P. G,y t. xm, coL
LIÎS FRAGMENTS COPTES ll37
ju IV* siècle estla période historique au cours tle laquelle le Synta^ma a dû prendre forme ; il est donc contemporain de saint Athanase. Cependant l'analyse des sources de ce traité révèle qu'il est une simple adaptation d'un texte plus ancien et plus concis qui avait pour noyau la Didache XIIApostolorum. En effet, il y a lieu de faire un départ dans le texte du Syntagma entre les règles de vie qui s'adressent à tous les chrétiens et celles qui gonl destinées aux seuls monazontes. Or ces règles sont visiblement juxtaposées, elles emportent même quelques contradictions dans les prescriptions d'ordre positif et pratique ; le style prête à une remarque analogue et on entrevoit dans le Syntagma deux parties de rédaction et de destination différentes. Avec une ingéniosité très heureuse, Mgr Batiffol a entrepris d'appliquer au texte un procédé identique à celui qui a permis de retrouver dans la Didaché le texte juif des Duœ viœ. Isolant le texte simplement chrétien du texte ascétique, il a obtenu un écrit rapide et bien venu au sujet duquel on pourrait présenter quelques observations, mais qui n'en donne pas moins dans son ensemble une première et féconde tentative de démarcation générale entre les deux textes. Le document issu de cette opération lui paraît être une œuvre alexandrine des dernières années du m* siècle ; le second document, destiné aux moines, prendrait date vers le milieu du iv* siècle.
Reste le recueil gnomique. Le papyrus de Turin qui renferme les « sentences » ou « gnomes » présente quelques lacunes de peu d'étendue et de médiocre importance, en sorte qu'on peut considérer l'œuvre que nous possédons comme substantiellement complète. D'après M. H. Achelis 1 ce recueil gnomique procède, sans discussion possible, d'un original grec ; c'est un règlement ecclésiastique à l'usage d'une communauté particulière avec cette différence entre ce règlement et les compositions similaires que celles-ci sont rédigées avec le dessein très arrêté de pourvoir un groupede fidèles d'institutionsaccommodéesàTidéal durédacteur 2. Les «gnomes» de Nicée, au contraire, nous apparaissent comme l'expression d un état de choses existant auquel on ne se propose pas de rien changer. Les bâtiments de l'église, la liturgie, le clergé continueront à exister Comme ils font en ce moment. Contrairement à ce que nous rencontrons dans tous les autres règlements ecclésiastiques, il ne s'agit ici ni des ordinations ni du service divin. L'auteur n'a eu d'autre but que de stimukr la ferveur décroissante de la communauté. Le relâchement s'y est introduit et tout ce qui touche au culte s'en ressent, réunions liturgiques délaissées, agapes célébrées avec peu de décence, oblations de prémices
1. H, Ach élis, The Tviofiat of tke Synod of NicasUy trad. W. E. Cr um, dans ^^^rnal of theolog. Studies, 1901, t. n, p. 123.
2. Voir particulièrement les règlemQnls discipliimires dans la Didaché, la ^^dascalie, le Règlement ecclésiastique égyptieriy et même dans les Constitua **Oßs apostoliques et le Testamentam Do mini,
oubliées. La vie conjugale et Téducation de la famille sont négligées T)en dant que les querelles et les médisances vont leur train. Tous les détail de cette déchéance concourent adonner l'idée d'une communauté depuis longtemps établie et jadis florissante. C'est moins une constitution disci. plinaire qu'une institution familière faite dans une langue pauvre et popu. laire avec une tendance mal réprimée à l'hyperbole. Malgré le titre donné à cette composition dans les manuscrits ^: Gnomes du saint Concile, le concile de Nicée, il n'est pas douteux un seul instant que les Pères de Nicée sont complètement étrangers à la rédaction de cette interminable série de maximes morales écloses dans divers monastères, recueillies et codifiées avec plus ou moins d^adresse et de succès. Mgr BatifPol nous paraît bien sévère lorsqu'il déclare que dans ces « gnomes » « tout est amorphe et banal ». La tentative de M. IL Achelis pour découvrir dans ces miettes les traces d'un développement et d'une pensée est, à tous égards, digne d'attention 2. Nous ne pouvons qu'y renvoyer puisque de plus abondants détails sur ce point précis nous écarteraient du dessein de notre dissertation. 11 suffira de dire que cette description d'une communauté chrétienne oflVe le plus grand intérêt pour l'histoire du christianisme primitif. Les « gnomes » dites de Nicée ne paraissent pas antérieures à la moitié du iv* siècle et le développement du culte semble plutôt nous reporter au v* siècle 5, peut-être aux environs de l'an 400 '*.
H. Leglercq.
1. Manuscrits tardifs d'ailleurs, puisqu'ils ne sont pas antérieurs au ix« siècle.
2. Journal of theological Stiidies, 1901, t. ii, p, 124-126. Cf. Lenormant, dans les Mém, de l'Acad. des inscript,, 1853, t, xix, 2« partie, p. 235-243.
3. Nous ne voalons même pas indiquer ici quelle pourrait être la place probable des « gnomes » dans l'ensemble de la littérature si complexe des Didascalies et antres documents similaires. Nous aurons peut-être occasion de revenir sur ces « gnomes » pour l'étude desquels il est indispensable^ dès aujour* d*huî, de tenir compte des deux notes de M. W. E. Crum, dans Theological Studies, 1901, t. ii, p. 121, note 1 ; p. 129, note 4.
4. Mgr Batilfol, sur le vu d*un passage relatif à la vierge Marie (p. 498), ferait volontiers descendre la rédaction jusqu'à Pépoque de Jean Damascène.
DANS LES COLLECTIONS DE l'oRIENT ET DE l'oCCÏDENT
Les Églises d'Occident n'ont guère attribué moins d'importance aux canons de Nicée que les Églises d'Orient. Pour s'en convaincre il suffit de parcourir les lettres des Papes, les canons des conciles tenus à Rome, en Afrique, en Espagne, dans les Gaules. En développant le commentaire de ces canons nous avons montré à plusieurs reprises les conciles postérieurs s'écartant sur tel ou tel point de telle ou telle prescription portée parles Pères de Nicée. Une observation de cette nature, si elle demeurait trop superficielle, pourrait nous induire en erreur faute d'établir une indispensable distinction. Les canons de Nicée V déterminent un certain nombre de situations et 2^ indiquent la conduite à tenir à l'égard de ceux qui se trouvent dans ces situations. On voit sans peine que la sanction portée par les Pères de Nicée, malgré sa portée considérable au point de vue de la valeur morale des actions et des situations qu'elle atteint, importe moins cependant que l'énoncé des erreurs et des abus réprimés comme incompatibles avec la dignité et la sainteté de TEglise. Les conciles postérieurs ne se sont pas considérés comme engagés à frapper les erreurs et les abus identiques de sanctions pareilles ; ils ont tenu compte des temps et des circonstances au milieu desquels ils étaient appelés à légiférer. Au contraire ils n'ont cessé de tenir pour pernicieuses les actions et les situations considérées en elles-mêmes, que le concile âe Nicée avait montrées telles. C'est ainsi que les canons de Nicée se trouvent être une des sources du droit postérieur et de la discipline ecclésiastique. C'est ce qui explique la place qu'ils occupent, presque toujours, au début des collections canoniques générales. Le nombre des versions qui furent faites de ces canons est plus considérable que pour •1 importe quel autre document du droit composé en langue grecque.
Nous allons décrire, le plus brièvement qu'il nous sera possible, ces hersions, et, avant toute cbose, nous déblaierons un terrain que la suite •^e ces recherches montrera encore très encombré.
I. La classification des collections canoniques est une besogne ardue et ^^naplie de difficultés. Des savants illustres s'y sont attachés et plusieurs
d'entre eux y ont trouvé une illustration nouvelle ; il suffit de citer le noms des frères Ballerini, de Pitra, de Maassen pour rappeler le souve. nir de travaux profonds et érudits dont l'étude de l'antiquité a retiré un grand profit. De nos jours, une classification nouvelle a été proposée par un auteur qui a commencé par faire — ce sont ses propres expressions-, « table rase des systèmes d'interprétation critique antérieurs ». Un dessein si radical, formé par un savant nouveau venu dans les études qu'ij prétend rajeunir de la sorte, est toujours fait pour éveiller quelque soun. çon. Kn réalité la classification proposée par M. Eugène Révillout est loin d'être nouvelle, ce qui ne serait pas son plus grand tort, si elle nV vait celui d'avoir été imaginée, depuis bientôt deux siècles, par le fameux Père Quesnel.Cesystèmeestaussi simple qu'inacceptable. Le voici en deux mots : Avant Denys le Petit, l'Eglise romaine possédait un codex canonutriy recueil officiel constitué et promulgué par le pape Gélase. Denys le Petit eut l'idée de lancer son propre recueil comme une machine de guerre contre le droit canonique officiel et les prérogatives de l'Église romaine. De preuve, on n'en donne point. Dom Constant et les frères Ballerini ont néanmoins réfuté cette fantaisie avec le sérieux et Téruditioç dont elle ne paraissait pas digne; enfin, de nos jours, Fr, Maassen l'a classée parmiles choses qui ne comptent plus : « De ce qu'un système est produit avec prétention dans un débat, il n'en résulte pas qu'il ait des titres à traîner indéfiniment dans la littérature et à fournir le thème de réfutations sans cesse répétées. » Cette remarque s'applique à la classification proposée par M. Révillout, mais dans son ensemble seulement, la vaste érudition de l'auteur dans les langues orientales lui ayant permis de parsemer sa thèse d'utiles observations, nouvelles pour la plupart bien qu'incomplètement développées. C'est ainsi qu'il a pu grouper autour des collections latines divers renseignements intéressants sur les collections syriaques, arabes et arméniennes.
Une première collection orientale dérivée probablement d'un original grec semble avoir eu pour fonds primitif un recueil composé des trois conciles syriens d'Ancjn^e, de Néo-Césarée et de Gangres disposés les uns à la suite des autres et distingués entre eux par la numérotation de leurs canons. Les exemplaires de cette collection ne furent pas tellement étanches à toute infiltration que les canons de Nicée n'aient fini par s y introduire. On les rencontre en effet dans :
Ms. de Florence (éthiop.) n. 68.
Ms. de Paris (Biblioth. nationale) ancien fonds arabe n. 119 r n. l^S* — — supplément arabe n. 80.
Cette collection, en l'état que représente le ms. de Florence, contien , après les canons des Apôtres, ceux des trois conciles syriens: Ancyr , Neo-Césarée et Gangres ; et aussitôt après Nicée, les canons de Pi«^
(l'Alexandrie, etc., enfin Sardique, Antioche et Laodicée ^. ^Mais ce n'est ffue progressivement que les recueils arabes ont fini par adopter les éléßients constitutifs de la collection grecque.
Une deuxième collection- arabe se distingue de la précédente par une interversion dans Tordre des conciles. Nicée y prend place suivant son rang chronologique supposé après Ancyre et Néo-Césarée, Les principaux exemplaires arabes qui adoptent un ordre analogue pour le concile de Nicée sont :
Ms. Paris (BibL nat.) ancien fouds, n. 118 2, i27.
Ms. Oxford (bibl. BodI.) 11. 236 3.
Ms. Paris (Bibl. nat.) aiic. fonds, n. 128 4.
Ms. Paris (Bibl. nat.) anc. fonds, n. 125.
Ms. Paris (Bibl. nat.) suppl. arabe, n. 80.
Il en est de même pour la collection éthiopienne du musée Borgia, à Rome, et pour la collection arménienne.
Ms. Paris (Bibl. nat.) ancien fonds, n 84.
D'après ces exemplaires on peut établir le schéma suivant :
Canons des Apôtres
n. 118, Borg.
Ancyre
n. 118. n. 128, Borg., n.
Néo-Césarée
n. 118, n. 128, Borg. 5
Nicée
n. 118, n, 128, Borg., n
Gangres
n. 118^ n. 128, Borg., n.
Antioche
n. 118, n. 128. Borg., n.
Laodicée
n. 118, n. 128, Borg., n.
Sardique
n. 118, n. I:î8, Borg., n.
Constantinople
n. 118, n. 128, [Borg.] 6
Ephèse
n. 118, n. 128, [Horg.j
Chalcédoine
Une troisième collection qui procède des précédentes nous a été conservée par le :
M s. Brit. Museum, syr, 1^528,
Elle donnait, dit M. Révillout ', dans le même ordre que Denys le Petit
1. Cf. le recueil décrit par Lu do If, Comment, ad histor. ethiopicam, in-4, Francfurti, 1681, p. 304.
2. C'est un des meilleurs exemplaires de la collection des melkîtes de Syrie.