‹ Histoire des connaissances chimiquesChapitre 103 sur 117 · Les effets généraux du jardin français naissent · texte numérisé non relu

Les effets généraux du jardin français naissent

de la vue des vég»étaux disposés par masses plus ou moins régulières, symétriquement plantées relativement à un palais ou à un château auxquels le jardiniste les a subordonnés.

On peut dire que l'unité est le caractère du jardin français; car les vues principales doivent constamment présenter le palais ou le château avec les masses de vég'étaux sous Taspect de l'ensemble le plus imposant possible : parlant aux yeux par la grandeur et la simplicité des effets , il exige impérieusement de la part de l'artiste jardiniste que les proportions soient rigoureusement observées entre les édifices, les allées et les masses végétales. Si les arbres du bord des allées sont taillés de manière à présenter un plan vertical de verdure, le croissant devra respecter leurs cimes : apparaissant comme individus associés, leurs effets doivent se lier de la manière la plus intime à l'œuvre de l'architecte, afin de satisfaire par la simplicité du plan à l'unité de l'ensemble.

Les effets principaux d'un jardin français sont simultanés, parce que le spectateur s'y trouve longtemps sous une même impression, et que les effets secondaires, toujours bornés eu ég^rd aux autres, offrent peu de variété.

M. Dans le jardin-paysage, l'unité de composi-

DE L'ABSTRACTION. 4l3

lion n'existe pas en ce sens que le spectateur doit , à mesure qu'il s'y promène , apercevoir de nouvelles vues, de nouveaux siles^ de nouvelles scènes; la composition n'en est donc pas soumise, comme celle du jardin français, à la condition de montrer dans toutes les vues principales la façade du palais ou du château simultanément avec les masses vég'étales que l'artiste y a subordonnées symétriquement. Loin de là, le jardiniste doit être extrêmement réservé sur le nombre des points d'où l'œil pourra saisir toute l'étendue de l'œuvre de l'architecte : une conséquence de cette manière de disposer les plantations relativement à celle-ci, c'est que les vues, les sites, les scènes doivent se succéder les unes aux autres en présentant le plus de variété possible. Sous ce rapport, quoique chaque vue, chaque site, chaque scène appartienne aux effets de simultanéité, le passage des uns aux autres présente des effets de succession qui, comme imprévus, sont bien plus prononcés, bien plus grands et bien plus nombreux que ceux qu'on peut apercevoir successivement dans le jardin français, effets qui, comme je le rappelle, y sont toujours secondaires.

32. Enfin en disposant les arbres, les arbustes et les fleurs des massifs d'un jardin-paysag*e d'après

Uiti DE L'ABSTRACTION.

un système de régules, que j'ai exposé dans mon ouvragée sur le contraste simultané des couleurs, on établit une analog^ie remarquable entre les effets qui naissent en architecture de la disposition des parties accessoires, des ornements, et ceux qui naissent en jardinique de la disposition des formes végétales, [ainsi que de la couleur de leurs feuilles et de leurs fleurs. En étudiant les effets d'un jardin paysag'e planté conformément à ces règles, on peut se convaincre qu'ils ne naissent pas de principes essentiellement différents de ceux qui ont présidé au dessin d'un jardin-français. La différence réelle de ces deux compositions du même art, tient à ce que les effets de la variété sont plus nombreux dans le premier que dans le second, et ce résultat n'est en définitive qu'une simple conséquence de ce que les allées sont curvilignes dans le jardin-paysage, tandis qu^elles sont rectilignes dans le jardin français.

53. On voit donc que la jardinique a des rapports, par les formes végétales associées avec l'archi^ tecture, par les couleurs de ces formes et leur disposition , soit isolées, soit en masses subordonnées, avec la peinture; enfin, dans les effets de vues variées et successives, remarquables surtout dans le jardin-paysage^ la jardinique commence à s é^

DE L'ABSTRACTION. Ûlo

ioigner de la sculpture, de la peinture et de Tarchitectupe dont les effets sont essentiellement simultanés.

54. On peut dire que rarchitecture créant un grand monument est à la g'éométrie développant des courbes, des surfaces, des solides par le mouvement d'un point, d'une lig^ne, d'un plan, ce que la sculpture retraçant la beauté idéale de la forme humiaine est à la nature vivante, en ce sens que l'architecture comme la sculpture imitent en perfectionnant et en coordonnant des éléments que ni la ^ométrie ni la nature n'ont réunis.

35. Lajardinique, dans le tracé des allées courbes du jardin-^paysagfe, n'accomplit jamais son œuvre aussi heureusement que lorsqu'elle se confond avec la géométrie, soit que son tracé ne décrive qu'une courbe^ soit qu'il se compose de plusieurs si heureusement continues les unes aux autres^ qu'elles paraissent n'en constituer qu'une seule.

Mais le tracé de l'allée courbe présente une difBculté que ne présente jamais le tracé de l'allée rectiligne. Quel que soit le point où se trouve le spectateur dans celle-ci, jamais l'effet ne sera désagpréable, qu'il reg'arde, par exemple, d'une des extrémités de l'allée^ l'autre extrémité, les

lignes parallèles lui semblent se rapprocher, et les arbres diminuer de grandeur, et d'autant plus que l'allée sera plus longue. Il pourra en être tout autrement dans l'allée courbe ; il faudra toujours éviter que le spectateur, du plus loin qu'il en verra le débouché dans une autre allée, aperçoive l'extrémité de l'allée où il est se rétrécir; il faudra donc qu'au débouché les courbes s'écartent l'une de l'autre afin d'empêcher l'effet dont nous parlons.

Page 1