CONCILES DE «OME ET d'ÉGYPTIÎ
)0l] était une réponse, elle s'adressait donc à ceux qui lui avaient écrit, c'est-à-dîre qui lui avaient soumis les accusations contre saint Athanase. Il leur avait écrit, non comme ils croyaient, en son nom seul, mais au nom de tous les évêques italiens et voisins de l'Italie, et c'est ce qu'il faisait aussi dans cette seconde lettre. Athanase et Marcel avaient été réintégrés par le concile romain dans la communion ecclésiastique. Les accusations des eusébiens contre Athanase se contredisaient entre elles : l'enquête faite dans la Maréotide n'était pas sérieuse, on n'y avait pas observé le grand principe : Audiatur et altera pars ; non seulement Arsénius vivait, mais il était devenu ami d'Athanase. Celui-ci avait montré une lettre de l'évêque de Thessalonique, Alexandre, et une autre d'Ischyras, dans laquelle ce dernier avouait l'intrigue à laquelle il avait pris part. Les clercs de la Maréotide venus a Rome avaient déclaré qu'Ischyras n'était pas prêtre, qu'on ne lui avait brisé aucun calice ; les évêques égyptiens avaient prodigué les meilleurs témoignages en faveur d'Athanase, et, du reste, les procès-verbaux de la commission de la Maréotide ne s'accordaient pas entre eux dans les accusations portées contre lui. Athanase avait attendu à Rome un an et six mois que ses accusateurs se présentassent, il n'y était pas venu de lui-même, mais pour répondre a l'invitation au concile. Mais eux, méprisant la coutume générale, avaient à Antioche, c'est-à-dire à trente-six journées de chemin d'Alexandrie, choisi un évêque pour cette dernière ville^ l'avaient sacré et envoyé à Alexandrie, avec une escorte militaire. Ils avaient agi contre les canons en nommant un nouvel évêque lorsque tant d'autres étaient encore en relation ecclésiastique avec Athanase. Marcel d'Ancyre avait affirmé à Rome que les accusations formulées contre lui n'étaient pas fondées ; il avait prouvé son orthodoxie, et les prêtres romains, jadis membres du concile de Nicée, avaient affirmé qu'il s'était montré dès cette époque véritablement orthodoxe et adversaire décidé des ariens. Aussi Rome l'avait-elle reconnu comme l'évêque légitime. Du reste, Athanase et Marcel n'avaient pas été seuls à porter plainte ; beaucoup d'autres évêques de la Thrace, de la Célésyrie, delà Phénicie et de la Palestine, ainsi qu'un grand nombre de prêtres, étaient venus a Rome et avaient déclaré qu'on faisait violence aux églises. Des prêtres d'Alexandrie et de toute l'Egypte étaient venus [5021 ^^"^^^îg'^®^ que même depuis le départ d'Athanase, on employait la force pour contraindre les Égyptiens à reconnaître Grégoire. Des faits analogues s'étaient passés à Ancyre. En présence d'un pareil état de
chose, comment le parti d'Antioche osait-il bien soutenir que la paix régnait dans l'Eglise ? Ils avaient dit que Rome préférait la commu-. nion ecclésiastique d'Athanase et de Marcel à celle des autres évêques; mais il était temps encore d'apporter leurs accusations ; on les examinerait. Ils auraient dû, au reste, lorsque des soupçons au sujet de Tévêque d'Alexandrie commencèrent à se répandre, s'adresser à Rome, car c'était la coutume d'écrire d'abord à Rome, qui aurait rendu une sentence juste. Le pape Jules terminait sa lettre par des exhortations à la paix.
On se demande en lisant cette lettre quelle est l'assemblée des eusébiens à Antioche à laquelle elle est adressée, si c'est le fameux synode in encsenüs * ? Cette question nous amène à aborder maintenant l'histoire de cette célèbre assemblée.
56. Le concile d" Antioche in encaeniis en 341 et ses suites.
L'empereur Constantin le Grand avait bâti à Antioche une église, qu'on appela pompeusement l'Église d'or ^ ; son fils Constance la termina et la fit consacrer très solennellement. L^usage était, en pareille circonstance, de célébrer un concile. La consécration de l'église d' Antioche attira quatre-vingt-dix-sept évêques ^. Saint Atha-
1. Il semble difficile qu*il en soit autrement. Le premier synode arien tenu à Antioche remonte au début de l'année 339 ; les eusébiens retiennent jusqu'au début de l'année suivante les envoyés du pape, Elpidius et Philoxène. Le concile de Rome se tient en octobre ou novembre 340 et la lettre du pape Jules est nécessairement postérieure. Dès lors» il est plus facile d'admettre que cette lettre, que le pape aura tardé un peu d'écrire, fut adressée au concile inauguré le 22 mai 341, qu'à un concile commencé vingt ou vingt-deux mois auparavant et auquel nul document ne permet d'attribuer une telle durée. (H. L.)
2. Cette église portait les noms de Ecclesia magna ^ Apostolica^ Dominicum aureuntj nous en avons parlé au point de vue archéologique dans le Dictionn. d'archéoL chrét., t. i, col, 2372 sq. (H. L.)
3. Ce concile tint séance du 22 mai au l«r septembre. Le nombre de quatrevingt-dix-sept évêques est généralement admis, quoique l'on trouve le nombre quatre-vingt-dix dans Socrate, Hist, eccles.^ 1. 11, c. viii, P, G,, t. lxvh, col. 196, et saint Athanase, /}e synodis, c. xxv, P. G., t. xxvi, col. 725; mais quatre-vingtdix-sept est attesté par saint Hilaire, J)e synodis^ c. xxviii, P, Z., t. x, col. 502^ et Sozomène, Hist» eccles»^ 1. III, c. v, P^ (r., t. lxvii, col* 1041 sq.