LE CONCILE d'anTIOCHE
1*522 1 tion de quelque collecteur des conciles prenant pour base de ison travail les noms des évêques qu'il avait sous les yeux *, Cette circons-' tance ne prouverait donc pas l'hypothèse des Ballerini.
La rédaction des canons du concile in encœniis trahit Finfluence des évêques ariens ; les canons quatrième et douzième en particulier laissent voir leur intention hostile à saint Athanase. Le canon quatrième s'oppose au projet du pape Jules de soumettre à un nouveau concile l'affaire de saint Athanase. Les eusébiens ayaiit remporté ces premiers succès demandèrent, après la rédaction des canons, la con» firmation de la sentence de déposition prononcée contre saint Atha-» nase. Le caractère eusébien de ce concile et les témoignages positifs de Socrate ^ et de Sozomène '^ ne laissent aucun doute sur la réalité de cette démarche. Les deux historiens disent, il est vrai, que Grégoire le Cappadoçiçn fut nommé évêque d'Alexandrie et Athanase déposé pour la première fois dans ce concile in encteniis, mais les explications données plus haut ont montré que ce concile, s'il s'occupa de saint Athanase,, ne fit que ratifier la sentence portée par un concile d'Antîoche tenu antérieurement [339].
Comment les évêques orthodoxes réunis à Antioche ont-ils pu consentir à la déposition de saint Athanase ? Pour comprendre ce fait, il faut se placer à l'époque où il s'est produit. Pour nous, nous identifions la cause de saint Athanase à celle du symbole de Nîçée, mais les contemporains du grand évêque ne portaient pas et ne pouvaient porter sur lui et sur sa doctrine ce jugement calme et définitif qui est celui de la postérité. Que de fois ne lui a-'t'-on pas dit, à bonne intention, qu'il ne mettait pas convenablement en relief la distinction qui existait entre les personnes de laTrinité ! que de fois ne l'a-t-on pas accusé de sabellianisme ! A l'époque du concile in encwniis^ Marcel d'Anoyre, un ami d' Athanase, au premier rang comme lui, à Nicée, lorsqu'il s'était agi de réfuter Arius, venait d'être condamné , non sans motif, pour cause de sabellianisme. De plus, toutes les anciennes accusations portées contre saint Athanase et renouvelées par les eusébiens avaient pu induire en erreur les personnes pourtant bien intentionnées ; nous l'avons vu par l'exem-
[523] pie de Constantin le Grand. Lorsque le pape Jules convoqua le concile romain, peu de temps avant le concile in encœniisy l'innocence d' Athanase ne lui paraissait pas évidente etil souhaitait arriver par
1, Fuchs, Bibliothek der Kircherwersammlungen^ t. ii, p. 53, note 39.
2, Socrate, Hiat. eccles,^ L II, c. viii, P. G., t. lxvii, col. 196 sq.
3, Sozomène, ffist. eccles,^ 1. III, o. v, P, (?., t. lxvii, coJ. 1041 sq.
une cnqii6'te sévère et consciencieuse à connaître la vérité *. Si leg évêques orthodoxes réunis à Antioche ont hésité au sujet de saint Athanase tout comme le pape Jules, il est facile de prévoir que la diplomatie et Tastuce persévérante des évêques eusébiens ont su en tirer parti. Nantis de documents faux, ils les auront utilisés et seront finalement parvenus à établir la culpabilité d*Athanase aux yeux de beaucoup de leurs collègues.
Au rapport de Socrate ^ et de Sozomène ^, le concile passa ensuite à la rédaction des professions de foi qui nous ont été conservées par saint Athanase ^. Voici le premier et le plus ancien de ces symboles 5;
1. Voir sa lettre dans S. ÂtLianase, Apologia contra arianoSy c. xxm XXXIV, XXXV, i>. G., t. XXV, col. 286, 304, 305.
2. Socrate, Ilist. eccles., 1. lï, c. x, i^. G., t. xvii, col. 200.
'i, Sozomène, lïisL eccles., 1. III, c. v, P, G., t. lxvii, col. 1041.
4. Les quatre formules d'Antioche furent rédigées à dilFérentes reprises, ainsi que nous le savons par les témoignages de Sozomène et de Socrate qui viennent d'être cités. La première de ces professions de foi est dirigée contre les ariens ; la deuxième contre les sabelliens et peut-être contre Marcel d'Aneyre ; on pourrait en dire à peu près autant des troisième et quatrième formules. (H. L.)
5. L'influence eusébienne dans le concile était venue à bout de faire rédiger et promulguer les canons 4e et 12« ; elle se manifesta encore dans les professions de foi^ mais ici Tintervention des évêques orthodoxes réagit contre h tendance arienne. Les quatre formules se trouvent dans S. Athanase, De s^nodis, c. xxii-xxv, P, G., t. xxvi, col. 720 sq. ; A. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche in -8, Breslau, 1897, p. 183 sq., n, 153-156 ; Kattenbusch, Das apostolische Symbol^ in-8, Leipzig, 189i, 1. 1, p. 259, 262 sq., 379, nole 21 , 382, note 26 ; t n, p, 262 sq., 739, note 19. Cf. iMansi, ConciU ampliss. coll., t. ii, col. 1339 sq. ; Hardouin, ColL concil., t. i, col. 606. La première formule présente divers genres d'intérêt : outre son texte dont on trouvera une édition critique dans Hahn, elle nous apprend par so^ préambule que les évêques se défendaient d'être partisans d'Arius, ce qui cons' tituait donc une mauvaise note. Les termes dont ils font usage sont très clairs un seul Dieu suprême, £tç iva ©ebv tov tôv o>>û)v j un seul Fils de Dieu qui est avee le Père qui l'a engendré, xal (yyvdvta tw yeYevvyjXÖTi a\)Tov iraTpi. La fin vise Marcel d'Ancyre lorsqu'il est dit du Fils <: qu'il reviendra juger les vivants et les morts et qu'il demeure roi et Dieu pour V éternité ». 11 est clair que les rédacteurs àt ce symbole étaient des évêques soupçonnés qui ont éprouvé le besoin de se refaire une réputation d'orthodoxie irréprochable ; en conséquence, ils ont rédig« une pièce dont le contenu ne prête le flanc à aucune attaque, bien que romissio» de l'ôjxoouffioç et la généralité des termes employés, ainsi que la circonstance mentionnée au début, révèlent des irréconciliables obligés aune concession. Quel* peuvewt être, en 341, les évêques siégeant à Antioche qui ont à se laver du r^' proche d'avoir accueilli Arius ? Très vraisemblablement le groupe eusélïioi'' qui au concile de Tyr, en 335, avait obtenu Jd réintégration d 'Arius. (H. L.)