‹ Histoire des conciles d'après les documents originauxChapitre 52 sur 403 · LE CONCILE d'aNTIOCHE · texte numérisé non relu

LE CONCILE d'aNTIOCHE

nase dit expressément que ce concile, appelé concile in enceeniis /'IVÄöttv(ötc) ou in dedicatione '*, se tint dans la quatorzième indiction sous les consuls Marcellinus et Probinus ^ ; par conséquent 1^5031 en 34^1 ®* avant le 1*^ septembre. Socrate ^ et Sozomène * sont d'accord avec cette donnée ; ils disent que le concile se tint dans la cinquième année après la mort de Constantin le Grand, donc après le 22 mai 341, et en présence de l'empereur Constance. 11 résulte de l'ensemble de ces documents que le concile in encœniis s'est tenu vers le milieu de l'année 341, de la fin de mai au mois de septembre. Les deux légats du pape, Elpidius et Philoxène, ont quitté Antioche au mois de janvier [340] ; le concile in encœniis n'était pas encore ouvert ; il faut donc le distinguer du concile tenu à Antioche dont nous avons parlé et qui se tînt plusieurs mois auparavant [début de 339]. Cette remarque s'autorise des considérations qui vont suivre.

a) Dans la lettre de [339] les eusébiens s'excusent de ne pouvoir aller à Rome par suite du délai insuffisant et de la guerre avec les Perses; or si cette lettre avait été écrite à l'occasion du concile in encœniis y les eusébiens auraient dit que, conformément aux ordres de l'empereur, ils avaient dû venir à Antioche pour assister à la consécration de l'église.

b) Dans sa réponse aux évêques le pape Jules reproche de vouloir rabaisser l'autorité du concile de Nicée ^. Ce n^est encore qu'un procès de tendance ; mais si le pape avait répondu au concile in encœniis y il aurait autrement parlé, puisque dans ce concile les eusébiens ont tenté de substituer de nouvelles formules dogmatiques à celle de Nicée.

Il ne faut pas s'étonner de voir des conciles se succéder à Antioche à si peu d'intervalle. Saint Athanase nous apprend qu'après le concile in encœniis y plusieurs autres furent encore célébrés dans cette

1. S. Augustin, Tractatus XLVIITy in Johann.^ n. 2, i^. i., t. xxxv, col, 1074 : Encsenia festivitas erat dedicationistempli: Grseceenim dicitur novum \ quando'^ cumque ncvum aliquid fuerit dedicatuirty Encsenia vocantur, Jam et usus habet nOc verhum : si qiiis nova tunica induatur, encseniare dicitur. Illum enim dient quo templum dedicatum est y Judœi solemniier eelebrahant, (H. L.)

2 Antonius Marcellinus et Petronius Probinus Probiani f. ; cf. Borghesi, Pdstes, t. V, p. 413 ; Bouché-Leclereq, Manuel des instit. romaines^ 1886, p. 609. (H. L.)

3. Socrate, Hist. eccles,, 1. II, c. viii, P. G., t. lxvii, col. 196.

4. Sozomène, Hist. eccles., l III, c. v, P. G., t. lxvii, col. 1041 sq.

5. Saint Athanase, Apolosia montra avianos. c. xxii, xxiit, xxv, col. 284, 285,289.

même vîlle en un laps de temps assez court *; les séjours fréquents de Constance à Antioche et la rapidité des événements qui caractérise cette époque, donnèrent souvent aux eusébiens l'occasion de se trouver réunis à la cour; c'est une situation à peu près analogue à celle qui a amené plus tard le auvoSoç èvo*/î{i.oî5aa a Constantinople.

Nous abordons maintenant l'histoire proprement dite du concile in encaeniis ^. Les eusébiens n'y formaient qu'une minorité, la majo-

1. Nouveaux conciles à Aiitioche en 343, 361, 363, 379, 431, 432, 445, 447 ou 448, 508 ou 509. (IL L.)

2. L'exposition des événements, telle qu'on vient de la lire, n'a guère fait de place à tout un ordre de faits qui appartient à Thistoire de la doctrine semîarienne au cours des années écoulées entre 325 et 341. Cet aspect de la situation théologique pendant la première moilié du iv* biècle ne saurait être négii. gé sans inconvénient. Il a été étudié par Th. Zahn, Marcellus von Ancyra^ in-8, Gotha, 1867, p. 10-32, 87 ; Gummerus, Die homousianische Partei bis zum Tode des Konstantius^ in-8, Leipzig, 1900 ; G. Rasneur, I/homoiousianisme dans ses rapports avec l'orthodoxie^ dans la Revue d'kist. eccles,^ 1903, t. IV, p. 189-206, 411-431. On pourrait être tenté de croire que les chrétiens se partageaient en deux partis bien tranchés: orthodoxes et ariens. En réalité bien des doctrines intermédiaires demeuraient, pour ainsi parler, en suspension. L*origcnisme, gros de pensée, était susceptible d'interprétations conduisant à des opinions nouvelles et hasardées. L'hypostase du Logos n'était qu'un rayonnement de l'être divin du Père et le commencement du monde immatériel causé par Dieu. Ce Logos était susceptible de prendre bien des aspects suivant qu'on l'envisageait comme engendré par le Père ou comme opposé au Père, seul â^éwriTO*;. Toute exagération faisait courir risque d un côté, de dépasser riiomoousie pour identifier le Logos et le Père et aboutir au sabellia^ nisme, de l'autre côté, de réduire Punion du Logos et du Père à une simple union de nature, ce qui conduisait au monarchianisme. Entre ces deux systèmes contraires se plaçaient la doctrine de Nicée et celle des semi-ariens ou homoiousiens. Ces derniers, comme presque tout ce qui spéculait alors dans le christianisme, procédaient d'Origène. Ils lui avaient emprunté cette idée un peu vague (et d'autant plus séduisante pour des esprits opposés aux situations claires et aux expressions nettes), que le Logos est une sorte de moyen terme entre la substance première immatérielle et la matière créée, sans appartenir strictement ni à Tune ni à l'autre. Cette doctrine s'incarna dans le personnage d'Eusèbe de Césarée, très médiocre homme d'action, qui laissa Tidée et les partisans s'écouler et s'amalgamer dans la doctrine et 1« parti eusébien dirigé par Eusèbe de Nicomédie. Ce contingent vint grossir les rangs des antinicéens d'un appoint précieux. Le tiers-parti se composait en très grande majorité d'hommes modérés, timidement hostiles à rôjxooijcnoç dans lequel ils voyaient une < nouveauté ». Heureux de voir le parti avancé combattu par Eusèbe de Nicomédie, le tiers-parti s'était effacé derrière les eusébiens jusqu'en 341, A cette date, la question doctrinale longtemps négligée pour les questions personnelles reprend plus d'importance. Est-ce I^

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