‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 373 sur 403 · Labbe, ConciL^ t. v, col · texte numérisé non relu

Labbe, ConciL^ t. v, col

Les sièges suffragants d'Alexandrie, d'Antioche, de Rome et de Carthage

L Le fait historique qui a donné naissance à la situation visée par le 6* canon du concile de Nicée paraît être le suivant : Mélèce, évêque de Lykopolis, profita du trouble jeté dans l'Église d'Egypte par la persécution de Dioclétien et la disparition de Tévêque Pierre d'Alexandrie. Affectant de considérer comme vacant le siège dont le titulaire se tenait caché, Mélèce n'hésita pas à faire des ordinations et à exercer le pouvoir épiscopal tant dans le diocèse d'Alexandrie que dans ceux de quatre évêques, Hésychios, Packomios, Théodoros et Philéas alors détenus dans les prisons d'Alexandrie i. L'abus de juridiction était patent et Philéas, évêque de Thmuis, dans la Basse-Egypte, le prouva clairement dans une lettre adressée à Mélèce, au plus tard en 307 ^. Les signataires de la lettre a avaient, disaient-il, entendu depuis quelque temps circuler de vagues rumeurs au sujet de Mélèce ; on Taccusait de troubler Tordre divin et les règles ecclésiastiques. Tout récemment ces bruits avaient été confirmés par un grand nombre de témoins, ce qui motivait la présente épître. Comment dépeindre la tristesse et l'émotion causées par les ordinations célébrées par Mélèce hors de son propre diocèse ? Il n'ignorait pas cependant cette loi si ancienne et si conforme au droit divin et au droit humain, qui interdit à tout évêque de faire une ordination dans un diocèse qui n'est pas le sien. Mais lui, sans égard pour cette loi, sans respect pour le grand évêque et père, Pierre, et pour ceux qui étaient enchaînés, avait tout bouleversé. Peut-être dira-t-il pour se disculper, qu'il a été contraint d'agir ainsi qu'il a fait par la nécessité, car les villages étaient privés de pasteurs. Mais cette allégation est fausse, car on avait institué plusieurs

1. Socrate, Hist. eccles,, 1. I, c. xxvi, P, G., t. lxvii, col. 146. Sur le personnage de Mélèce et sa réputation d'apostat, cf. Socrate, op, cit., 1. ï, c. vi, P. G.f t. LXVII, col, 41 ; S. Athanase, Apologia contra arianosy c. lix, P. G., t. xxv, col. 356.

2. P. G., t. X, col. 1566. Cette lettre ne nous est parvenue que dans une version latine.

chorévêques, et, dans le cas où ceux-ci se fussent montrés négligents, il aurait dû porter Taffaire devant les évêques incarcérés. Dans le cas où on lui aurait dit que ces évêques avaient été exécutés, il aurait pu facilement vérifier le fait ; et même, en supposant que la nouvelle de leur mort eût été avérée, son devoir était encore de demander au premier des Pères (c'est-à-dire à Pierre d'Alexandrie) la permission de faire les ordinations » 1. A cette lettre Mélèce ne fît aucune réponse et, quoiqu'il eût la liberté de ses mouvements, il n'alla voir ni les évêques emprisonnés ni le bienheureux Pierre.

S'il fallait en croire saint Épiphane, Mélèce aurait été incarcéré avec Pierre d'Alexandrie. Mélèce aurait même occupé dans F épis copat égyptien un rang privilégié, immédiatement au-dessous de celui del'évêque d'Alexandrie auquel il était d'ailleurs subordonné et à qui il devait en référer pour les questions de juridiction et de discipline 2. Saint Épiphane a malheureusement déparé sa notice sur le schisme mélétien par des erreurs si manifestes et une indulgence tellement inexplicable à l'égard de Mélèce, que nous devons nous interdire d'y puiser nos renseignements 3.

Théodoret nous apprend que Mélèce, loin de se soumettre à la censure que Pierre d'Alexandrie avait jugé devoir faire de sa conduite, affecta l'indépendance et remplit de trouble l'Egypte et la Thébaïde, revendiquant la primatie contre Tévêque d'Alexandrie ^. Sozomène complète et précise ses indications un peu vagues lorsqu'il nous dit que les troubles en question étaient provoqués par les ordinations faites sans juridiction par Mélèce pendant que Pierre d'Alexandrie était contraint par la persécution de se tenir caché ^. Cette confirmation de la lettre de Philéas de Thmuis reçoit une nouvelle force par les termes mêmes de l' FI pitre synodale des Pères de Nicée aux Églises d'Egypte. Il y est dit, à propos de Mélèce,

1. Il existe deux versions sur les origines du schisme mélëcien. L'une, qui fut longtemps la seule, est favorable à Mélèce, elle a pour auteur saint Épiphane, Hseres^t lxviii, 1-4, P. G., t. xlii, col. 184-189 ; l'autre très différente ne date que de la publication des documents découverts à Vérone par MafFeî et imprimés dans ses Osservazioni letterarie, 1738, t. m, p. 11-18, réimprimés par M. Routh, Reliquiae sacrse^ t. m, p. 38 sq. ; cette deuxième version est celle qui est suivie par Hefele et qu'on trouvera exposée plus haut, p. 488.

2. S. Epiphane, Hseres,y lxviii, n. 1, P, G., t. xlii, col. 185.

3. Notons toutefois une sorte à' incontinence du pouvoir d'ordre chez Mélèce dont nous rencontrons Tutile témoignage chez saint Épiphane, Hœres,, lxviii, n, 3, P. G,f t. XLII, col. 188-189. Après la mort de Pierre d'Alexandrie, Mélèce aurait été condamné aux mines et envoyé à Phounon, en Palestine, cf. S. Vailhé, Les martyrs de Phounon, dans les Échos d'Orient, 1898, t. ii, p. 68. Sur la route qu'il suivit pour rejoindre la mine, Mélèce fit autant d'ordinations qu'il put, évêques, prêtres, diacres, clercs, et il fonda des Églises.

4. Théodoret, Hist, eccles,, 1. I, c. viii, P. G., t. lxxxii, col. 928.

5. Sozomène, Hist, eccles,^ 1. I, c. xxiv, P, G,, t. lxvii, col. 928.

1184 APPENDIGK VIII

qu'il aura à ne plus s'éloigner de sa ville épiscopale et sera dépouillé de toute espèce de droit d'élire ou d'ordonner ; le titre seul d'évêque lui sera conservé ^.

La volonté des Pères de Nicée, appelés à éteindre le schisme mélétien et à prévenir son retour, apparaît ainsi très claire. Ils entendent restituer à l'évêque d'Alexandrie les ordinations épiscopales suivant le droit ancien qui les lui attribuait dans les limites où s'étendait la juridiction du siège d'Alexandrie. Voici les termes mêmes du canon : Ta àpxata eöv; xpateiTCi) TCt èv A{Y\j7rT(j> xal Aiêuï) xal IlevTaTroXst, wäre tov 'AX&^avSpstaç âTrto-xoTiov iràvTCùv TOTJTtov iyziv ty]v à^oyatav, eTretSTj xal tw Iv t*^ *Pa)[XYj iiz\.<5Y.6iZiù to jto cr'jvrjôgç èo-Ttv* ôfjLOtcûç ôè xal xaroc 'Avriô^etav xal èv Taïç aXXatç èirapxtaiÇ xà Trpsaêeta (TwÇeaÔai TaTç'ExxXvjfftaicx.T. X 2, H existe de ce texte une recension égyptienne qui offre quelques variantes dignes d'attention à cause précisément de cette origine égyptienne d'un texte quiintéresse exclusivement l'Egypte ^. Les variantes de ce texte copte autorisent une réforme essentielle de la ponctuation du texte grec, sans changer d^ ailleurs un seul mot :... sTistB-oxal tw èv T-?) *P«fJLY) eTna-xoTTù) touto o-ovyiÔeç âcrriv, ôjaoswç 8s xarà t'/jv 'Avriô^stav xal êv xatç aXXatç iTrap^tatç, Ta TrpeaeeTa (rw^STOai xatç £xxXr,o-iaiç. Le texte COpte, au lieu de parler des évêques de Rome au singulier emploie le pluriel : n^j ïîitciucKonoc îî^pooAxc ; par contre il termine la phrase par le singulier au lieu du pluriel : gïî TCKKAHcid. ^. On peut donc proposer la version suivante pour le commencement du 6* canon : « Que les lois anciennes soient observées, notamment celles qui concernent l'Egypte, la Libye et la Pentapole, de manière que l'évêque d^ Alexandrie ait puissance sur toutes ces provinces, puisque c'est une loi établie par les évêques de Rome — de même pour ce qui concerne celui d'Antioche et les autres provinces, — que les prééminences soient observées dans l'Église 0. » La légitimité de la suprématie de l'évêque d'Alexandrie avait sa garantie et sa loi dans les traditions de l'Eglise de Rome : c'est l'antiquité de cette tradition qulndique le pluriel du texte copte.

Ce premier point établi et le motif historique du canon 6^ de Nicée ainsi déterminé, nous allons rechercher si le droit d'ordonner tous les évêques des provinces d'Egypte, de Libye et de Pentapole appartenait à l'évêque d'Alexandrie.

1. Théodoret, Hist. eccles.^ 1. I, c. viii, P, G., t. lxxxii, coL 929.

2. Fr. Lauchert, Die Kanones der wichtigsten altkirchlichen Concilient in-8, Freiburg, 1896, p. 38.

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