LB CONCILE D^ANTIOCHE
qui disent * î Le Fils est né du néant (è^ oin ovtwv), ou d'une autre hypostase (s? sxepaç ûuoaTocaecùç) , et non pas de Dieu ; et ceux qui disent qu'il y avait un temps où il n'était pas («^v tcots xpô'^oç ot£ ouk ^v), l'Église catholique les regarde comme étrangers. » Tous ces symboles ont le même caractère. Ils se rapprochent autant que possible de la foi de Nicée, sans cependant admettre le mot oiAOoùaioç. Les anathèmes empruntés au concile de Nicée et insérés à la fin du quatrième symbole étaient surtout de nature à dissiper toute espèce de doute sur l'orthodoxie de leurs auteurs. C'est donc à tort que Schelstrate, dorn Ceillier et Pagi ont voulu attribuer au concile orthodoxe d'Antioche les trois premiers symboles et le dernier au conciliabule arien ^* Ces quatre symboles sont, pour le fond, conçus de la même manière ; ils ne sont ni positivement ariens ni tout à fait orthodoxes, ils laissent voir leur inspiration eusébienne ; ils restaient acceptables cependant pour des évêques orthodoxes, parce qu'ils ne [5291 contenaient rien qui fût, à proprement parler, erroné, et au contraire ils renfermaient une condamnation formelle du principe de Tarianisme.
Saint Hilaire de Poitiers est allé, nous l'avons vu, jusqu'à interpréter dans un sens orthodoxe la seconde de ces formules (il ne parle pas des autres). Saint Athanase les juge plus sévèrement, sans toutefois les déclarer ouvertement hérétiques ; Il les regarde comme un piège tendu à l'Eglise chrétienne par les évêques eusé-
1. Le quatrième symbole se distingue principalement des trois précédents par l'àiiàtlième fîHai. Cet ânathème, ainsi qu^on va le voir, ne diffère pas de celui de Nicée ; ce qui démontre une fois de plus le caractère d^ndécision des formules antiochénienues de 341. Ici les termes uicoo-TOcac; et oyaia sont identiques et signifient « substance » (cf. Loofs, dans RealencycL f. prot, Theol. und Kirche^ l. n, p. 26; Gummerus, op, cit., p. 15) tandis que dans le second symbole il en va tout autrement lorsqu'on lit : t^ CiroatàtTei rpta. i^'accord ne se fait que sur un point caractéristique, l'abstention — soit hostilité, soit défiance "^ de l'ôfAOoutfioç. Voici maintenant les textes de l'ana thème :
Antioche
Tbùç 6è XeYôvtaç i% otJît ovtci>v tov YCdv,
x«i TtOTÊ YJv xpovoç \ alwv ôxe oOx y|V, àX- XoTpto-jç ol§6v rj «Y ta xa6oXcx7) ixxXYjŒia.
Nicée
Toùç SèX&Yoviaç, yJv itore 6ts oOx viv, xa TTpcv YevvTjÔ-nvai oux ^v, xal oxt i| oux d'vtûdv IY6VST0, y\ è^ ÉTÊpaç yitoCTTaffEwç yj oùdiaç (pàffxovtaç etvae, f, xTt(rTbv r[ TpsttTov r\ àX- XoiwTov Tûv yibv Toù 0£où, àvaÔefJiaTtÇet.., (H. L.)
2. Pagi, Critica ad Annal, Baronii, 1689, ad ann. 341, n. 14, 34; D. Ceillier, Hist génér, des aut, sacrés, t, ni, p. 647, 661.
biens pour lui donner le change sur leurs opinions hérétiques^.
Il nous semble que la question a été placée dans son vrai jourpaji tout ce qui précède; nous avons essayé de Fanalyser, non avec nos idées d'aujourd'hui où nous pouvons introduire des vues d'ensemble et définir avec exactitude le vrai et le faux contenu dans les thèses débattues, mais en tenant compte de Findécisionqui pouvait, à cette époque, régner dans bien des esprits et en n'oubliant pas que les partis intermédiaires ne s'étaient pas encore prononcés d'une manière explicite ; c'est cette manière de voir qui facilitera la solution du problème posé plus haut.
Nous avons vu, en effet, que beaucoup d'historiens se refusent à croire que les membres du concile qui avaient confirmé la déposition de saint Athanase et promulgué un symbole imprégné d'arianisme aient pu être a^pipelés S ancti Patres ^ et que leurs canons aient été cités comme une autorité ecclésiastique. Mais si l'on réfléchit que lamajoritédes membresde ce concile d'Antioche était orthodoxe, et que quelques membres de cette majorité étaient de vénérables personnages, comme par exemple Dianée de Césarée^ et en outre que les canons proposés par ce concile étaient utiles et conformes au droit, on a la clef de ces prétendues contradictions.
Ajoutons que les Pères d'Antioche n'ont pas condamné saint Athanase par hostilité ou pour favoriser l'hérésie, ils l'ont fait parce que leur bonne foi a été surprise, et on n'a pas plus le droit de leur reprocher leur sentence que l'on n'aie droit de reprochera saint Ephiphane d'avoir poursuivi saint Jean Chrysostome. Ce dernier exemple nous montre un saint employant toute son activité à poursuivre un autre saint et à le chasser de son diocèse, et cependant qui
1, S. Athanase, De synodis^ c. xxii, P. G,, t, xxvi, col. 720 sq. La seconde el la quatrième formule se partagèrent, à l'exclusion des deux autres, la faveur des théologiens orientaux. Des quatre formules rédigées à Antioche la quatrième était la plus utilisable dans les controverses avec les occidentaux. Plus rapprochée de la foi de Nicée que la formule i, elle esquivait certaines difficultés dont les formules ii, m, n'étaient pas exemptes, elle se prêtait à des échappatoires plus subtils et plus nombreux. Ces formules, malgré leur défiance a l'égard de l'ôpLOoOdtoç, marquaient une défaite pour Tariaiiisme contraint de composer et de renoncer à ses expressions caractéristiques. On se vengeait par une manœuvre* en mêlant des questions de personnes à une question de prio' cipe et en s'efforçant de faire rejaillir sur la doctrine nicéenne, le discrédit doc- Irinal d'un de ses partisans les plus fougueux, Marcel d'Ancyre, suspect ^^ sahellianisme. C'était cette trouvaille qui allait permettre d'envenimer les conflits et d'éterniser les discussions. (H. L,)