L. Duchesne, dans le BulL crit., loc. cit
LES FUAGMENTS COPTES 1133
dans Tobligation de reconstituer les actes de Nicée, perdus pendant la persécution arienne, ou devra reconnaître que leur sollicitude ne s'étendait pas jusqu'au symbole, cité, transcrit, promulgué tant de fois, entre 325 et 362, qu*il est impossible d'avancer qu'on avait à faire revivre un texte qui, depuis près de quarante ans, était sous les yeux de tout le monde.
Restent les canons. M. E. Révillout s'est bien gardé d'imputer au concile de 362 la rédaction de canons rais sous le nom du concile de Nicée ; il a simplement proposé de voir dans l'œuvre des Pères d Alexandrie « une collaboration inconsciente dans l'œuvre du concile de Nicée qu'ils rééditaient et promulguaient » ^. La nuance est si délicate qu'elle est malaisée à fixer, cependant la matière en vaudrait la peine. Les canons de Nicée tels qu'ils nous sont parvenus seraient et tout en même temps ne seraient pas les canons de Nicée, mais une réédition plus ou moins retouchée dans laquelle les retouches échappent à la critique et mettent par conséquent en question le caractère, le sens et le texte de l'œuvre primitive. L'hypothèse n'est pas cependant entièrement imaginaire. Il est très exact de dire qu' « aucun des auteurs antérieurs au concile d'Alexandrie ne parle des canons de Nicée » *, mais il ne l'est plus d'ajouter que les premiers historiens qui mentionnent ces canons : Rufin, Socrate, Théodoret, Gélase de Cyzique, les ont trouvés dans le « Synodique de saint Athanase », lequel n'a rien de commun avec les décisions du concile de 362. Mais comment et à qui pourra-t-on faire croire que les Pères égyptiens réunis à Alexandrie en 362 avaient à reconstituer des actes perdus, alors que ces actes nous sont parvenus dans plusieurs versions occidentales, notamment celle de Carthage, rapportée par l'évêque Gécilien, siégeant au concile de 325 ; bien plus, ces actes pourchassés et détruits si complètement par les ariens ont été copiés et développés (plusieurs d'entre eux du moins), dans les décrets du concile d'Antioche tenu en 341, concile très prévenu en faveur de l'arianisme et n'ayant, à ce titre, aucune raison de veiller avec une sollicitude spéciale sur les canons de Nicée ^.
Divers arguments apportés en faveur de l'attribution du texte actuel des canons au concile d'Alexandrie sont dépourvus de toute valeur, MM. Ch. Lenormant et Eug. Révillout ont tenu pour invraisemblable que les Pères d'un concile aient parlé d'eux-mêmes avec des formules telles que les suivantes : « Le grand Concile, » ou « le saint Concile », formules dans lesquelles ils croient découvrir une insupportable emphase *. Mais Mgr BatifFol a prouvé en quelques lignes concises et érudites, que « cette diffi-