ne saurait être surpris le moins du monde par la position prise dans le débat de la rebaptisation par saint Cyprien. L'Eglise, suivant la théorie tbéologique de saint Cyprien, est la dépositaire des pouvoirs du Christ et la dispensatrice de sa grâce. Les sacrements sont ses sacrements ; elle les possède, elle seule peut les conférer et elle ne saurait en déléguer la collation à tout ce qui n'est pas elle, car tout ce qui n'est pas elle est contre elle 6. Cette idée, il l'outra, avec une impétuosité dans laquelle il pouvait y avoir quelque préoccupation de
1. Sur le point de vue Ihéologique de la c nitroverse engagée, nous n'avons à nous étendre ici; cet aspect relève de 1' « Histoire des dogmes » beau-
Wup plus que de V « Histoire des conciles ï. Nous renvoyons donc à l'excelbt exposé de la question par J. Tixeront, La théologie anté-nicéenne, 1905, 'i, p. 399-403. On lira aussi avec profit sur cette question Schvi^ane, Ilist. des ^gmes, trad. Belet-Degert, 1903, t. i, p. 745-770.
2. A Antioche, à Césarée de Cappadoce, en Cilicie, en Galatie, en Phrygie. L. Duchesne, ffist. anc, de VÉglise, t. i, p. 423 : « La centralisation était encore «ipeu avancée que, même en Afrique, il y avait des dissidences. En 255, le Concile de Garthage fut saisi d'une consultation signée de dix-huit évêques "QQiides qui avaient conçu des doutes sur la légitimité de l'usage dominant. »
3. Epist.j Lxxiii, 3 Tertullien, De haptismo, c. xv ; De pudicitia^ c. xix ; De P^script,, c. XII, />. L., t. I, col. 236-238; t. ii, col. 1121-1122, 1185-1186, •"admet en aucune façon la validité du baptême administré par les hérétiques.
^'Epist,^ Lxxi, 4 ; lxxiii, 3.
5" ßpist.y Lxxiij, 3.
"• J. Delarochelle, Lidée de l'Église dans saint Cyprien, dans la Rci'ue d'hist. ^^^litL retig., 1896, t, i.
croiser le fer avec le pape Etienne dont riioslilité à légard de VÈ&V d'Afrique lui était connue ^.
La question de la rebaptisation des hérétiques se posa d'une fa exclusivement pratique. On se trouvait devant des cas à résoudre, ce f ainsi qu'on se trouva amené à discuter. Le marcionisme fut la premiè hérésie qui s'arrogea une vie distincte et indépendante de l'Église • 1 montanisrae l'imita, d'autres suivirent ces exemples. Il arriva donc au leurs adeptes reçurent de ces sectes le baptême et l'initiation chrétienne Quelle conduite adopter à l'égard de ceux-ci lorsqu'ils se présentaient pour entrer dans la «grande Eglise » ? Une autre question se laissait entre. voir dans celle-ci, mais on parut n'y pas prendre garde ; c'était la ques^ tion de la foi du ministre fou du sujet) et le point de savoir si elle est requise pour la validité ou l'elficacité des sacrements 2. Ce point de vue dit M. J. Tixeront, resta toujours «à l'arrière-plan : et cela nous explique que saint Cyprien et ses partisans aient pu, comme il semble bien qu'ils l'ont fait, voir dans toute cette controverse une pure question disciplinaire n'intéressant pas Tintégrité de la foi, et ne valant pas que l'on sacrifiât pour elle l'unité de l'Eglise, soit par un schisme, soit par une excommunication ^.
En réponse à la lettre de Magnus, Cyprien n'hésita pas un instant. Il répondit : « Nous déclarons que tous les hérétiques et schismatiques, tous, sans exception, n'ont aucun pouvoir et aucun droit. C'est pourquoi Novatianus ne doit ni ne peut être excepté. Lui aussi est hors de l'Église; il combat la paix et la charité du Christ : il doit, en conséquence, être compté au nombre des adversaires et des antéchrists *. » Il ne devait jamais se départir de ce point de vue et de ces raisons 5. Tout le monde cependant, même dans le corps épiscopal d'Afrique, ne partageait pas cette belle assurance. Qu'ils connussent ou non la réponse de l'évêque
1. II. Leclercq, L'Afrique chrétienne^ t. i, p. 208. Il fjut dire à la décharge de saint Cyprien qu'il reconnaisî^îiit le bien fondé des prétentions du pape Etienne à la primauté prmr le siège de Rome. D. John Chapinan, Les interpolations dans le traité de saint Cyprien sur Vunité de VÉglise^ da us la Revue hénédic^ fine, 1902, 1903, et E. W. Watson, The interpolation in S. Cyprians De umtate Ecchsiw, d»ns Journal of theolog. StudieSyi90^, ont Irès judicieusement démoo' tré ce point qu'on peut considérer comme acquis.
2. H. Grisa r, Cyprians « Oppositions Konzd » gegen Papst Stephan, dan* Zeitschrift fur Aathol, TheoL, iSSi, t. v; J. Ernsl, Zur Auffassung Cyprians von Kartago, dans la même revue, 1893, t. xvii.