‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 343 sur 403 · Mém, de VAcad» des inscript, ^ t. xix, 2e part., p · texte numérisé non relu

Mém, de VAcad» des inscript, ^ t. xix, 2e part., p

culte n'en sera une que pour les personnes peu familiarisées avec la terminologie ecclésiastique. Il n'y a pas de concile qui se désigne lui-mêmepar une formule autre que le a saint Synode » ^ : ainsi le 10* canon du concile d'Antioche, de 341 ; ainsi le concile de Gangres dans la suscription de son Épître synodale — et dans cette épître même il se qualifie lui-même de dyiwTaTYi (xuvàSoç — , ainsi le canon 6* du concile de Gonstan^ tinophe, de 381, etc. Dans les six canons du concile d'Ephèse on voit les Pères se qualifier quatre fois de a Saint Synode », une fois de « saint et « oecuménique synode », une fois d' « orthodoxe et oecuménique synode ». L'expression de « saint et grand synode » pour désigner Nicée se trouve déjà dans le 1®"^ canon du concile d'Antioche, de 341, comme une formule reçue ».

Il ne semble pas plus admissible d'invoquer l'origine alexandrine des canons en s'appuyant sur la décision contenue dans le canon 6* relativement à la juridiction de Tévêque d'Alexandrie sur l'Egypte, la Lybie et la Pentapole. Cette décision ne vise pas une situation dans laquelle l'Église d'Alexandrie serait singularisée entre toutes les Eglises, mais il vise le schisme égyptien de Mélèce de Lykopolis « dont le concile de Nicée, on le sait, régla la solution de droit et de liquidation de fait ». Par contre, il serait entièrement inexplicable que le synode de la province d'Egypte, présidé par l'évêque d'Alexandrie, légiférât pour toute la catholicité et confirmât les privilèges de l'évêque de Jérusalem dans ses rapports avec le métropolitain de Césarée. Il faut donc reconnaître que l'origine alexandrine des canons est une hypothèse sans fondement. La date de leur rédaction, en 362, n'est guère plus solidement garantie. En effet, le 12® canon, dans lequel on a pensé découvrir le règlement d'un a état de choses qui existait en 362 », n'a aucun rapport avec la situation issue de la persécution de Julien. Ce 12' canon est inséparable du canon 11*. L'un et l'autre règlent la même question et s'appliquent à la même situation. Aucune hésitation ne peut subsister puisque le canon 11* s'occupe des fidèles apostats, lapsiy pendant la persécution et il nous apprend que ce cas s*est présenté « sous le gouvernement de Licinius » dont l'hostilité envers les chrétiens et le règne prennent fin en 323.

Nous venons de constater que nos Fragments coptes sont étrangers au concile de 362 et même à un concile quelconque tenu à Alexandrie. Mais d'où viennent-ils ? Gomme il arrive souvent dans la critique historique, il est plus aisé de détruire que de construire. Cependant on a pu déjà indiquer la voie très probable des solutions définitives, a M. Paul VioUet, écrit Mgr Duchesne, m'a obligeamment signalé un texte grec dont la parenté avec la collection copte est de toute évidence. Je crois que celle-ci se retrouvera tout entière dans les manuscrits grecs et qu'il sera facile de

1. Personne n'ignore que c'est encore aujourd'hui un terme officiel en usag dans l'Église grecque.

prouver, par les rapports entre le texte et la version, que celte dernière jie peut remonter au delà du v® siècle. » Si on s'en rapporte aux indications un peu vagues fournies par Zoega sur le manuscrit Borgia, les caractères paléographiques voudraient qu'on le fît dater d'une époque assez voisine de la conquête de l'Egypte par les Arabes, 640. C'est peut-être au même événement que feraient allusion quelques lignes qui se lisent parmi les « Gnomes » ; malheureusement, M. Révillout n'a pas repris la discussion de Tage du manuscrit Borgia et ne dit rien à ce sujet pour le papyrus de Turin. On serait donc réduit à des conjectures si M. F. Rossi n'avait donné un fac-similé, d'ailleurs médiocre, du papyrus^ mais suffisant néanmoins pour faire dater ce fragment des environs du vu* siècle. On se rappelle que le colophon du ms. Borgia nous en donne la date certaine, 677. C'est donc au vu* siècle qu'on peut assigner la limite inférieure des hypothèses à faire sur l'âge des fragments coptes.

Peut-être dans ces fragments, tout n'est-il pas de même âge. Caspar! tenait la profession de foi pour postérieure au concile d'Éphèse et antérieure au concile de Chalcédoine ^ ; Mgr BatifFol n'accepte pas ces limites et croit la formule plus ancienne, car il n'y trouve pas trace delà consubstantialité de l'Esprit et des deux autres personnes, formules consacrées parle concile de Constantinople de 381. L'argument est très digne d'égards sans être, croyons-nous, absolument décisif. Sans doute on se préoccupait assez peu à cette époque de transcrire et de rééditer des formules de foi vieillies et insuffisantes pour les polémiques engagées, mais encore faut-il remarquer que nos fragments sont très morcelés et ont fait partie d'un recueil dont la composition, restituée au début de la présente notice, n'est pas incompatible avec l'idée de transcription de formules délaissées et ne conservant plus qu'un intérêt archéologique. En tout état de cause, la profession de foi est postérieure aux pièces émanées du concile de 362. Pour s'en convaincre, il suffît de considérer attentivement les termes relatifs à l'Incarnation, Il y est dit que le Christ s'est incarné dans un<( homme parfait » composé d'un corps et d'une âme. Cette définition vise clairement l'hérésie apollinarisle ; or, on sait aujourd'hui avec certitude que le grand éclat de cette doctrine est postérieur à la mort de saint Athanase (2 mai 373).

Dans quelle mesure les documents coptes font-ils donc partie des monuments relatifs au premier concile œcuménique ? Répondons tout de suite qu'ils leur sont étrangers.

Plusieurs versions en diverses langues, surtout en latin, nous ont fait connaître le symbole et les canons deNicée. Il en est de même, sauf pour l'original grec, du catalogue des évêques présents à Nicée. Or la collection copte, pour la partie directement relative au concile, la première, ne nous apporte rien de plus. Les deux gloses se réduisent à une seule, avec

Page 1